Ukraine : Balakliya, cité martyre

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L’Ukraine s’est réveillée dans la guerre vers 5 heures du matin le 24 février 2022. Mais la guerre n’avait encore atteint aucune ville en Ukraine. Ce qui est arrivé entre-temps aux villes de Marioupol, de Kharkiv, de Kiev et de Volnovakha a été largement diffusé dans les médias. Seulement, le monde n’entend pas assez parler de la situation des petites villes ukrainiennes conquises pas les Russes. Les habitants ne peuvent pas communiquer ce qu’ils vivent parce qu’ils ont des problèmes de connexion des portables. Ainsi existe-t-il de nombreuses villes dont le monde extérieur ne sait rien.

On n’a donc pas su hors d’Ukraine qu’il y a eu des génocides à Vuhledar (région de Donetsk) et à Shevelivka (région de Kharkiv) et dans beaucoup d’autres petites villes ukrainiennes d’où les habitants lancent des appels à l’aide mais sans pouvoir relater ce qui se passe autour d’eux et chez eux. Il est probable que comme à Marioupol, des centaines ou des milliers d’habitants ont été déportés en Russie. De plus Poutine considère les soldats de l’armée ukrainienne régulière comme des terroristes nazis et les exécute sans respecter les lois de la guerre. C’est ce qui est arrivé à au moins 93 d’entre eux qui à Marioupol tentaient de quitter la ville en vêtements civils.

Les Russes de leur coté auraient de 10 000 à 15 000 morts dans les rangs de leur armée dont un certain nombre d’officiers supérieurs et de généraux. Ce n’était pas du tout ce à quoi s’attendait le Kremlin qui pensait entrer en Ukraine sans rencontrer de résistance. Au début, on n’envoyait pas les cercueils en Russie pour que le peuple russe n’apprenne pas cette catastrophe et que les mères de soldats tués ne manifestent pas. Mais il faut bien renvoyer leur dépouilles aux familles. L’Ukraine ne voulait pas et ne veut pas tuer des Russes.. Nus ne sommes pas les agresseurs. En tout cas, notre armée ne tue pas tue de civils ni d’enfants.

A l’arrière de l’armée russe.

Nous avons reçu quelques informations de la petite ville de Balakliya qui se trouve dans la région de Kharkiv, dans le district (l’oblast) d’Izium. Sa population s’élevait à 29 091 habitants recensés en 2016. C’est une ville historique fondée en 1669. Elle est baignée par la rivière Donets et se situe à 75 km au sud-est de Kharkiv et à 467 km à l’est-sud-est de Kiva. En mai 1942, de violents combats avaient eu lieu tout près de Balakliya entre la Wehrmacht et l’Armée rouge, faisant des dizaines de milliers de morts parmi les combattants.

Le 27 février, à 18 h 33, le conseil municipal de Balakliya avait signalé que la ville avait subi de lourdes frappes aériennes et des dommages importants infligés à des immeubles résidentiels. Le 4 mars, l’état-major général des forces armées ukrainiennes et le maire de la ville ont annoncé que les troupes russes avaient pris Balakliya et bloquaient ainsi la communication avec Kharkiv au nord. Depuis cette date, Balakliya est une base arrière russe. C’est un endroit important pour les Russes car les occupants utilisent la ville pour bombarder les villes voisines, dont Izium. Izium est sous blocus comme l’était Marioupol jusqu’à ce que les chars russes y pénètrent le 20 mars.

Stratégiquement, Balakliya se situe à un point clé de la région. Les forces armées ukrainiennes ont infligé des pertes aux forces d’occupation russes. Les habitants sont toujours privés d’électricité, de chauffage et de communications cellulaires. Le processus d’évacuation n’a été possible que deux fois et partiellement, les 9 et 10 mars. Le 10 mars, malgré l’accord sur la création d’un « couloir vert » avec la Russie, l’itinéraire d’évacuation des habitants d’Izium a été constamment la cible de tirs de tous types d’armes de la part des Russes. Aujourd’hui, l’évacuation n’est plus du tout possible à cause des tirs et bombardements.

Les occupants russes ont construit des fortifications et utilisent des lance-roquettes multiples BM-21 « Grad » depuis l’emplacement de l’hôpital de la ville où se trouvent des patients, des mères et des enfants. Le 21 mars, les forces russes ont bombardé la morgue, qui se trouve près de l’hôpital, peut-être pour signaler que c’était là qu’elles se trouvaient, de sorte que l’armée ukrainienne ne puisse passer à la contre-attaque si elle veut éviter des pertes civiles à l’hôpital.

La vie dans la ville temporairement occupée

Ce qui se passe là est une illustration de la situation à l’arrière de l’armée russe. Celle-ci a mis en place des points de contrôle et de sécurité et tente d’établir ses propres règles. Les médias russes ont déjà écrit que  » Balakliya a été libérée des nazis ». A Balakliya, les occupants de la soi-disant « DNR » (les deux États séparatistes créés par la Russie dans le Donbass) ont réquisitionné plusieurs voitures de civils. Ils ont peint leur signe russe « Z » sur leurs carrosseries et les utilisent comme si elles étaient à eux. Les Russes ont imposé un couvre-feu jusqu’à 8 heures du matin. De ce fait, les occupants interdisent aux pompiers de partir en intervention avant le matin. En conséquence, le feu détruit complètement des locaux habités. Une des premières roquettes est tombée près du jardin d’enfants et un des obus a été envoyé par les Russes sur un emplacement où des élèves recevaient un enseignement en langue russe. Des bâtiments résidentiels ont été détruits.

Suite aux destructions, les gens ont été sans eau et sans électricité. Le plus gros problème est celui de la communication cellulaire. L’internet mobile ne fonctionne que dans certains endroits où tout le monde ne peut aller à cause du risque d’être abattu par les occupants russes.

C’est ce qui se passe lorsque la « paix russe » (« Russkiy mir ») vient en visite pour « libérer » ceux qui n’en ont pas besoin.

Anastasiia Hatsenko (Kyïv)

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