Une évolution pourrait changer le Monde.

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Avec parfois beaucoup de détails sordides, la liste journalière des atteintes aux personnes s’allonge ; les réseaux sociaux et les médias, s’en donnent à cœur joie. Notre société se décompose sous le poids de toutes ces violences qui n’ont jamais été aussi nombreuses et intenses…

En fait, sans vouloir, bien sûr, les sous estimer, cette médiatisation ne fait que mettre au grand jour ce qui se passait dans l’ombre des familles depuis bien longtemps et dont on ne parlait pas ! Notre société de plus en plus en recherche de «transparence», d’émotions extériorisées, demande des lois répressives, justice et condamnations. C’est une bonne chose mais qui nécessite, pour la situer, une analyse plus globale, dans le temps et dans l’espace.

Depuis des siècles, l’homme a semé et essaimé partout la violence, la mort, la souffrance, l’esprit de domination des uns sur les autres.

Est-ce d’ordre biologique, sociétal, culturel ?

Selon Konrad Lorenz, un non adepte de Jean-Jacques Rousseau, l’agressivité est un instinct fondamental chez tous les mammifères, Homme compris.

Steven Pinker, professeur à Harvard, montre que les morts violentes étaient très fréquentes à l’époque préhistorique. Dès son apparition, Homo Sapiens aurait fait preuve d’un niveau de violence élevé mais « en accord avec la place de notre espèce dans l’arbre phylogénétique de l’évolution« , précise José Maria Gomez.

Donc, il y aurait une part de biologique.

Si l’on parvient à dépasser le niveau purement émotionnel de la perception de la violence, considérablement amplifié par notre société médiatique et numérique et à analyser de manière méthodique, rationnelle et objective, sur de très longues périodes, l’évolution de cette violence humaine, un phénomène anthropologique fondamental apparaît et se développe au fil du temps, celui de l’indéniable et constante progression de la pacification des sociétés humaines et, corrélativement, celui d’une diminution tout aussi incontestable sur le long terme de la violence la plus extrême”, explique le sénateur René Trégouët.

Cette diminution constante de la violence létale et du nombre de meurtres en Europe au cours des derniers siècles a fait l’objet de nombreuses tentatives d’explication. L’une des plus convaincantes est probablement celle proposée en 1973 par le sociologue allemand Norbert Elias, dans son essai intitulé «La civilisation des mœurs».

Depuis la Renaissance, un long processus de civilisation expliquerait cette remarquable diminution de la violence à l’échelle mondiale. “En se civilisant, c’est-à-dire en s’arrachant à la nature toute puissante et à la seule loi du plus fort, pour devenir un être de culture, construire des sociétés et des états d’un niveau d’organisation et de complexité toujours plus grand, l’homme, même s’il demeure – ce qu’il refuse souvent de voir – un animal intrinsèquement surdoué pour imaginer et exercer les pires violences sur ses semblables, a lentement mais sûrement appris à dompter ses instincts et à régler et prévenir les conflits de toute nature en recourant à une multitude de moyens et d’outils sociaux, économiques, politiques et juridiques nouveaux qui se sont finalement avérés plus efficaces et moins coûteux que la violence brute, tant pour l’individu que pour la société”, explique René Tregouët.

Le social et le culturel ont donc joué un grand rôle  dans la modération des instincts.

Si l’exercice de la violence entre les Hommes est de plus en plus limité, jugulé au sein des Etats, celle commise contre les autres espèces s’est très fortement intensifiée.

«Ainsi bat le cœur de la France, au rythme des coups de fusil, de pioches et de pièges qui accaparent et polluent nos campagnes et nos forêts, détruisant méthodiquement et cruellement ce qu’il reste du vivant, simplement pour le plaisir, ce sentiment qui permet tout, avec la bénédiction de la grande majorité de nos élus qui ne cherchent que des soutiens électoraux et n’ont cure de l’intérêt général et de la biodiversité», conclut Christophe Magdelaine, fondateur du site notre-planete.info.

L’Homme est-il violent par nature ? – Notre-planete.info

https://www.notre-planete.info › actualites › 4564-Hom…

Que reste-t-il de tout cela, dites le moi ?

La compétition.

En effet, on nous prépare à affronter un monde imprégné par la compétition. Nous évoluons dans des systèmes sociaux où c’est le plus important moyen de relation à autrui (Beauvois, 1994), l’individualisme est le principal instrument, la méritocratie le moyen de promotion sociale.

L’éducation et la formation ont organisé leurs systèmes d’apprentissage autour de la promotion de la compétition. Le travail individuel, les classements, les prix, les mentions, le redoublement, jusqu’au système même d’évaluation par les notes, sont tous des dispositifs qui permettent la comparaison sociale des compétences avec autrui. En accréditant l’idée

que la réussite scolaire est liée au dépassement des camarades,

Les années 1980 ont vu s’imposer l’image du battant, du self made man, champion de la compétition, du winner face au looser.

Dans ce monde de la concurrence, du provisoire, du déséquilibre, de l’individualisme, de l’affrontement, la guerre même,

de la mort donc,

des antagonismes, de l’imprévisible, du cynisme, du premier de cordée et du premier de corvée, de la recherche que du temps présent,

un autre monde existe,

celui de la coopération, de la solidarité, du durable, de l’équilibre, du collectif, de la paix,

de la vie donc,

du prévisible, du respect, des vertus de l’ensemble de la cordée, de la recherche du durable, de l’harmonie…

Ces deux mondes sont présents dans la nature et la culture mais ils n’ont pas la même importance partout.

