SUVs VS DACIA : Démoyennisation de la société ?

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Lorsque je prends la route je suis frappé de croiser de très nombreux véhicules à forte valeur ajoutée (type SUV) ainsi qu’un nombre non négligeable de véhicules premiers prix (type DACIA). Quelle explication trouver à ce constat, au-delà de la différentiation simple entre véhicules des riches et véhicules des pauvres ?

– Sport Utility Vehicle
Les SUV (sport utility vehicle) sont des véhicules issus d’une démarche « marketing ». Ils répondent à une demande d’un sentiment de sécurité au volant ainsi qu’à une plus grande habitabilité par exemple.

Cette offre est adaptée aux classes moyennes supérieures.
Ces véhicules sont équipés des derniers perfectionnements technologiques et leur forte valeur ajoutée permet de maintenir leur fabrication dans des pays comme la France.

Cette offre peut également être vue comme le prolongement du « monde d’avant » et de son goût pour l’« avoir » ou le paraître qui, quand même, est assez courant socialement.
Elle serait aussi un prolongement embryonnaire du cocon familial sur la route en attendant la voiture autonome.
En fait, elle répond surtout à une demande plus générale de bien-être.

Toutefois les sommes de technologies complexes ainsi que d’énergie et de matériaux mises en œuvre, depuis la conception jusqu’à la commercialisation, sont considérables. Leurs croissances avec leurs effets sur l’épuisement des ressources et sur l’environnement, seraient difficilement contrôlables.

– Dacia
Les véhicules type Dacia sont des véhicules classiques avec des équipements basiques. Leur fabrication est généralement effectuée dans des pays à bas coûts de travail.
Ils correspondent à des véhicules « premiers prix ».

Cette offre serait similaire à celle que l’on retrouve dans les magasins type Lidl et autres Aldi, Gifi ou La Foir’Fouille par exemple.
Elle serait adaptée aux classes pauvres ainsi qu’aux classes moyennes inférieures qui se sentent menacées par la précarité. C’est-à-dire des populations qui n’auraient pas d’autres choix que le « low cost ».

Mais cette offre peut également constituer un arbitrage pour les classes moyennes qui n’ont que faire de toutes les options disponibles sur un véhicule haut de gamme et qui privilégient d’autres postes de dépenses que la voiture.

Cette offre répond ainsi aux tendances de la société vers une vie plus frugale avec plus de « techno-discernement » et une économie de bien-être; également appelée « humano-centrée » et portée par la santé, l’éducation, l’alimentation, les loisirs, la sécurité, la mobilité.

La fracture de notre Société ne se perçoit pas vraiment sur la route. D’ailleurs ne peut-on pas y voir le défilé d’une Société prospère et également impatiente ? On peut aussi considérer que la sécurité routière est punitive et fait bien le ménage sur la route.

Toutefois la tendance vers une économie « humano-centrée » se devine dans un large éventail de classes sociales et ne se réduit pas aux « bourgeois bohèmes ».
Elle dépasserait même la sensibilité écologiste qui serait plus attachée à la manière de produire et non à ce que l’on produit.



Larouture



Crédit image : pixabay.com

Soutiens bibliographiques :

– Wikipedia

– Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely ; La France sous nos yeux, Economie, paysages, nouveaux modes de vie ; Seuil ; 2021

– Pierre Veltz ; L’économie désirable ; Sortir du monde thermo-fossile ; Seuil ; 2021

– David Djaïz ; Le nouveau modèle français ; Allary Editions ; 2021

https://www.telos-eu.com/fr/la-demoyennisation-oui-ou-non.html

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6 commentaires

  • DACIA très bons véhicules d’après les spécialistes autos, filiale de RENAULT, prix très abordables mais pourquoi ? fabriqués en Roumanie avec un SMIC à 800 euros. Voilà où passent nos emplois français. Une candidate à l’élection présidentielle (NA) propose un SMIC à 2000 euros, qui ferait encore plus délocaliser nos emplois.

  • @ au « Sieur » Larouture :

    / Quelle explication trouver à ce constat, au-delà de la différentiation simple entre véhicules des riches et véhicules des pauvres ?

    / SUV : … offre est adaptée aux classes moyennes supérieures.

    / Dacia : … adaptée aux classes pauvres ainsi qu’aux classes moyennes inférieures qui se sentent menacées par la précarité. C’est-à-dire des populations qui n’auraient pas d’autres choix que le « low cost ».

