Le progrès c’est quoi ?

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« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » chantait Aznavour, tandis qu’en 1963, Sheila inondait les ondes avec « t’es plus dans l’coup papa ». Les deux avaient raison et, maintenant grâce aux progrès techniques, tout va chaque jour plus vite au point que ceux qui ne sont pas nés avec un smart phone, un I phone , une tablette, un ordinateur sont devenus des infirmes, des inadaptés. Par exemple, jadis nos relations avec notre banquier consistait au mieux à déposer un chèque pour encaissement. Aujourd’hui, grâce à la technologie nous pouvons sans nous déplacer consulter nos comptes, effectuer un virement, payer une commande internet. C’est bien, très bien , mais tout le monde ne détient pas l’outil nécessaire et, pour ceux qui « ont la chance» d’en avoir un, le bien peut se transformer en calvaire. Ainsi, pour accéder à notre compte nous devons avoir un code confidentiel. si nous avons l’application de la banque sur le téléphone ou la tablette. Très simple mais si nous ne l’avons pas nous pouvons toujours recourir à une recherche par ordinateur et là il nous faut un mot de passe différent du code confidentiel. Apparemment simple. Cependant, pour acheter un billet d’avion il faut un autre code et si pour une quelconque raison nous ne l’avons pas nous pouvons toujours le récupérer à l’agence bancaire. Seulement voilà : si elle ferme du samedi à 13 heures au mardi à 9 heures comment faire ? Pas de problème. Nous pouvons appeler un service qui fonctionne en continu pour nous dépanner. Et là, nouvelle épreuve. On nous demande notre code secret. Innocent, nous donnons notre code confidentiel. Secret, confidentiel ça semble pareil. On confie un secret. Eh, bien non c’est différent. Alors pas de code confidentiel, on ne peut rien faire avant l’ouverture de l’agence où tout s’arrange au bénéfice d’une relation humaine dont le progrès nous prive de plus en plus. Avec notre assureur ce n’est pas plus simple. Nous appelons et une merveilleuse correspondante invisible nous demande d’indiquer ce que nous voulons en tapant sur le clavier de notre appareil un, deux etc. jusqu’à cinq parfois et quand nous devons choisir nous ne savons plus sur quelle touche nous devons taper. Le progrès c’est sans doute faire vite et mieux ! Mais comment se plier aux lois de la vitesse quand on n’a qu’un simple téléphone, qu’on est malentendant ou malvoyant et qu’en plus on doit parfois faire face à un vocabulaire abscons qui prend souvent sa source dans la langue de Shakespeare ? Et qu’advient-il à celui qui est seul ? La technologie peut manifestement nous faciliter la vie mais, hélas, elle implique, pour être utile, une connaissance d’un langage que bien des citoyens, surtout les moins jeunes, ignorent. Et, surtout, elle induit une diminution sensible des relations humaines. Moins de personnel de caisse au profit d’une borne à paiement automatique dans une grande surface ou souscription d’une police d’assurance par internet sans le conseil ou l’alerte du professionnel par exemple, ont modifié nos habitudes. Et on nous rebat les oreilles avec un vivre ensemble que le dernier virus a compromis en nous privant même , avec nos masques , de nous sourire.

Pierre ESPOSITO

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2 commentaires

  • Ce texte est plein de bon sens mais l’avenir nous réserve encore pas mal de surprises

  • Plutôt que mettre en cause la technologie et la langue de Shakespeare, il eût été plus correct de voir une réalité qui s’appelle le marketing (en français), et ses fidèles formés dans les écoles de commerce françaises.

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