OK boomer et les deux grandes catastrophes qui nous menacent

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L’expression OK boomer, traduisible par « Cause toujours, vieux con », a depuis quelque temps un certain succès, et pas seulement dans le monde anglophone. Elle vous réduira au silence si vous êtes un « boomer », c’est-à-dire une personne née pendant ou avant le baby-boom de l’après seconde guerre mondiale, et si vous essayez d’expliquer à un « millenial » (né aux alentours de l’an 2000) que « c’était mieux avant ».

Vous aurez bien mérité d’être ainsi remis à votre place. Parce que les boomers (dont je fais partie) n’ont pas su écouter ceux qui les prévenaient de la montée des deux grandes menaces de notre époque : l’irréparable dégradation de notre environnement et la fin des démocraties.

La dégradation de l’environnement, d’abord. Nous en avons été avertis dès les années 1960/70 par des penseurs comme Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou René Dumont, mais nous n’avons pas tenu compte de leurs avertissements. Nous avons laissé s’amplifier les rejets de CO2 dans l’atmosphère, l’accumulation ingérable des déchets radioactifs, la menace d’accidents nucléaires pires que ceux de Tchernobyl et de Fukushima, l’accumulation de pesticides et de nanoparticules de plastique dans les sols, dans les océans, dans nos organismes…

Les menaces contre la démocratie, nous n’y avons pas cru. Nous avions quelques excuses. Pendant les quelques décennies qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, après (notamment) l’écrasement des dictatures allemande, italienne et japonaise, on a vu plusieurs autres dictatures s’effondrer (au Portugal, en Grèce, en Espagne, en Amérique du sud, écroulement des régimes communistes en Europe de l’est et en Russie en 1989-1991…). Nous avons cru que les avancées techniques, l’amélioration des niveaux de vie dans de nombreux pays et le développement de l’éducation dans le monde allaient faire progresser les idées démocratiques, aussi bien dans les esprits que dans les institutions politiques. Comme pendant les années 1939-1945, la démocratie allait prouver que, malgré quelques défauts (auxquels on allait remédier), elle était le système politique le plus juste, le plus efficace, le mieux à même d’apporter paix et bonheur aux êtres humains – et que par conséquent elle allait l’emporter sur les régimes autoritaires ou dictatoriaux et les vouer à l’extinction. Or, rien de tout cela ne s’est produit. Au cours des dernières décennies, la démocratie n’a pas cessé de reculer dans le monde, et les dictatures ou régimes autoritaires n’ont pas cessé de progresser. Quelques exemples récents : la Birmanie, les pays qui avaient cru au « printemps arabe », le Vénézuela, le Nicaragua… Pour ne rien dire de l’assaut du Capitole à Washington par une foule d’émeutiers radicaux, avec le soutien de Donald Trump, le 6 janvier 2021.

            Et maintenant l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Nous n’avons pas retenu les leçons de l’histoire, nous avons oublié que les dictateurs se comportent toujours de la même façon. Quand ils sentent leur pouvoir menacé ou quand ils veulent assouvir leurs rêves de « grandeur », ils n’hésitent pas à sacrifier la vie de milliers ou de millions de leurs compatriotes (exemples : Staline, Bachar El-Assad), ils n’hésitent pas non plus à se lancer dans des conquêtes (ou des « reconquêtes ») très meurtrières qui parfois précipitent leur fin (exemple : la dictature militaire argentine et la guerre des Malouines).

            L’invasion de l’Ukraine nous montre une fois de plus ce que l’on peut attendre des dictateurs. La France et l’Europe se sont laissé distraire de ce qui est essentiel pour leur survie, elles ont laissé quelques adeptes des régimes dictatoriaux faire croire à une frange de la population que le danger essentiel venait de l’islam. (Certes, l’islamisme radical est un danger, mais il ne faut ni le confondre avec l’islam ni le considérer comme le danger.) Les tenants de l’extrême-droite ont, en France et en Europe, développé des nationalismes étroits qui tendent à étouffer le patriotisme européen – ce patriotisme qui malgré de nombreux aléas, et bien qu’il n’ose pas toujours montrer qu’il existe, s’est développé dans tous les pays européens à l’exception de la Russie (une exception regrettable, mais on peut l’espérer provisoire), autour des valeurs de démocratie et de respect des droits de l’homme.

            Regardons la réalité en face : l’Europe est actuellement notre seule chance de véritable indépendance dans un monde qui voit s’épanouir la puissance hégémonique de trois nations, les États-Unis, la Russie et la Chine. Et par ailleurs il est vital de renforcer le camp de la démocratie : le Grand Remplacement qui menace le monde est celui du remplacement de la démocratie par la dictature.

          Mais l’héroïque résistance du peuple ukrainien et la solidarité européenne nous montrent qu’il ne faut pas perdre espoir. 

Paul Larreya

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Un commentaire

  • Pierre-Michel Vidal

    La guerre en Ukraine c’est absolument le combat ultime (?) de la dictature contre la démocratie, de la liberté face à la tyrannie. Il y a bien un rapport de force nouveau sur le plan mondial et une continuité politique et géographique -comme nous le verrons bientôt- entre les entreprises des pouvoirs russes et chinois. M. Bayrou qui tolère le softpower chinois (Institut Confucius notamment) dans notre ville semble l’avoir oublié.
    Pour ce qui est de l’Europe on voit plus de mesures symboliques que concrètes. Elles n’ont en tout cas aucun effet sur le terrain pour le moment. Poutine avance inexorablement avec une cruauté insoupçonnée. L’esprit de Munich (ce pacifisme bêlant!) a ses partisans dans l’Union comme en France. Dans ces conditions l’avenir n’est pas rassurant.
    Si tu veux la paix prépare la guerre. L’adage n’a jamais été autant d’actualité.

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