Histoire mouvementée d’une «machine» d’avenir.

4.5
(50)

D’après les historiens, la domestication du porc a commencé dès la sédentarisation de l’homme au VIIe millénaire avant notre ère. Méprisé des nomades, cet animal a été élevé et consommé par les fermiers sédentaires de la vallée du Nil. Il devient impur et tabou chez les Hébreux, les Phéniciens, les Cananéens, les Crétois, les Éthiopiens et les Indiens. En revanche les Romains, les Germains, les Gaulois, les Grecs, en apprécient la chair. Dans l’Ancien Testament, le porc est impur, car il se nourrit d’immondices, voire mange ses propres excréments. En conséquence, il est interdit aux juifs, par la loi de Moïse, qui rejette tous les usages de sa chair, son cuir, ses entrailles, ses sécrétions. Le Talmud, l’un des principaux textes énonçant les lois juives, évite même d’en utiliser le nom. Les chrétiens lèvent ce tabou, mais l’islam le reprend. Toutefois si la consommation de porc est explicitement interdite dans le Coran (« Dieu vous a seulement interdit la bête morte, le sang, la viande de porc […] (sourate 2, verset 173).
Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer le tabou du porc :
*Inadaptation au monde nomade de cet animal incapable de transhumer.
*Le climat : dans les pays chauds la chair de porc se conserverait mal et deviendrait toxique.
*Les porcs nourris de déchets particulièrement dangereux ont probablement été à l’origine de l’exclusion.
*Les parasites.
+le Ténia du porc, l’un des «vers solitaires». L’animal est dit «ladre».
+la Trichine provoquant la Trichinose, maladie qui peut aller jusqu’au décès.
L’amélioration des conditions d’élevage et les contrôles sanitaires font qu’il est possible, dans certains pays, de manger de la viande de porc rosée, pour autant que la température interne de cuisson ait atteint 70° Celsius, ce qui implique l’utilisation d’un thermomètre de cuisine.
+Des bactéries : faute de stérilisation convenable, il peut apparaître, en particulier dans le jambon préparé de façon artisanale, une toxine pouvant être létale dans 5 à 10% des cas, clostridium botulinum.
Récemment, l’intérêt du porc dans l’étude des maladies sexuellement transmissibles humaines a été souligné. En 2012, le modèle porcin a été validé pour étudier les infections dues aux bactéries Chlamydia trachomatis, responsables de l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente en France chez les 18-25 ans.
+Virus : le cheptel français est très largement contaminé par le virus VHE de l’Hépatite E. Un autre problème identifié est le risque d’hépatite virale liée à la consommation de foie de porc dans la saucisse de Toulouse et à celle des figatelli corses. De manière intéressante, l’analyse des figatelli montre que certains sont faits avec des foies infectés importés de Chine ! La consommation de ces produits mal cuits est à l’origine de plusieurs centaines d’hépatites, avec plusieurs cas mortels par an.
Actuellement, l’élevage industriel des porcs, en concentrant les animaux, déclenche des épidémies, comme chez les volailles.
Dans l’alimentation le porc et la charcuterie représentent la plus grande source de sel, qui est devenu l’un des trois ennemis prioritaires pour la santé publique. La salaison a permis au cours des siècles de conserver les viandes, mais il est désormais urgent de diminuer notre consommation en sel.


Et alors pourquoi cet engouement ?

