« Banque » de parrainages et frustrations

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« Si des candidats majeurs se sont rendus incapables pour la #Presidentielle 2022 faute de #parrainages , ce serait une situation critique pour la démocratie. Le pluralisme est le seul moyen de rétablir la confiance » écrit François Bayrou sur son compte Twitter. Ainsi dit-il : « Je propose que des Maires se regroupent en se disant prêts à apporter leurs parrainages sans être partisans ni soutiens. Il faut que cette banque de parrainages, http://notredemocratie.fr, soit trans-partis. Sans partis ».

Il y a beaucoup à dire sur cette initiative du président du Modem, symptomatique de cette bataille électorale à la fois violente et polémique mais sans véritable suspens et avec peu de contenu. Bien sûr, l’esprit, l’intention en est louable : permettre aux citoyens de renouer avec la vie politique, faire en sorte qu’ils soient mieux représentés et moins exclus. Ils s’en plaignent ou du moins commentateurs et journalistes politiques –bien intentionnés eux-aussi, naturellement- ne cessent de nous le bassiner tous les matins.

En réalité on se base ici sur un principe anti-démocratique ou a-démocratique celui de se fonder sur les sondages pour accorder des parrainages réunis dans une « banque » (le mot est symptomatique et un peu trivial quand il s’agit de démocratie).  Les candidats retenus devraient totaliser au moins 10% d’intentions de vote. Cela légitime ainsi ces sondages en leur donnant une valeur prédictive. Ils se substituent aux votes des électeurs qui devraient pourtant être souverains en démocratie.

Il s’agit d’intentions instantanées, recueillies de manière plus ou moins scientifique -leur méthodologie fait l’objet de contestations – et exposées à de nombreuses manipulations, étrangères notamment depuis quelques années. Par exemple, les sondages favorisent un effet « vote utile »,  paramètre devenu essentiel de l’élection à deux tours et poussent l’électeur à faire un second choix pour que sa voix -pense-t-il- serve à quelque chose, plutôt que d’exprimer sa véritable adhésion.

De plus, dans le projet Bayrou, la barre serait fixée à 10%. Ainsi un candidat qui serait sondé à 9% ne pourrait pas profiter de la mansuétude de la banque. Pourquoi 10 et pas 9% et pourquoi pas aider les autres, les « petits » qui ont, eux aussi, quelque chose à dire et auraient largement leur place dans la présidentielle, meilleur moment pour être écoutés ? C’est l’exemple Roussel véritable découverte de cette séquence politique. Il totalise un large taux de sympathie dans le public -jusqu’à 18%- mais ne capitalise pas, -toujours selon les sondages- puisqu’il reste scotché autour de 3,5%. Beaucoup apprécient son style et ses idées mais n’iront pas jusqu’à voter pour lui. Il y donc a des candidats, que l’on aimerait entendre dans le cadre de la campagne officielle et dont la présence du bulletin sur les tables de vote est importante. Même si on ne les choisit pas, on les écoute.

Pour être concret, des « grands candidats », parmi ceux que les sondages désignent comme tels, susceptibles de dépasser les 10%, qui pourraient faire appel à la « banque » quels sont ceux qui sont le plus à la peine côtés parrainages ? A l’heure qu’il est Éric Zemmour qui est loin du compte et Marine Le Pen qui progresse dans ce secteur lentement. Jean Luc Mélenchon subit la double peine puisqu’il est loin du compte des parrainages et que les sondages lui donnent entre 9 et 10,5 %. Sera-t-il alors éligible à la mansuétude du bidule Modem?

Si on s’en tient aux chiffres du moment https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/500-signatures-ou-en-sont-les-candidats-20220201 . Le premier bénéficiaire de cette proposition serait Éric Zemmour qui, malgré une large adhésion « sondagière » (excusez le néologisme) pourrait ne pas obtenir les signatures nécessaires. Or, tout le monde le sait, et les sondages du second tour le confirment largement, le polémiste d’extrême droite est le meilleur ennemi de macron auquel il assurerait une  victoire finale autour de 60-40%. On rejouerait ainsi le film Chirac-Le Pen de 1995, en quelque sorte.

Dans quel cadre faut-il envoyer une bouée de secours aux candidats qui risquent de sombrer ? Faut-il trier les naufragés en fonction de données contestables ? Laisser se noyer ceux qui n’ont pas l’onction des Instituts de sondage (et des grands médias) ? Ce serait écorner un peu plus la grande rencontre démocratique que constitue l’élection présidentielle. Le système est insatisfaisant, certes mais ne rajoutons pas de frustrations supplémentaires.

Pierre-Michel Vidal

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4 commentaires

  • Le grand mandarin de la politique, M. F. Bayrou, a toujours des idées lumineuses qui n’éclairent rien du tout.

  • Jean-François de Lagausie

    Cette obligation de recueillir 500 signatures bloque, à l’évidence, les nouveaux candidats, porteurs de nouvelles idées et favorise les candidats qui ont le soutien des partis anciens. L’idée de Bayrou est un minimum, mieux que rien !
    On pourrait – baisser de moitié le nombre de signatures nécessaires, passer à 250,
    – permettre à un maire de parrainer deux candidats
    – introduire le secret de la décision du maire
    – autres
    Comme c’est trop tard pour ce coup ci, il faut se résigner à une élection présidentielle insuffisamment démocratique en 2022.

  • Ne serait ce pas comme la banque ? On ne prête qu’aux riches ! Le nom même de ce système nous avertit, en fait. On ne va quand même pas renier l’esprit même du capitalisme. Évitons toute opposition..?

  • Tout à fait d’accord. Il est, à mon avis, une autre donnée à prendre en compte, c’est la temporalité des sondages d’opinion. Tous les organismes sondeurs s’accordent à dire que le résultat d’un sondage est le reflet des opinions à un moment donné. Autrement dit la cote de popularité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Le vote, lui, est définitif. Alors de quel sondage faudra-t-il tenir compte pour apprécier ces fameux 10%. Si celui de ce jour est différents de celui de demain, comment faire ? Tout cela ne me semble pas très réaliste.

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