Le vote utile

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Puisqu’on ne parle que de ça malgré un enjeu plus symbolique que réel –il n’est pas à mépriser cependant- et surtout un suspens relatif puisque la côte du « pas encore candidat » est au plus haut, autant se lancer. Non en faveur de tel ou tel candidat car nous avons un large choix. Le système de parrainages est contraignant mais utile et il s’appuie sur la sagesse  des maires les éléments les plus représentatifs du maillage de notre démocratie comme dit le béarnais Jean Lassalle :  » Les maires sont ceux d’entre nous qui sont le plus au contact de la réalité, vous allez les remplacer par qui ? ». Dangereux en revanche les bidules comme cette idée baroque d’une « banque de parrainages » qui irait à l’encontre des choix de bon sens de nos édiles.

Ainsi, le maire de Cannes, Jean Paul Lisnard, membre éminent de LR vient d’accorder son parrainage à Jean Luc Mélenchon LFI et l’explique sur son compte twitter : « Parce que la candidate que je soutiens est lotie, par esprit républicain, souci civique, exigence démocratique, aussi pour que les démagogues ne jouent pas les victimes, enfin pour enlever de la pression (injuste) sur les maires et démontrer que «parrainage ne vaut pas soutien» ». Pas de système bancaire ici mais une sorte de fraternité républicaine, une tolérance mutuelle, une contribution concrète au débat démocratique. Il faut s’en réjouir.

On voit que désormais, bien qu’ils soient à la peine, petits ou grands candidats auront –pour la plupart- leurs parrainages. Intervient alors, la grande règle, non écrite, de l’élection présidentielle de la Vème république, directive non dite, qui pèse de sa loi d’airain sur le résultat final : le vote utile. Car l’électeur conduit par le jeu trouble des sondages -et de ceux qui les commentent- se déterminera non pas sur le candidat de son choix mais souvent en faveur de celui qui a une chance de se positionner pour atteindre la finale puis, dans un second temps, en faveur non pas de celui dont il se sent proche mais du candidat capable d’éliminer l’exécrable à ses yeux. En faveur du moins mauvais. Le vote utile est ainsi un vote de défiance plus que d’adhésion. Un vote d’élimination.

Il y en a de nombreux exemples lié au fonctionnement de ce qu’est l’élection suprême dans notre constitution. Prenons le premier tour des élections présidentielles de 1981. A gauche le duel Marchais/Mitterrand fait rage malgré le programme commun. Le premier est populaire, le second est, si l’on veut, plus présentable, il a plus de chance de remporter la timbale : de devenir président. Ce qui s’est passé en bout de course bien que les collaborateurs de Marchais -lui-même une bête de scène- aient obtenu le prix de la meilleure campagne. Cela éclaire l’objectif obsessionnel de l’expérimenté Mélenchon qui est de se placer en tête de la gauche avec l’espoir de déclencher le réflexe du vote utile et de se qualifier pour le second tour.  

Il en fut de même lors du scrutin de 2002 : la présence du candidat d’extrême droite Jean-Marie Le Pen au second tour, après la campagne calamiteuse de Lionel Jospin, conduisit à un vote massif de la gauche en faveur de Jacques Chirac, il est vrai suffisamment modéré pour l’attirer sans état d’âme. Résultat final au terme de ce qui fut un véritable psychodrame national : Jacques Chirac réélu président de la République avec 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtint seulement 17,79 % des suffrages exprimés.

Les français forment le peuple le plus politique du monde avec pourtant une approche passionnée de cette élection. Une passion qui conduit à de nombreux excès de langage, des dérapages inédits, des invectives inutiles qui se suppléent au débat nécessaire à une démocratie. Faut-il y voir les conséquences du Covid qui a troublé profondément notre vision du monde ?  Est-ce dû à un affaissement général de l’idée de démocratie qui ne sied plus aux générations montantes ?

Le syndrome du vote utile accélère ces doutes. Les arguments des uns et des autres ne sont plus qu’une valeur d’ajustement et, dans ce contexte, les petits candidats qui souvent ont du talent, Roussel, Lassalle, Dupont-Aignan par exemple, sont éliminés sans même avoir été entendus. Seuls nous intéressent ceux qui font la course en tête, trois ou quatre sur une douzaine qui seront sur la ligne de départ officielle. Ainsi, la loi des sondages et des médias fait un premier tri à notre place.

Pierre-Michel Vidal

PS Il faut rajouter l’exclusion des « petits » candidats des débats audiovisuels, dans le service public notamment.

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Un commentaire

  • « dans le doute, abstiens-toi  »
    Ce proverbe remonte loin, ce serait le poète dramaturge Piron du XVIIIème siècle qui le traduisit par un conseil à savoir « ne décidons jamais là où nous voyons goutte »
    Je pense que bien des français vont suivre ce conseil car c’est vraiment le cas!

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