1°) Ressemblance anatomique et physiologique :
+Tout comme l’homme, cet animal peut souffrir de diabète, d’obésité ou de maladies comme Parkinson et Alzheimer. Une raison de plus qui fait du cochon un « modèle utile » pour les chercheurs.
+Comme les humains, le cochon et son cousin le sanglier savent s’adapter, coloniser des territoires, et nuisent à leur propre habitat.
+Il se laisse domestiquer et hybrider, le cochonglier en est un exemple.
La majorité des sangliers qui peuplent nos campagnes et s’aventurent en périphérie des villes sont des hybrides de cochons et de sangliers sauvages. Les fédérations de chasse, pour augmenter leur tableau de chasse, ont joué aux apprentis sorciers en créant volontairement, des cochongliers, issus du croisement des sangliers sauvages (Sus crofa) avec leurs descendants domestiques, les cochons également appelés porcs (Sus crofa domesticus).
Son expansion est favorisée par le changement climatique qui allonge encore sa période reproductive en supprimant le verrou hivernal, de plus, les monocultures de maïs lui apportent une nourriture énergétique.
Comme si cela ne suffisait pas, de nombreuses sociétés de chasse donnent des consignes de tir sélectif pour épargner les reproductrices, les laies de plus de 35 kilos. Les chasseurs, par leurs pratiques, favorisent la surpopulation actuelle.
Le tableau de chasse est passé de 50.000 sangliers en 1979 à 756.149 pour la saison 2017-2018.
Les cochongliers sont à l’origine d’une véritable pollution génétique. En Corse, par exemple, il n’y a plus aucun sanglier sauvage.
+ Les ressemblances sont si importantes d’un point de vue anatomique et physiologique que le porc est déjà utilisé en immunologie, pour chirurgie cardiaque (valves aortiques) et la production d’héparine (anticoagulant). Cette proximité avec l’homme en ferait même un bon candidat pour les greffes d’organes.
En effet, le porc est l’animal qui semble le mieux à même de répondre aux besoins de la xénogreffe, essentiellement en raison de la taille de ses organes, de la facilité de sa reproduction, de connaissances acquises dans le domaine de l’agroalimentaire en ce qui concerne la production de lignées exemptes d’organismes pathogènes spécifiés et de son coût de production relativement faible.
Aux Etats-Unis, un homme vient d’être greffé avec le cœur d’un cochon. Une première mondiale qui a permis de sauver la vie d’un homme souffrant de maladie cardiaque. Cette expérimentation ouvre la perspective d’une vaste source d’organes pour des centaines de milliers de personnes en attente de greffe, de nouvelles possibilités de xénogreffe – d’un animal à un humain – pour tous les patients en attente de dons d’organes : c’est la première greffe réussie d’un cœur de cochon humanisé sur un patient.
Pour ceux qui sont intéressés, trois gènes, responsables du rejet rapide des organes de porc par les anticorps de l’Homme, ont été désactivés chez le porc donneur. Six gènes humains responsables de l’acceptation immunitaire du cœur de porc ont été insérés dans le porc. De plus, pour que la taille du cœur corresponde au thorax humain, il faut utiliser un porc adolescent, mais il est alors susceptible de poursuivre sa croissance, avec le risque de se retrouver à l’étroit et de ne plus pouvoir fonctionner normalement. Les chercheurs ont donc éliminé un gène pour empêcher une croissance excessive du tissu cardiaque du porc ! Soit au total 10 modifications génétiques…


Est-il devenu un homme?

Nul doute que cette technique va progresser rapidement. Il n’est alors pas impossible que le cochon devienne, en quelques décennies, un animal spécialisé dans le médico-chirurgical. Chacun des riches de la planète risque, à terme, de faire élever « son cochon», adapté à ses propres gènes, pour sécuriser sa santé et faire diminuer ses cotisations d’Assurance maladie et vie !

Et, lorsque chacun connaîtra des gens qui vivront avec un cœur transplanté de cochon, un poumon de cochon, un foie de cochon, etc., le sort des charcuteries pourrait bien rejoindre celui des boucheries chevalines. On ne mange pas celui qui vous sauve la vie, cela deviendrait quasiment de l’anthropophagie. Ce sera alors la fin du jambon, du saucisson et de la saucisse, des côtes et rôtis de porc ! Cela peut paraître aujourd’hui de la science-fiction, mais qui aurait cru dans les années 1950 à la disparition quasi totale des boucheries chevalines ?
2°) Intérêts économiques :
*Le marché des xénogreffes, pourrait atteindre 6 milliards de dollars d’ici à 2010, estime Peter Laing, analyste à la société générale Strauss Turnbull à Londres. La société pharmaceutique suisse Novartis s’apprête ainsi à investir plus d’un milliard de dollars dans ce domaine.
*Intérêts financiers pour les éleveurs.
*Créateur :
– d’emplois directs : éleveurs, vétérinaire, transporteurs, tueurs ou saigneurs, bouchers, charcutiers…
et
-d’emplois indirects : cuir, restauration, milieu médical….agroalimentaire..
Actuellement, 99 000 emplois dépendent de cette activité porcine en France.
Ajoutons même les ouvriers et leurs soignants, qui retirent les algues vertes mortelles de la plage alors que100 millions de volailles et 11 millions de porcs sont élevés dans des bâtiments de la région.
Il y a quand même une contrepartie, la chute du tourisme local mais de gros avantages potentiels quand on aura industrialisés l’utilisation de ces algues.

Personne ne s’interroge sur le côté éthique de la chose.

Notre économie et nos racines cartésiennes considèrent que l’animal est une machine dont on peut, sans considération de leur sensibilité physique et psychique, telle une horloge, prendre des pièces, en remettre d’autres, expérimenter…
en matière de biologie, ils ont des siècles  de retard !

Des fermes d’élevage de milliers d’animaux pour les utiliser à de telles fins, cela ne choque personne ?
Considérés comme matériaux à usage l’humain, cela fait frémir et ressemble à un film d’horreur.
Les animaux sont incapables de tels actes.


