Sortez le sortant !

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La médiocrité de la campagne électorale aux regards des dangers encourus par la planète et singulièrement par l’Europe, est troublante. Cette légèreté n’a d’égale que la véhémence des invectives qui prend le pas sur les débats véritables. Ainsi le l’objectif de cette élection suprême pourrait se résumer par le vieux slogan : « sortez le sortant ! » ; concept réducteur, les esprits censés en conviendront, du débat contradictoire et raisonné qui devrait être le pilier de ce moment essentiel de la vie démocratique. Les idées des uns et des autres, naturellement différentes ou pourquoi pas opposées, devraient pouvoir s’exprimer dans un contexte d’écoute mutuelle et de courtoisie minimum. Evoquer ces conditions, c’est déjà appartenir au monde d’hier, s’exposer à se faire qualifier de ringard.

L’avalanche d’anathèmes à l’égard du sortant qui a quand-même affronté le crise des gilets jaunes, celle du COVID et, plus grave encore, la guerre en Ukraine avec ses conséquences humaines et désormais économiques laisserait pantois n’importe quel « Persan » des lettres de Montesquieu :  «Tu sais que, depuis l’invention de la poudre, il n’y a plus de place imprenable ; c’est-à-dire, Usbek, qu’il n’y a plus d’asile sur la terre contre l’injustice et la violence. Je tremble toujours qu’on ne parvienne, à la fin, à découvrir
quelque secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire les peuples et les nations entières »
.

Il y a donc chez nos concitoyens une nette propension à se tirer des balles dans le pied car enfin, pourquoi tant de haine à l’égard du sortant ? Ses prédécesseurs n’étaient-ils pas clivants eux aussi ? Et que dire de leurs bilans pour évoquer celui des deux précédents : un de gauche, l’autre de droite ?

Ils ont eu leur lot de difficultés sans avoir à affronter des crises de cet acabit. Pourtant, ils n’ont pas suscités d’opprobre aussi violente et pour tout dire aussi injuste : des attaques ad hominem qui n’ont ni sens ni pertinence et qui seront la cause d’une abstention qui s’annonce massive dans ce moment crucial que nous traversons collectivement. Abstention particulièrement forte chez les jeunes, la population qui devrait être la première à s’impliquer dans la gestion de la cité.

Il ne s’agit pas de défendre qui que ce soit, l’intéressé est bien est assez grand pour le faire, ni même de prendre son parti. Bien des aspects de la politique du sortant -son « européisme » béat notamment- et plus encore de sa personnalité sont critiquables  et justifient une sanction électorale. Pour autant doivent-ils le condamner à ce déchaînement permanent -qui doit beaucoup aux réseaux sociaux ? L’élection peut-elle se jouer sur « une affaire », fut-elle révélée par Médiapart ?  N’y a t’il pas d’autres sujets déterminants par les temps qui courent ?

Il est frappant de voir que sur ce site même on se préoccupe de questions essentielles -existentielles mêmes-, c’est le cas de la question énergétique. Il faut s’en réjouir. Des opinions majoritairement antinucléaires comme on les entend développer à longueur d’antenne.

Après tout pourquoi pas ? Même si les antinucléaires sont étonnamment nombreux  sur Altpy, cela n’est en rien choquant, c’est juste une constatation de lecteur. Ce qui l’est plus et qui les relie à mon propos global c’est le ton général de ces articles souvent documentés et pertinents. On n’y aborde jamais la question de l’indépendance énergétique ; comme si il s’agissait d’une question subsidiaire, définitivement dépassée. On évoque le nucléaire comme un agrément auquel nous devrions renoncer pour des raisons vertueuses.

Vivons- nous sur une île Pacifique ? Mais la guerre est à nos portes ! Elle fait des milliers de morts et notre dépendance énergétique, due à notre naïveté passée, en est une cause majeure. Le maître du Kremlin utilise cette dépendance pour arriver à ses fins. A la veille d’un nouvel ordre mondial qui opposera les empires autocratiques et les fragiles démocraties désunies, avons-nous le choix ? A quoi sert de gloser sur cette question du nucléaire en faisant fi du contexte international ?

