KGB

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Le KGB (aujourd’hui FSB)  a, depuis sa création, recours à des hommes d’influence « pilotés » de manière subtile. Sa naissance date de 1917, les bolcheviques lui avait donné le nom de Tcheka. Elle était créée et dirigée par le terrible Félix Dzerjinski. Elle prit ensuite le nom de KGB en 1954 et se vit conforter dans sa mission de police politique. Le KGB s’appelle désormais FSB ; un nom plus soft qui ne change rien à sa nature. C’est le noyau dur de cette police politique assurant aussi les Services Secrets, qui fonde la pouvoir du Président Poutine, ancien colonel du KGB lui-même, entouré d’individus originaires de cette officine et formé à la même enseigne pour la plupart. Ainsi l’Union Soviétique a trouvé un prolongement dans ce qui fut son fondement discret mais déterminé et cruel.

Les occidentaux trop contents d’avoir gagné la « guerre froide » et sûrs d’eux pensaient naïvement qu’avec les bienfaits du commerce et de la consommation, dont les russes étaient avides, cette officine s’effondrerait d’elle-même. Ce fut la théorie de la « fin d’histoire » dont on voit bien qu’elle a eu pour résultat l’anesthésie de nos pays ; les américains restant plus lucides. Il est vrai que nos alliés sont éloignés du théâtre d’opération et que nous avons voulu l’Europe, pour partie contre eux. Il est vrai aussi qu’ils ont d’autres soucis, préoccupés d’abord par ce qui pourrait devenir un drame plus terrible encore que l’Ukraine : l’expansionnisme chinois dont la puissance et la politique d’influence est sans commune mesure avec celle des Russes.

Cette politique d’influence se manifestait ouvertement du temps de la splendeur du PCF par de nombreux liens très forts. Pour en prendre des exemples concrets : des colonies de vacances des villes dirigées par les élus communistes en URSS ou en RDA, des jumelages très actifs sous l’égide de France-URSS, des invitations de vacances luxueuses de militants de la CGT, des abonnements massifs à « l’Humanité » (alors organe central du Parti, à l’époque), etc. Tout cela a été documenté par Stéphane Courtois notamment (le Livre noir du communisme (1997). C’est de l’Histoire. Les choses ont changé et la position de Fabien Roussel, le candidat communiste à la présidentielle, est sans ambigüité : c’est une critique radicale de l’invasion russe.

La structure du KGB s’est maintenue comme l’épine dorsale d’un pays en pleine décomposition après le passage calamiteux de Boris Eltsine. Sa politique de répression à l’intérieur et d’influence à l’extérieur s’est poursuivie. Il y a une sorte de continuum qui n’est plus au service d’une idéologie mais d’un groupe au pouvoir. Il assure l’ordre et la pérennité de la Nation avec comme objectif la « grande Russie », nouvelle idéologie qui raisonne dans l’imaginaire collectif. Cet ordre nouveau, né de l’ancien, a souvent poussé ses pions dans le monde libre : intervenant -c’est avéré- dans l’élection américaine en favorisant l’avènement du trumpisme par exemple. Il a certainement joué un rôle dans la politique européenne, soutenant, sans qu’ils le sachent  souvent ceux dont les positions correspondaient à ses intérêts.  

Ainsi les Allemands se sont lancés bien vite dans l’abandon de leur filière nucléaire pour se rendre dépendant du pétrole et du gaz russe (à plus de 40%), comme de nombreux autres pays européens. La France dépend de cette précieuse source pour 17% mais ce chiffre, modeste au regard de ses voisins, aurait pu augmenter s’il n’y avait eu un brutal rétropédalage de nos dirigeants. Rappelons que nous devons nos centrales et notre (quasi) indépendance énergétique au Général de Gaulle.

Les sanctions actuelles étant, pour Poutine comme piqures de moustiques sur peau d’éléphants, il en serait différemment si les livraisons de gaz aux européens cessaient, comme ce sera le cas pour celles des Etats Unis et de la Grande Bretagne –beaucoup moins dépendants il est vrai.

Donc le roi est nu et les attaques russes contre les installations nucléaires ukrainiennes ont pour but non seulement de terroriser la population locale et voisine mais surtout de donner de nouveaux arguments au lobby anti-nucléaire européen. Il trouve dans ces épisodes guerriers terrifiants de nouveaux arguments qui relancent la controverse sur notre indépendance énergétique. On voit le but psychologique visé par l’autocrate du Kremlin : assurer la sujétion des pays européens à sa volonté en cédant, sous conditions, ses immenses réserves énergétiques. Posons-nous la question : est-ce bien raisonnable pour l’Europe que de dépendre d’un pouvoir de cette nature ? Où en serait la guerre si les alliés avaient coupé le Nord Stream ce système de deux gazoducs reliant la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique ? Poutine privé de cette manne financière n’aurait-il pas été amené à réfléchir ? La souffrance des Ukrainiens, martyrs sous les bombes, serait-elle équivalente ?

Il en est de même de la route de la soie ce long ruban de l’impérialisme chinois ; un hégémonisme caché sous des objectifs commerciaux qui a ses défenseurs en Europe : ceux pour lesquels l’argent n’a pas d’odeur.

Pierre Michel Vidal

(Photo PV, prise au rassemblement pour l’Ukraine dimanche dernier à ¨Pau)

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2 commentaires

  • « Rappelons que nous devons nos centrales et notre (quasi) indépendance énergétique au Général de Gaulle. »

    1°)Indépendance énergétique? Non. nous dépendons des pays qui fournissent le minerai? Niger et « sa grande stabilité!!!

    2°)De Gaulle, au début ne cherchait pas l’indépendance énergétique mais voulait fabriquer la bombe pour la défense du pays. Plus tard pour des raisons électorales il a développé le nucléaire civil.

    « L’idée du général de Gaulle est que cette défense nationale indépendante doit disposer d’une  » force de frappe  » autonome dont l’arme nucléaire sera le fer de lance. Dès son retour au pouvoir, le général de Gaulle fait presser les travaux de mise au point de la bombe atomique entamés par la IVème République et la première bombe  » A  » française éclate à Reggane au Sahara le 13 février 1960. »

    Le Monde diplomatique – Mensuel critique d’informations et d …
    https://www.monde-diplomatique.fr › nucleairemilitaire
    Le nucléaire militaire, antérieur au nucléaire civil, désigne principalement l’exploitation de l’énergie nucléaire pour la production de l’arme nucléaire ..

  • Rappel de la première phrase de la CONSTITUTION FRANCAISE du 04 Octobre 1958 :

    « PRÉAMBULE
    Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004. »
    Certains politiciens ont trahis la souveraineté nationale comme par exemple dans l’affaire Alstom. Dans les années 80-90 il y avait plus de résultats pour faire libérer des hommes et femmes embastillés. Quels sont les résultats comme par exemple avec la Chine avec Hilam Tohti, les démocrates de Hongkong, les Ouïghours, ou tibétains. Il n’y a plus aucune libération. RIEN. Et les résolutions du parlement Européens sont sans résultat.

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