    « Dacia », voiture des pauvres et… SUV pour les classes moyennes supérieures ? = un peu réducteur comme vision ! : presque une autre version de la lutte des classes ou de distinction sociale même si les apparences peuvent être trompeuses, mais je peux me tromper…

    Je connais des personnes qui sont propriétaires de gros SUV et ont aussi une voiture de pauvres et… vice-versa, même si ils ne constituent pas la majorité ! 😉 😉 😉

    Quelques précisions : du vécu et du concret…

    1) J’avais 2 voitures (Grosse berline + un véhicule de pauvres comme vous l’écrivez, une simple « Dacia ») et je n’ai conservé que le véhicule de pauvres, ce que je ne pense pas vraiment être, mais personne n’est parfait ! 😉 😉 😉
    Je me suis débarrassé de la grosse berline non SUV (Prix neuf : environ > 30 000 €, soit le coût d’achat de 2 « Dacia », dont les nouveaux modèles sont presque parfaits 😉 😉 😉 ), pour ne garder que la Dacia, qui me suffit amplement pour me déplacer à moindre coût dans l’agglomération de Pau, les Pyrénées-Atlantiques et quelques départements limitrophes dans la région Nouvelle-Aquitaine.
    Que demander d’autre à une voiture avec un coffre assez grand pour de courts trajets (< 100 kms), et ce, malgré un confort un brin rustique pour les équipements, mais d'une fiabilité éprouvée !

    2) Nombre de kilomètres effectués en 2019 et avant : moins de 5000 kms par an et depuis 2020 : moins de 3000 kms par an…

    3) Je précise que pour aller à Paris ou à Londres (avec l’Eurostar : moins de 2h30 de trajet entre gare du Nord et la gare St Pancras en plein centre de Londres), une de mes villes préférées, je prends le train et la dernière fois que je suis allé en Alsace (A/R), j’ai pris l’avion (Pau avec transit à Lyon, puis Strasbourg).

    4) Lorsque j’habitai Paris intra-muros (début des années 70 à décembre 2007), je suis resté sans véhicule de 1984 à 2007 : voyage en train pour aller à Pau pendant les fêtes de fin d’année et avion pour aller à l’étranger (Etats-Unis principalement, Afrique, Océan indien et autres pays en Europe…)

    / Toutefois la tendance vers une économie « humano-centrée » se devine dans un large éventail de classes sociales et ne se réduit pas aux « bourgeois bohèmes ». :
    (Bis repetita), presque une autre version de la lutte des classes ou de distinction sociale ??? : finalement… peut-être, si on lit les 3 articles suivants :

    ① « Dis-moi quelle voiture tu conduis, je te dirai qui tu es » : par Claire Planchard, publié le 10/07/13
    Source : journal 20 minutes (Économie)

    Chapeau de l’article : « Automobile : Une étude publiée jeudi dans la revue «Economie et statistiques» met en lumière les mécanismes de distinction sociale qui continuent d’entourer l’acquisition de certains modèles… »
    URL : https://www.20minutes.fr/economie/1186773-20130710-20130710-dis-moi-voiture-conduis-dirai

    ② « La voiture, un objet qui parle (encore) à l’ego » : par Gilles Bridier, publié le 3 octobre 2014
    Source : site web du magazine en ligne Slate.fr (Économie)

    Chapeau de l’article : « Banalisée, la voiture aurait pu être réduite à sa seule fonction utilitaire. Mais elle demeure un vecteur de statut social pour l’automobiliste. Les codes évoluent, la puissance s’efface et les modèles premium virent à l’hybride. »
    URL : http://www.slate.fr/story/92531/voiture-differenciation-ego

    ③ « Ce que la voiture dit de nous et de notre société » (Extrait) : par Aliocha Wald Lasowski, publié le 25/02/2019
    Source : site web du magazine L’Express (Sociologie)

    Chapeau de l’article : « Une nouvelle étude témoigne d’un regain d’intérêt des chercheurs pour l’automobile, emblème contesté de la liberté individuelle. »
    URL : https://www.lexpress.fr/culture/ce-que-la-voiture-dit-de-nous-et-de-notre-societe_2063986.html

    • @ à Mr Contrucci
      « Quelle explication trouver à ce constat, au-delà de la différentiation simple entre véhicules des riches et véhicules des pauvres ?
      « « Dacia », voiture des pauvres et… SUV pour les classes moyennes supérieures ?
      = un peu réducteur comme vision ! : »

      Un peu réducteur effectivement si on ne va pas « au-delà de la différentiation simple entre véhicules des riches et véhicules des pauvres ».
      Dans une version préparatoire j’avais écrit simpliste mais cela me semblait aller directement à la conclusion.
      Le terme « simple » qui a 8 définitions (cf. Larousse par exemple), peut effectivement prêter à confusion
      Mais Il me semble également que le mode conditionnel est très présent dans l’article.