Ce qui manque à l’humanité c’est de l’animalité.

signé Georges Vallet

crédit photos : Pierre Jouventin La querelle de l’âme des bêtes – Pierre Jouventin

Transplantation d’un cœur de cochon : la fin des charcuteries est annoncée ! http://i.futurasciences.fr/tk/t/2/52854825120197/71402110459/8280901d2/42031189e7/
Première greffe réussie d’un cœur de cochon humanisé sur un patient http://i.futurasciences.fr/tk/t/2/52854825120197/7170211812f/8280901d2/42031189e7/
Aux États-Unis, des chirurgiens greffent le cœur d’un porc sur … https://www.france24.com › France 24 › Sciences
Bretagne : les algues vertes mortelles pour l’homme – Geo.fr https://www.geo.fr › Histoire 20 août 2010 — Les algues vertes « Ulva Armoricana » se développent naturellement entre mai et octobre. Si elles sont encore fraîches, elles ne présentent aucun .

 Le danger provient des fortes concentrations qui empêchent de sentir le sulfure d’hydrogène, mais aussi du fait que les algues, en pourrissant, forment une croûte superficielle qui maintient le gaz toxique. … Ce n’est qu’en marchant que par pression on libère l’hydrogène sulfuré des sédiments où il est emmagasiné.8 juil. 2019..

Pays-Bas. Face à la pollution, le premier exportateur de … https://www.ouest-france.fr › Europe › Pays-Bas

17 sept. 2021 — … estimé à plus de 100 millions de têtes de bovins, porcsvolailles… … Résultat : pollution des eaux, explosion des algues vertes
 Le porc : un espoir pour l’immunologie | Recherche animale https://www.recherche-animale.org › le-porc-un-espoir-.https://www.paysan-breton.fr › 2016/02 › un-eleveud…
Travailler en élevage porcin en France : facteurs d’attractivité … https://productions-animales.org › article › view

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne 4.5 / 5. Nombre de note : 50

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à noter cet article.

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

Souhaitez vous nous partager un avis plus détaillé ?

4 commentaires

  • Gageons qu’après cet article, la conscience de quelques lecteurs en amènera certains à considérer la pratique du prélèvement d’organes humains comme un comportement plus civique. Celui-ci se traduit, actuellement, par l’acceptation écrite d’une personne sur 100, en France. Ce serait, alors, tout à l’honneur de l’auteur de cette publication, de voir un de ses lecteurs se positionner, comme 7 Prix Nobel, dont 3 de la Paix.

  • Pierre-Michel Vidal

    « Les Verts regardent trop souvent de manière simpliste des problèmes fondamentalement complexes auxquels il n’existe pas de solution magique, pas même ces privations expiatoires qu’ils aiment tant ».

    De Philippe Manière président du cabinet Vae Solis Communications. Il a dirigé l’institut Montaigne de 2004 à 2008. In Marianne.
    https://www.marianne.net/agora/humeurs/la-nuance-nest-pas-la-principale-vertu-des-verts-qui-preferent-les-privations-expiatoires?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1643546020#xtor=CS2-5

    • Philippe Manière président du cabinet Vae Solis Communications. Il a dirigé l’institut Montaigne de 2004 à 2008. Il avait auparavant fait sa carrière dans la presse de 1984 à 2004. Ancien rédacteur en chef du Point et de l’Expansion, il intervient aujourd’hui encore régulièrement dans les médias pour analyser l’actualité économique et politique. Président-fondateur de Footprint > consultants, cabinet de conseil en positionnement stratégique et communication, il en accompagne personnellement tous les clients.»

      Vous avez choisi la référence qui vous permettait de défendre votre opinion. Il ne fallait pas s’attendre à une autre argumentation de la part d’un ancien rédacteur du point et de l’expansion. Le positionnement politique de cette presse (ce ne sont que des journalistes!) est bien connue.
      Leur position sur l’écologie ne fait aucun doute! Il ne fallait pas s’attendre à une autre prise de parole.

      Je vous conseille d’élargir le domaine de vos lectures pour vous faire une opinion plus équilibrée, par exemple,

      Sur BFM, les aboiements de Philippe Manière, porte-voix de l …
      https://www.acrimed.org › Sur-BFM-les-aboiements-de-…

      «Quelques jours après, je me renseigne néanmoins sur BFM, et sur Philippe Manière. Je connaissais déjà de réputation l’Institut Montaigne, ce think-tank très libéral dirigé par le “ patron du capitalisme français ” (dixit Libé) Claude Bébéar, PDG d’AXA. J’apprends alors que Philippe Manière en est le directeur général….

  • Est-il devenu un homme?
    Aujourd’ hui à voir l’ état dans lequel l’ homme met la planète, on est en droit de se poser la question inverse.
    L’ homme n’ est ‘il pas devenu un super cochon. …..

Répondre à Pierre-Michel Vidal Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *