Covid-19 : Quand nos gouvernants disent des vérités, disent-ils toute la vérité ?

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Les deux dernières conférences de presse du Premier Ministre, fin décembre 2021, sur la pandémie, ont été marquées par son insistance à déclarer qu’une immense majorité des personnes admises en soins critiques étaient des non-vaccinés. En dehors du fait qu’une « immense » majorité est purement subjectif, que nous disent les chiffres officiels, ceux publiés par le gouvernement français, par l’intermédiaire de la DREES ?

Les nombres que je vais citer sont issus du tableau publié par la DREES le 14 janvier 20221. Je précise cela car, chaque semaine, la DREES publie de nouveaux tableaux, reprenant toutes les données depuis le 31 mai 2021, et, chaque semaine, les chiffres fournis sont ajustés, donc légèrement différents d’une semaine à l’autre, la variation étant bien plus grande pour les semaines les plus récentes. La semaine la plus récente pour laquelle des informations sont fournies est la semaine 52, du 27 décembre 2021 au 2 janvier 2022.

Les nombres totaux d’admission en soins critiques, puis de contaminations, d’hospitalisations et de décès sont, eux, issus, des rapports hebdomadaires nationaux de Santé Publique France. Là aussi, il y a une consolidation des chiffres de la semaine n en semaine n+1. Les chiffres donnés ci-dessous sont les chiffres consolidés.

Pour la semaine 52, la DREES1 dénombre 767 personnes complètement vaccinées admises en soins critiques, contre 1130 personnes non-vaccinées sur un total de 1981 admissions en soins critiques5 , soit 39% de personnes vaccinées contre 57% de non-vaccinés, le reste étant constitué par les personnes non entièrement vaccinées et par celles dont on n’arrive pas à établir le statut vaccinal.

Cette information n’est pas purement ponctuelle, puisque, si on considère les semaines précédentes, on a :

– en semaine 51, 692 complètement vaccinés contre 1118 non-vaccinés, sur un total de 1878 admissions en soins critiques4,(37% contre 60%)

– en semaine 50, 677 complètement vaccinés contre 1016 non-vaccinés, sur un total de 1719 admissions en soins critiques3, (39% contre 59%)

– en semaine 49, 743 complètement vaccinés contre 973 non-vaccinés, sur un total de 1739 admissions en soins critiques2 (43 % contre 56%).

On voit donc que, sur les quatre dernières semaines où les données sont publiées au moment où j’écris ces lignes, le Premier Ministre dit la vérité quand il dit qu’une majorité des admissions en soins critiques sont le fait de personnes non vaccinées. Cette majorité est-elle immense ? Je laisse à votre propre subjectivité le soin de la qualifier.

Cette majorité est encore plus importante si on tient compte des tailles relatives des populations non vaccinées et complètement vaccinées.

Si on calcule le taux d’incidence des admissions en soins critiques (nombre de personnes admises en soins critiques par million de personnes de la population concernée), on obtient :

– en semaine 49, 64,3 pour les non vaccinés et 14,8 pour les complètement vaccinés, soit un ratio de 4,3 (en clair, on a une probabilité 4,3 fois plus forte d’aller en soins critiques quand on n’est pas vacciné que quand on est complètement vacciné),

– en semaine 50, 67,8 pour les non vaccinés et 13,4 pour les complètement vaccinés, soit un ratio de 5,1,

– en semaine 51, 75,6 pour les non vaccinés et 13,6 pour les complètement vaccinés, soit un ratio de 4,5,

– en semaine 52, 77,2 pour les non vaccinés et 15,1 pour les complètement vaccinés, soit un ratio de 5,1.

Cependant, l’admission en soins critiques n’est pas le seul critère qui permet de juger de l’efficacité de la vaccination. Il y a aussi le nombre de contaminations, le nombre d’hospitalisations, le nombre de décès imputés au covid-19.

