L’Algérie pouvait-elle rester française ?

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A l’heure où, sur le territoire national, sera célébrée « la fin de la guerre d’Algérie » la question se pose de savoir si l’Algérie pouvait rester française.

Le débat n’a jamais été ouvert et c’est bien dommage! Peut-être craint-on de ranimer des pensées amères chez ceux qui y ont cru quand le 4 juin 1958, le général De Gaulle déclarait à Alger « je vous ai compris  …Tous français de Dunkerque à Tamanrasset ..

À partir d’aujourd’hui, la France considère que dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants, il n’y a que des  français à part entière ».

Le 6 juin 1958 , à Mostaganem, il dira « Vive l’Algérie française. La France est ici pour toujours».

Ces paroles étaient porteuses d’espoir notamment pour les populations européennes, mais leur auteur y croyait-il ?

Dès le 16 Septembre 1959 il fera le choix de l’autodétermination.

Et il confiera à Alain Peyrefitte et Jean de Broglie (futur secrétaire d’État aux Affaires algériennes) :

« L’Algérie française, ce n’est pas la solution, c’est le problème ! Ce n’est pas le remède, c’est le mal ! […] Il suffit de passer quelque temps en Algérie pour se rendre compte que le peuple arabe est inassimilable ».

Il ne croyait donc plus à ce qu’il avait dit plus tôt, si tant est qu’il y avait cru !

L’issue était irréversible pour ceux qui avaient encore quelque lucidité ; la déception vécue comme une trahison allait conduire à la constitution de l’OAS (organisation de l’armée secrète) dernier espoir des partisans de l’Algérie française et le 26 mars 1962 à une répression par un détachement de tirailleurs algériens (mais français) qui allait tuer 80 civils, événement dont aucun gouvernement n’a reconnu la responsabilité de l’Etat français. 

L’indépendance acquise par l’Algérie le 5 juillet 1962, la question n’a jamais été évoquée de savoir si l’Algérie pouvait demeurer française. Elle serait pourtant porteuse de réflexion près de 60 ans après au regard d’événements et d’éléments alors inconnus mais dont certains pouvaient être imaginés.

Ainsi, l’Algérie au sein de la république, ce serait aujourd’hui environ 45 millions de français supplémentaires et des millions d’électeurs ultramarins susceptibles d’influer considérablement sur les institutions .

Des millions de citoyens qu’il aurait fallu scolariser, soigner, loger, prendre en charge.

L’Algérie, c’est près de 2.382.000 km2 ; la France continentale 

551 695 , plus de 4 fois moins. Imagine-t-on les millions de kilomètres de routes et autres infrastructures qu’il aurait fallu y créer et entretenir . La France aurait certes conservé l’exploitation du gaz algérien mais celui-ci n’aurait pas couvert le budget nécessaire à l’entretien de l’Algérie et de sa population dont une grande partie aurait rejoint légalement le territoire métropolitain.

En outre, un territoire coincé géographiquement entre deux pays terres d’islam aurait constitué une verrue dans le monde musulman et tôt ou tard, la France s’y serait heurtée à des revendications religieuses qui trouvent aujourd’hui plus que des échos sur le territoire français.

L’Algérie ne pouvait pas demeurer dans le giron de la France ! Mais son indépendance pouvait-elle s’édifier autrement ?

D’autres pays ont certes accédé à leur indépendance sans la voix des armes mais l’Algérie était empreinte d’une civilisation occidentale qui avait su respecter les coutumes locales et la religion dominante. Les populations se mêlaient sans s’entremêler et ces occidentaux fils ou petits-fils d’italiens , de maltais ou d’espagnols qui ne connaissaient pas d’autres terres, n’imaginaient pas devoir quitter celles où ils avaient vu le jour et tout en même temps leurs voisins, leurs amis, bref tout ce qui faisait leur monde…pour un autre, inconnu porteur de détresse plus que d’espoirs.

Se pose alors une autre question qui n’a jamais été débattue. Les pieds-noirs pouvaient ils demeurer dans une Algérie indépendante ? Un voyage récent de l’auteur de ces lignes dans ce pays donne à entendre que beaucoup d’algériens n’ont pas compris pourquoi les pieds-noirs sont partis. Certains se hasardent à imaginer « Un pays et deux peuples ». L’idée était belle mais purement utopique.

Qui aurait veillé à la sécurité de cette population, au respect de ses traditions, de ses cultures ? Quels droits auraient-elles eus dans un pays dont la religion d’Etat est l’islam?

Ces réflexions jetées tout à trac ne résolvent plus rien mais la douleur, l’amertume des pieds-noirs les accompagneront toute leur vie. Et cela parce que des paroles malheureuses, depuis ceux de Gaston  Defferre, alors maire de Marseille, à ceux de l’actuel chef de l’état qualifiant la colonisation de crime contre l’humanité, sont pour eux des sources d’injustice. Et il n’y a pire mal que d’être condamné injustement. N’incomberait-il pas à nos chaînes de télévision de faire revivre leur exode, l’éclatement des familles, leur  nouvelle vie sur des sols méconnus, leurs réussites aussi,  témoins d’un grande volonté face aux écueils ? 

Voilà pourquoi la flamme «pieds-noirs» ne s’éteindra qu’avec le dernier d’entre eux. L’histoire leur rendra justice, mais ils ne l’auront pas vécue .

Pierre ESPOSITO 

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