Ainsi nous vivons dans un monde déconnecté des réalités premières. Parler de dictateur en ce qui concerne le président sortant ou de nocivité du nucléaire sans intégrer la question de l’indépendance énergétique c’est faire insulte au monde réel. Il y a là quelque chose d’indécent à l’égard de ceux qui sont sous les bombes et se battent pour la liberté.

Pierre-Michel Vidal

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9 commentaires

  • Il y a beaucoup de personnes qui votent RN avec le raisonnement simplet suivant (entendu plusieurs fois et ce, même avant 2002…) :

    « On a essayé la droite puis la gauche, on a vu le résultat : pourquoi ne pas essayer le RN ? »

    Consternant et surtout plus que simplet comme raisonnement (…), mais c’est hélas pour certains, une des raisons du choix de voter pour les extrêmes (RN en particulier)…

    Requiem pour ceux qui ne sont pas les supporters d’EM (Consternant pour le second tour des présidentielles : le dirigeant de LFI qui n’appelle pas à voter ouvertement pour EM et certains dirigeants de LR, qui se contentent d’appeler ce jour, à ne pas voter pour MLP…).

    Consternation lorsque le niveau d’abstention risque fort d’être important pour le second tour de l’élection présidentielle 2022…

    LR et PS, des partis politiques qui ont longtemps départagé le destin de la France, et qui à ce jour, sont en voie d’éclatement ou d’implosion sinon de presque disparition du paysage politique au niveau national (?), 2 partis qui ont pourtant de fortes implantations locales : attendons le résultat des prochaines élections législatives…

    Consternation aussi, quand l’amuseur public Jean Lassalle ne donne pas de consigne de vote pour le second tour !!!

  • Pierre-Michel Vidal

    « Sortez le sortant! » nous y sommes ce lundi matin…

  • Certains sondages récents démontrent que M. Le Pen est en train de rattraper E. Macron. Ce dernier ainsi que l’équipe qui l’entoure sont inquiets et ne le cachent pas. L’hypothèse selon laquelle, Macron arriverait après Le Pen au premier tour n’est plus un cas d’école.
    Et dire que Le Pen a bénéficié du parrainage de Bayrou, lui-même allié à Macron me laisse perplexe. Même si la seule signature de Bayrou n’a pas été suffisante pour permettre à Le Pen d’être candidate, je me souviens qu’il a mis à sa disposition une « banque » de signatures.

  • J’ai lu cet article sans regarder le nom de l’auteur.
    Un instant j’ai cru reconnaître le style de M. Braud mais je n’y ai pas trouvé sa rationalité habituelle.
    A la lecture des deux derniers paragraphes, j’ai pensé que cet article était signé « AltPy Rédacteurs ».
    Je ne m’attendais à voir la signature P.M. Vidal.
    L’article a été publié un 1er avril…

  • La question de fond n’est pas abordée : cette Constitution de la 5ième République taillée sur mesure pour un De Gaulle. Certes, cet homme a eu un grand mérite, mais il a imposé à la France, lors d' »élections suprêmes », une succession de Souverains, non pas de Présidents.

    • Pierre-Michel Vidal

      Est-il opportun de changer de République dans le contexte dans lequel nous sommes ? Une grande puissance nous menace directement, multiplie les crimes de guerre et de masse sur le sol européen, il me semble que nous devrions nous mobiliser sur des sujets plus urgents: défense nationale, indépendance énergétique, reconstruction d’une Union Européenne plus forte. Comment répondre aux agressions antidémocratiques et aux menaces sur notre sécurité ? 5ème ou 6ème république c’est un débat franco-français dont l’urgence me semble relative compte-tenu du contexte. On en reparlera plus tard.

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