L’Institut confucius et le nouvel an chinois a pau

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Pau fêtera le Nouvel an chinois, durant une semaine : du 9 au 13 février. « Cette semaine est co-organisée par l’Institut Confucius et le Conservatoire de Pau avec l’association Cercle Jasmin/rencontres musicales franco-chinoises », selon la brochure qui présente la Saison du Conservatoire. Revue labellisée sur sa couverture par un « Pau Capitale Culturelle » qui, pour l’occasion, a remplacé « Pau Capitale Humaine ».

Il ne s’agit pas ici de minorer l’intérêt de la culture chinoise ainsi que ses traditions ; certainement pas sa musique qui inspira de grands compositeurs occidentaux comme Puccini dans son merveilleux Turandot. Cet intérêt n’est pas nouveau contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire. Malgré les tentatives acharnées d’éradication au nom du Marxisme Léninisme, elle s’est maintenue probablement maintenue pour l’essentiel, engloutie dans le silence de ce grand peuple au destin malheureux.

Quelle expression musicale va nous présenter l’Institut Confucius, organe officiel du régime autocratique de Xi Jing Ping ?  Quelle vision de la culture chinoise ? Quelles pratiques artistiques ? L’art officiel ou celui animé par ces artistes dissidents, expatriés, pour la plupart clandestins ou emprisonnés dans des camps de rééducation ? Pourquoi ne pas organiser –tant que nous y sommes- une grande exposition d’art pictural officiel chinois au musée de Pau et honorer ce fameux réalisme socialisme qui a sévit en Union Soviétique et qui trouva fort heureusement ses détracteurs. Ce n’est pas cette Chine-là, celle qui est portée par l’Institut Confucius que nous voulons voir dans une ville où est né Henri IV, le monarque tolérant.

Peut-être aurait-il mieux valu défendre la culture tibétaine, soutenue par des associations bien enracinées à Pau ? Hisser le drapeau tibétain comme cela s’est fait longtemps au fronton de la mairie ? Célébrer l’art et les traditions du peuple Ouïghour, réduit en esclavage par les sbires du communisme chinois ? Ou rappeler l’histoire de Taïwan et celles de la Corée du Sud directement menacées d’invasion ? Sans parler de Hong-Kong désormais privée de libertés…

Les moyens financiers de la Chine communiste sont immenses qui peut résister à cette séduction ? Ce que les dirigeants de l’Empire du Milieu ne peuvent obtenir par la force ils le gagnent grâce à ces espèces sonnantes et trébuchantes qu’ils savent utiliser à bon escient. Ils achètent, en France, des usines, des terres en toute impunité. Ils se portent acquéreur de forêt sur pied qu’ils transportent en Chine et revendent sous la forme de produits transformés (en planches par exemple) en France (cf. un excellent reportage d’Elise Lucet). Ils ne tiennent aucun compte des recommandations environnementales des organisations internationales et s’assoient sur toutes sortes de traités, ils méprisent ouvertement la démocratie et combattent la liberté individuelle. L’individu, pour eux est un pion au service du Parti dirigé par un groupe de vieillards séniles et richissimes.  

Cette célébration commune de l’institut Confucius et du Conservatoire Palois –deux organismes soutenus par les deniers du contribuables locaux- vient dans un moment où le monde entier critique l’organisation des Jeux Olympiques de Pékin. A commencer par les sportifs eux-mêmes. Ces jeux organisés à tout prix n’ont rien à voir avec l’idéal de Coubertin. Les athlètes y sont coupés du monde et, nous disent les journalistes : le public en est exclu. Les chinois ignorent même pour la plupart qu’ils existent.

Il s’agit d’une opération de propagande menée de main de fer sous la haute surveillance du virus qui rode à nouveau dans le pays qui l’a vu naître. « Il y a des contrôles à tous les points, tout est barricadé. On ne peut pas sortir. Les quartiers sont fermés. Il n’y a personne dans les rues. C’est une ambiance vraiment très particulière, contraignante et parfois pesante » a déclaré Christophe Saioni, entraîneur de ski Alpin à son arrivée (France Info).

Une large majorité de nos concitoyens considère que ces jeux, dans ces conditions, n’auraient pas dû se faire ; parmi eux il y a certainement des amateurs de sports d’hiver. Comme il y a des mélomanes attachés au Conservatoire de Musique, à son enseignement et à son programme très attrayant cette année qui regretteront cette liaison dangereuse avec l’Institut Confucius. Un pas de clerc car on ne mange pas avec le diable même avec une longue cuillère.

Pierre-Michel Vidal  

PS Le Conservatoire n’est pas seul en cause : aux Halles de Pau, du 1er au 28 février, il sera possible de découvrir une exposition de papiers découpés folkloriques chinois en provenance du musée d’Art de Yantai. Toujours sous l’égide de l’Institut Confucius. 

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6 commentaires

  • Jean-François de Lagausie

    Il faut reconnaitre que le documentaire du Mardi 8 Février de ARTE va tout à fait dans votre sens. Il est extraordinaire que les grands pays musulmans ne soutiennent pas leurs co-religionnaires ouïgours dans les instances internationnales.

  • Pierre-Michel Vidal

    A voir: le doc boycotté par les « grands » médias ce mardi soir sur Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/100174-000-A/chine-le-drame-ouighour/

    • Les associations de défenses des doits de l’homme, Tibétaines, Ouïghours, Mongols, de Hongkong, et dissidents chinois, qui ont milité pour un boycott diplomatique auraient-elles été entendues ?

      Le COVID 19 s’est invité ce mardi 08 février chez la ministre déléguée chargée des Sports français Madame Roxana Maracineanou.
      Testée positive, Covid 19 l’a contrainte d’annuler son déplacement à Pékin, prévu du 11 au 15 février, pour les Jeux olympiques d’hiver.
      Maracineanou était la seule membre du gouvernement français à aller aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Aucun officiel français n’a assisté à la cérémonie d’ouverture ni n’assistera à la cérémonie de clôture.

      La terrible tempête du 10 décembre 2021 qui s’est abattue sur la Boulevard des Pyrénées déchirant le drapeau chinois en deux, devrait faire réfléchir certains de nos hommes politiques. A force de s’obstiner à vouloir des relations normales avec la dictature de Pékin, ils en deviennent ridicules.

  • L article de Monsieur Vidal est très clair, précis et résume parfaitement la situation et ma pensée. Bravo.

  • Vous parlez des JO d’hiver de Pékin 2022. Le Comité International Olympique a notamment pour mission de  » s’opposer à toute exploitation publique des athlètes »? Alors pourquoi, conseille-t-on à plus d’un millier d’athlètes et de délégués de sept pays de laisser leurs appareils mobiles à la maison et d’emporter des téléphones jetables avant de se rendre en Chine pour ces jeux d’hiver ?
    Le Président indien MODI n’ira pas à Pékin à l’ouverture de ces jeux. Pour cause : un des portes flambeaux est un soldat de l’Armée Populaire de Libération QI FABAO impliqué en 2020 dans le conflit avec l’Inde ( Galwan Valey) qui a fait 20 morts côté indien.
    Le club des correspondants étrangers en Chine dénonce, ce lundi 1er février, les conditions de travail des journalistes dans le pays. Plaintes au civil, enquêtes au nom de la sécurité nationale… Les médias sont de plus en plus confrontés au risque de voir leurs informations sanctionnées par des poursuites judiciaires.

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