Le nombre de contaminations est important car c’est lui qui détermine la force d’une épidémie. Ce nombre est toujours connu de façon très approximative car ne se font tester que ceux qui le veulent bien. Combien y avait-il de personnes contaminées chez les personnes complètement vaccinées comme chez les non-vaccinés ? Ici aussi les nombres qui suivent sont issus des fichiers, officiels, fournis par la DREES1 d’une part, par Santé publique France de l’autre.

En semaine 49 il y a eu 93 894 contaminations de personnes non vaccinées pour 150 290 contaminations de personnes vaccinées, sur un total de 342 073contaminations 2.

En semaine 50, il y a eu 97 344 contaminations de personnes non vaccinées pour 171 036 contaminations de personnes vaccinées, sur un total de 372 127contaminations 3.

En semaine 51, il y a eu 95 882 contaminations de personnes non vaccinées pour 260 219 contaminations de personnes vaccinées, sur un total de 514 641contaminations 4.

En semaine 52, il y a eu 174 319 contaminations de personnes non vaccinées pour 611 840 contaminations de personnes vaccinées, sur un total de 1 182 586contaminations 5.

On peut constater qu’il y a plus de personnes contaminées parmi les vaccinés que parmi les non vaccinés. L’écart entre la somme des contaminés des deux populations et le nombre total de contaminations est dû, pour une part aux personnes partiellement vaccinées, et pour une autre (grosse) part à la difficulté qu’il y a pour comparer les deux fichiers des contaminations et des vaccinations.

Il faut aussi rappeler, encore une fois, que la population complètement vaccinée est beaucoup plus importante que la population non vaccinée (entre 3,3 et 3,5 fois suivant les semaines). En conséquence, le taux d’incidence des contaminations est presque toujours plus fort chez les non vaccinés (de 621 en semaine 49 à 1191 en semaine 52) que chez les vaccinés (de 299 en semaine 49 à 1200 en semaine 52) et varie considérablement en fonction de la force de l’épidémie. Le rapport des taux d’incidence, censé gommer l’effet de la force de l’épidémie, diminue au fil du temps, passant de 2,1 en semaine 49 à 1 en semaine 52 (moyenne de 1,6). Ce rapport des taux d’incidence indique que moins de la moitié de la population vaccinée est protégée contre la contamination. Bien sûr, le rapport des taux d’incidence dépend aussi des taux de dépistage de la population, qui ne sont pas les mêmes et le rapport des taux de dépistage a, lui aussi, baissé sur la même période. Si, pour gommer cette différence, on calcule le rapport des taux de positivité des tests, on obtient des rapports qui varient entre 1,40 et 1,70 et qui sont donc du même ordre de grandeur, vu les variations d’une semaine à l’autre et l’incertitude qu’il y a sur la précision des informations utilisées. Cela confirme que moins de la moitié de la population complètement vaccinée est protégée contre la contamination. Rappelons quand même que ceci n’est pas lié uniquement à l’efficacité de la vaccination mais aussi à la différence de comportement entre population non vaccinée et population vaccinée, la population vaccinée semblant, en moyenne, moins respectueuse des gestes barrières et de la limitation des interactions sociales en présentiel.

On peut dire que la vaccination n’a pas eu pour objectif de protéger contre les contaminations, mais de protéger contre les cas graves. C’est quoi, un cas grave ? Est-ce qu’un cas entraînant une hospitalisation est grave, ou faut-il une admission en soins critiques ou bien même ne considère-t-on comme graves que les cas qui conduisent au décès du patient ? Les admissions en soins critiques, nous en avons déjà parlé.

Pour ce qui est des hospitalisations :

– en semaine 49, 3 383 personnes complètement vaccinées1 ont été hospitalisées, pour 3 015 personnes non vaccinées1 sur un total de 7 483 personnes hospitalisées2,

– en semaine 50, 3 267 personnes complètement vaccinées1 ont été hospitalisées, pour 3 183 personnes non vaccinées1 sur un total de 7 602 personnes hospitalisées3,

– en semaine 51, 3 616 personnes complètement vaccinées1 ont été hospitalisées, pour 3 576 personnes non vaccinées1 sur un total de 8 439 personnes hospitalisées4,

– en semaine 52, 4 811 personnes complètement vaccinées1 ont été hospitalisées, pour 4 137 personnes non vaccinées1 sur un total de 10 939 personnes hospitalisées5.