Dans notre société occidentale, la solidarité nationale est présente ; elle se manifeste sous forme de la sécurité sociale, des mutuelles, des indemnités chômage, des services publics, des aides diverses. Il y a aussi une solidarité individuelle souvent bénévole.

Toutefois, elle est fragile, en péril même, car de plus en plus attaquée par «les forces de progrès !» ; elle coûte, et l’Etat n’a pas d’argent dans un système politique qui veut de moins en moins d’Etat.

L’écart entre la compétition et la coopération, la solidarité et la concurrence, la richesse et la pauvreté est de plus en plus important.

La compétition l’emporte largement sur la solidarité.

En est-il de même partout dans la nature,

Entraide et concurrence dans la nature – Cause commune

https://www.causecommune-larevue.fr › entraide_et_co…

En analysant les titres et les reportages animaliers disponibles, les mots les plus récurrents sont : prédateur, survie, survivre, nourriture, chasse, proie, chasseur, manger, tuer, alors que aide ou famille ne viennent qu’à la fin.

Donc la nature c’est la «loi de la jungle».

Ainsi, la part d’égoïsme, d’individualisme, de violence et de colère, qui réside en nous serait un héritage du grand singe qu’était notre ancêtre ;

Pourtant :

+Entre les espèces, notre propre vie dépend de la collaboration de millions, de milliards ou même de billions de cellules travaillant ensemble à la formation de nos tissus et organes, mais aussi à la coopération de milliers de bactéries présentes sur notre peau et dans notre estomac qui nous permettent de digérer les aliments ou de combattre les pathogènes extérieurs.

+Au sein d’une même espèce sociale les exemples ne manquent pas et on constate leur intérêt dans la durabilité de l’espèce; le fait d’être «social», donc collectif, constitue déjà un avantage que ne présente pas l’individualisme : pensons aux fourmis, les termites, abeilles, araignées, suricates , les grands groupes sociaux chez les oiseaux, les mammifères,… et les arbres !

Le rat va ouvrir une trappe dans la paroi d’un aquarium en plexiglas si cela permet à un autre rat de se hisser hors de l’eau, le chimpanzé soigne, épouille le congénère, l’éléphant apeuré est rassuré par un congénère, grâce à quelques gazouillis et autres caresses de trompe, l’éléphanteau bloqué dans un fossé parvient à en sortir avec l’aide d’un individu plus âgé. Un groupe de pachydermes reste plusieurs jours auprès d’un individu mort, comme pour lui rendre un dernier hommage. Les éléphants figurent parmi les animaux dont les liens sociaux sont les plus développés. Nombre de leurs comportements donnent à penser qu’ils sont capables de ressentir de l’empathie. Etc, etc.

Oligocène (- 33 à 36 millions d’années) : apparition des ancêtres de l’éléphant moderne ; l’homme est entrain de  l’exterminer.  Ce dernier, récemment apparu, (2 à 3 millions d’années, c’est rien en comparaison)  s’autodétruit déjà.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a jamais de conflits.

Antagonisme dans la nature : conflits intraspécifiques – Animal …

https://www.animal-ethics.org › antagonisme-dans-la-na…

Ils surviennent du fait des besoins similaires des animaux d’une même espèce pour la préservation de leur bien-être, leur survie et leur reproduction. Les combats peuvent entraîner des blessures ou la mort, et même si les animaux ne sont pas directement blessés par d’autres, ils peuvent souffrir par privation : les conflits sont territoriaux, pour l’obtention d’un partenaire, la quête d’un statut social dans le groupe ( le pecking order chez les volailles).

Ces conflits restent localisés et, si on réfléchit bien, ils sont orientés vers la défense de l’espèce et non sa destruction.

https://www.causecommune-larevue.fr › entraide_et_co…

Peut-être est-il temps de changer notre façon de regarder la nature et de ne plus se concentrer uniquement sur le lion qui tue l’antilope.

Comme eux, nous avons tout à gagner à favoriser la coopération plutôt que la compétition.

Devant le constat de l’intérêt de la prédominance du collectif, de l’entraide, de la coopération, les esprits et les entreprises se posent des questions et se demandent si cela ne serait pas plus rentable d’investir dans le collectif, la coopération, le respect.

Entreprise en mode compétition ou en mode collaboratif

https://www.actuentreprise.com › nos-articles › entrepri…

L’esprit collaboratif : le nouveau moyen d’améliorer la rentabilité

  • https://www.actuentreprise.com/nos-articles/lesprit-collaboratif-le-nouveau-moyen-dameliorer-la-rentabilite/

Il ne fait aucun doute que cette dynamique enclanchée est une évolution qui pourrait changer le Monde.

Signé Georges Vallet

crédits photos:  https://www.continuumsh.com › citations-travail-equi

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2 commentaires

  • lire  » Sa majesté des mouches  » William Golding

  • « Notre société de plus en plus en recherche de «transparence», d’émotions extériorisées, demande des lois répressives, justice et condamnations. C’est une bonne chose mais… »

    Je me demande si la transparence n’est pas une cause de la désaffection actuelle pour la politique.
    L’élu local « à l’ancienne » était un recours pour l’électeur. N’était-il pas la relation de ceux qui n’en avaient pas ?

    Maintenant tout doit être transparent. D’ailleurs la transparence ne conduit-elle pas aussi à plus de complexité dans l’élaboration et l’application des lois ?

    La transparence n’est pas à mettre en cause. Sauf qu’elle ne règle pas tout.
    Le chemin vers plus de démocratie n’aura jamais de fin. Heureusement…

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