      « Toutefois la tendance vers une économie « humano-centrée » se devine dans un large éventail de classes sociales et ne se réduit pas aux « bourgeois bohèmes ». :
      (Bis repetita), presque une autre version de la lutte des classes ou de distinction sociale ??? : finalement… peut-être—»

      J’en suis également à « peut-être ». Les tendances sont des « signaux faibles ».

      Autour de moi, je note quelques bergers ou chevriers qui se sont installés et qui font des fromages ; Il y aussi des maraichers bio, des éleveurs de volailles bio. Pour le milieu rural traditionnel, tout ce monde est plutôt classé dans la catégorie productrice de hachich.

      Il y a aussi tout un réseau de jeunes, fédérés par la pratique de l’occitan et qui développent des activités diverses. Leur âge se situe autour de la trentaine et leur niveau autour de bac+2 ; soit le point de bascule entre classe moyenne et classe vulnérable (cf. Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely).
      Certains sont en rupture conventionnelle.

      Alors, cette énumération ne fait peut-être pas grand monde. Mais comparée au nombre d’agriculteurs présents dans un village et qui se comptent facilement sur les doigts d’une main, ce nombre de nouveaux venus n’est pas dérisoire.

      Quelques précisions : du vécu et du concret…

      Lorsque j’habitais Paris intra-muros (de 1998 à décembre 2012), je n’avais pas de voiture. Véhicule remisé en Béarn et voyage en train jusqu’à Orthez.
      A Paris, si nécessaire, je louais un véhicule.

      Ce samedi, j’ai participé à l’AG d’une association suivie d’un repas et clôturée par le match France-Ecosse sur écran ; ceci dans un restaurant de campagne, plutôt classique qui, à mon avis, s’approvisionne essentiellement chez METRO. 25E par personne tout compris.
      Les participants étaient tous de classe moyenne avec une majorité de retraités.
      Sur le parking de 20 places, j’ai dénombré 11SUV dont 2 DUSTER DACIA et 9 berlines dont 2 DACIA.

  • A la lecture des commentaires de MM. Vidal et Lacanette, je me rends compte que mon article est incomplet.
    La venue de cette nouvelle ère « humano-centrée » (ou de « bien-être) nécessiterait une impulsion des Etats pour « verdir » l’économie. Soit un retour à la planification.

    Aux US, l’Etat aurait raté le rendez-vous avec la révolution verte (échec de M. Obama face aux climato sceptiques).
    La révolution verte serait appelée à succéder à la révolution numérique. Or cette dernière a eu pour origine les projets de l’Etat US et plus précisément « les bureaux du Pentagone » au temps de la guerre froide.
    Paradoxalement la Chine « ferait la course en tête » dans la révolution verte.

    Cela ajouté, je suis loin d’avoir fait le tour de la question…

  • DÉMOYENNISATION DE LA SOCIÉTÉ ?
    Vôtre démonstration avec la voiture n’ est pas le seul poste dans ce cas. Il y a également le poste alimentaire qui se retrouve démoyennisé à  » deux vitesses » avec d’ un coté la nourriture bio ou produite traditionnellement et de l’ autre la nourriture industrielle frelatée, qui se retrouve bourrée de pesticides et d’ intrants, sur les étals des grandes surfaces à bas coût. Cela n’ est que le reflet d’ une société de l’ illusion.
    Ce qui est dommage c’ est que personne dans ce domaine ne va au bout de la démarche en évaluant le coût réel du  » combien ça coûte ». Le problème avec ce genre de société c’ est qu’ on paie pas le vrai prix à l’ achat, mais bel et bien au final. Pour la voiture, elle devient irréparable au bout de quelques années et n’ est bonne que pour la poubelle ( voir le cas des voitures électriques), pour la santé avec de gros problèmes généralement en fin de vie que la société doit supporter avec tout ce que cela comporte de coûts. Mais dans tout ça on ne pose jamais de questions aux instigateurs de ce genre de société.

  • Pierre-Michel Vidal

    C’est un point de vue paradoxal donc intéressant, qui fait réfléchir en effet. Mais les « classes pauvres » optent-elles pour la Dacia par choix d’un comportement vertueux ou par impossibilité de pouvoir se payer un SUV ? Poser la question c’est y répondre. L’inégalité sociale et le pouvoir d’achat restent les préoccupations majeures des français. Dans le débat politique actuel on voit bien que ceux qui pensent le contraire sont à la peine. Seule la question sanitaire a émergée au côté de cette obsession caractéristique du monde moderne: toujours plus.

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