Aux hommes et aux femmes du peule français, la France non reconnaissante.

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Les petits, les sans-grades, la France d’en bas pour Raffarin, ont, pendant toute leur vie, participé, par leur travail leur courage, leur dynamisme…, au développement de la France ; ceux qui ont vécu pendant la seconde guerre mondiale ont connu bien des risques ou des contraintes pour maintenir haut la valeur et l’honneur de la France.

Et maintenant, en remerciement :

Cacher ces vieux que je ne saurais voir sauf si on peut en tirer de l’argent ! 

«La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire ; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Et elle s’approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.
Mais l’enfant épouvanté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.
Alors la bonne vieille se retira dans sa solitude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant : — « Ah! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l’âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer !
» Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

On vient de découvrir la maltraitance et l’exploitation financière du grand âge.

Ça s’en va et ça re-vient

Des centaines de rapports, dossiers, informations ont été portés à la connaissance des pouvoirs publics, depuis des années, sous plusieurs mandatures, le fonctionnement de ces EHPAD privés à but lucratif qui bénéficient d’aides publiques sans véritables contrôles ; les pouvoirs publics connaissaient la pauvreté de la gestion des EHPAD publics ou privés à but non lucratif. Les rapports officiels publiés depuis 2019 sur la question ne manquent pas : rapport Libault, rapport El Khomry, sur les métiers de l’aide, rapports Dufeu-Schuber sur l’âgisme et la place des Agés dans la société, rapport Guedj sur l’isolement social des aînés, rapport Vachey sur la faisabilité de la 5ème branche autonomie. Tout ce matériel alertait les pouvoirs publics sur l’état très insuffisant en personnel, quantitativement et qualitativement (formation), sur l’impossibilité de mener à bien les indispensables soins, les accompagnements humains des personnes dépendantes.

Ils ont systématiquement été mis en attente.

Emmanuel Macron avait pris l’engagement de mener à son terme un projet social sur la dépendance. Alors que son quinquennat s’achève, ce chantier a disparu de l’agenda présidentiel. Le renoncement d’Emmanuel Macron à une loi relative à la dépendance n’est que le dernier d’une série entamée sous Nicolas Sarkozy et poursuivie sous François Hollande.

*«Tu arrêtes tout, c’est trop cher, on n’a pas l’argent» : fin août 2011, Roselyne Bachelot déchiffre le billet que François Fillon lui passe discrètement, en conseil des ministres. Griffonnés à la hâte, les mots du premier ministre signent l’arrêt de mort de la réforme de la dépendance que la ministre des solidarités porte depuis plus d’un an.

*Le 28 mars 2019, Dominique Libault, nommé par le Premier ministre pour conduire la concertation et faire des propositions de réformes, a remis son rapport à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Ce rapport formule 175 propositions pour une transformation en profondeur de l’organisation de l’accompagnement des personnes âgées.

qu’est-il devenu ?

*Michèle Delaunay plaide auprès du président de la République : «Les Français n’ont pas tous des enfants, lui glisse-t-elle un jour à l’oreille, mais tous les Français ont absolument deux parents et quatre grands-parents.» Reçue un jour, par Emmanuel Macron, alors secrétaire général de l’Elysée, Mme Delaunay se souvient que l’audience a duré plus d’une heure. «Je suis ressortie gonflée à bloc en me disant : c’est dans la poche…»

Et puis rien.

*Dans son programme de 2007, Nicolas Sarkozy promettait une grande réforme de la dépendance à travers la création d’un cinquième risque de la sécurité sociale « dès 2009 ». Promesse réitérée à plusieurs reprises durant son quinquennat pour finalement

rester lettre morte.

On n’a pas d’argent, car il est utilisé ailleurs ; n’en dressons pas la liste, elle serait très longue ; pensons simplement aux aides distribuées aux entreprises polluantes, à l’abîme financier du nucléaire existant et à venir…

Les impératifs économiques «prioritaires» ont pour résultat d’activer la mort des personnes âgées.

*vite, en tirant des bénéfices de la vente des armes, des rafales, qui serviront à les tuer dans le monde.

*plus lentement, en les abandonnant à leur handicap et leur dépendance, que l’on ne saurait voir, sauf s’ils permettent de faire des bénéfices.

On entend qu’on ne peut pas se passer des EHPAD privés !

Bien sur que si ! On en parle, peu ou pas, car il était de gauche, mais Henri Emmanuelli l’avait fait dans Les Landes en respectant les personnes âgées, leur dignité leurs désirs…

Le grand âge et les catastrophes climatiques sont toujours les grands absents des débats car cela coûte de l’argent et ces dossiers ne sont pas porteurs d’arguments électoralistes ; de quinquennat en quinquennat, ils sont repoussés aux calendes grecques.

Le scandale actuel des EHPAD divulgué par un journaliste, est l’affaire du siècle du moment, de plus en plus atténuée d’ailleurs par la crise ukrainienne, les hausses de l’énergie et des matières premières, le pouvoir d’achat. Ne nous faisons pas d’illusion, les actions d’Orpea et Korian vont bientôt remonter, certains donc, ceux qui en ont achetées au bon moment, feront des bénéfices car on trouvera des arrangements

et on en parlera plus.

Aujourd’hui pour sortir du constat alarmant de l’existence d’une maltraitance systémique en matière de prise en charge dans certains EHPAD, il faudra beaucoup plus qu’une nième enquête flash proposée par l’actuel ministre de la Santé et des Solidarités… Si notre société devait être jugée à l’aune du soin qu’elle porte à ses aînés, la sentence serait certainement peu enviable…

Il faut de toute urgence réveiller les consciences en proposant de nouvelles formes de solidarités !

Et surtout les réaliser, quoi qu’il en coûte !

Les Vieux Époux

Auguste Lacaussade

Lorsque nos cœurs ont lié connaissance,
John, mon ami, votre front était beau ;
Vos noirs cheveux, dans leur jeune abondance,
Brillaient pareils à l’aile du corbeau.
Et maintenant chauve et nu il se penche :
Sur nos cheveux les hivers ont passé.
Mais béni soit ce front lisse et glacé,
John, mon vieil homme, et votre mèche blanche !

Gais pèlerins qu’un même toit rassemble,
John, mon ami, ma main dans votre main,
Par tous les temps, sur la colline, ensemble
Nous avons fait, heureux, un dur chemin.
Et maintenant que le soleil décline,
Il faut descendre à pas tremblants et lourds ;
Mais nous irons, mon John, et pour toujours,
Dormir au pied de la même colline !

                                                                                                                                             Signé Georges Vallet

crédits photos : cathy-la-corse – Centerblog.netles vieux de jacques brel

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