Comme pour les contaminations, les nombres sont plus élevés pour les personnes vaccinées que pour les personnes non vaccinées. Cependant, les différences sont moindres que pour les contaminations et, vu l’imprécision qu’il y a dans ces statistiques, on peut considérer qu’il y a, à peu près, autant d’hospitalisations chez les non-vaccinés que chez les complètement vaccinés.

Pour tenir compte des populations différentes entre vaccinés et non vaccinés, on peut calculer le taux d’incidence des hospitalisations (nombre d’hospitalisations dans la semaine considérée pour un million de personnes de la population concernée). Ce taux variant beaucoup en fonction de la force de l’épidémie, on peut calculer le rapport de ce taux pour les populations vaccinées et non vaccinées. Ce rapport varie entre 2,96 en semaine 49 et 3,39 en semaine 51 (moyenne de 3,16). Cela signifie qu’on a une probabilité 3,16 fois plus forte d’être hospitalisé pour Covid-19 quand on est non vacciné que quand on est vacciné. Mais cela signifie aussi qu’environ 30 % de la population vaccinée est susceptible de devoir être hospitalisée.

Pour ce qui est des décès imputés au Covid-19 :

– en semaine 49, 531 personnes complètement vaccinées1sont décédées, pour 346 personnes non vaccinées1 sur un total de 932 décès2,

– en semaine 50, 564 personnes complètement vaccinées1sont décédées, pour 449 personnes non vaccinées1 sur un total de 1 063 décès3,

– en semaine 51, 576 personnes complètement vaccinées1sont décédées, pour 545 personnes non vaccinées1 sur un total de 1 200 décès4,

– en semaine 52, 605 personnes complètement vaccinées1sont décédées, pour 625 personnes non vaccinées1 sur un total de 1 355 décès5.

Si, comme pour les hospitalisations, on calcule le taux d’incidence des décès, puis le rapport de ces taux pour gommer l’effet de la variation de force de l’épidémie, on obtient des valeurs variant entre 2,2 et 3,6 (moyenne de 2,9). Ajoutons que ce rapport est en constante augmentation sur la période. Cela signifie qu’on a une probabilité 2,9 fois plus forte de mourir du Covid-19 quand on est non vacciné que quand on est complètement vacciné. Cela signifie aussi qu’environ 35 % de la population vaccinée est susceptible d’en décéder.

Dans cet article, jusqu’ici, je me suis contenté de donner des chiffres, officiels, de l’épidémie sur les dernières semaines où ils sont disponibles. Je vais maintenant y ajouter mes propres commentaires que chacun peut ignorer ou discuter.

Le premier concerne les contaminations. Il me semble qu’on peut dire que la propagation de l’épidémie est, en grande partie, due aux personnes vaccinées qui négligent les gestes barrières et la limitation des interactions sociales en présentiel. Dans la rue comme dans un endroit clos, chacun rencontre, parce qu’elles sont plus nombreuses, plus de personnes vaccinées que de personnes non vaccinées. Même si chaque personne vaccinée a une probabilité un peu plus faible d’être contaminée (au mieux, 1,4 à 1,7 fois moins), comme elles sont 3 à 4 fois plus nombreuses, chacun a une probabilité plus forte d’être contaminé par une personne vaccinée que par une personne non vaccinée.

Sur les 4 semaines concernées par notre étude, on peut constater que, pour les décès, la vaccination semble de plus en plus efficace au fil du temps. Par contre, on ne fait pas le même constat sur les hospitalisations ou l’admission en soins critiques. Est-ce que cette efficacité plus grande pour les formes les plus graves est liée à la montée en puissance de la troisième dose ? Corrélation n’est pas raison disent les scientifiques, ou, plus clairement, ce n’est pas parce que deux évènements se passent au même moment qu’ils sont liés. Cependant, on peut constater que, dans la période concernée, soit du 6 décembre 2021 au 2 janvier 2022, le nombre de troisièmes doses injectées est passé de 7 à 21 millions. Les informations fournies par la DREES permettraient sinon de lever le doute, du moins d’avoir plus de raisons de croire que les deux faits sont liés, mais cela demanderait des calculs supplémentaires que je n’ai pas fait jusqu’à présent.

Parmi les trois critères qui permettent de juger de la gravité de la maladie : hospitalisations, admission en soins critiques, décès, le gouvernement a choisi de mettre en avant, dans sa communication, le seul qui semble donner un avantage à la politique sanitaire qu’il a choisi : faire de la vaccination l’alpha et l’oméga de cette politique. Je comprends que le gouvernement puisse vouloir faire la promotion de ses choix, mais il me semble que cela est contre-productif en matière de santé publique en maintenant une grande partie de la population dans la croyance, fausse, que la vaccination protège fortement, voire totalement, contre les formes graves du Covid-19. Il me semble que la vaccination protège, certes, contre ces formes graves, mais de façon pas très forte (environ 70 % de protection les semaines considérées contre l’hospitalisation, environ 65 % de protection contre les décès, environ 80 % contre l’admission en soins critiques).

Il me semble donc toujours souhaitable de répéter encore une fois le même message : Si vous voulez éviter d’attraper le Covid-19, que vous soyez vacciné ou non, respectez au maximum les gestes barrières et, en particulier le port correct du masque et limitez, autant qu’il vous semble souhaitable, les interactions sociales en présentiel. N’oubliez pas que, ces jours-ci, près de 4 % de la population de notre département est, officiellement, contaminée par le Covid-19 (si on suppose que chaque personne est, en moyenne, contaminée pendant une semaine) et que, si on ajoute que, d’après le Conseil Scientifique, dans son avis du 19 janvier 2022 (page 3)6, 33 % à 50 % des contaminations sont détectées, c’est près de 10 % de la population qui est actuellement contaminée.

Yves-Luc Boullis

Références bibliographiques

1 – Compte-rendu hebdomadaire de la DREES, publié le 14janvier 2022, tableau des résultats nationaux associé.

2 – Point épidémiologique national n° 95 publié le 23 décembre 2021 par Santé publique France

3 – Point épidémiologique national n° 96 publié le 30 décembre 2021 par Santé publique France

4 – Point épidémiologique national n° 97 publié le 6 janvier 2022 par Santé publique France

5 – Point épidémiologique national n° 98 publié le 13 janvier 2022

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2 commentaires

  • Cette comparaison entre entre vaccinés et non vaccinés en soins critiques méconnaît ( volontairement….ou pas ) une règle essentielle en matière de statistique qui est de rapporter un échantillon donné à son échantillon de référence pour établir des proportions.
    Rapportés aux populations témoins de 50 millions de vaccinés pour 5 millions de non vaccinés les chiffres de 700 vaccinés et 1100 qui ne le sont pas les comparaisons prennent un autre sens….
    Même un élève de seconde peut comprendre cela.

    • Presque d’accord avec vous. C’est pour cela que dans les lignes suivantes de mon propos, je donne les taux d’incidence qui tiennent compte des tailles respectives des populations vaccinées et non-vaccinées.
      Le point sur lequel je ne suis pas d’accord, ce sont les tailles respectives de ces populations. D’après le décompte officiel de la DREES, il y avait, semaine 52 de 2021, 51 millions de personnes totalement vaccinées (c’est à dire ayant reçu deux doses de vaccins, sauf pour celles qui ont été vaccinées avec le vaccin de Janssen et pour celles ayant eu le Covid, ces deux types de personnes ne recevant qu’une dose) contre 14,6 millions de personnes n’ayant reçu aucune dose de vaccin, les autres ayant reçu une première dose de vaccin, mais pas la deuxième.

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