Témoignage d’une Ukrainienne

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Heureusement, étant partie rapidement en exil, je n’ai pas vu l’horreur qui se produit actuellement en Ukraine, par exemple dans des villes comme Boutcha, Kharkiv, Marioupol, ou dans des villes qui n’existent plus parce que la Fédération de Russie les a effacées de la face du monde. Mais je vais vous parler de mon expérience personnelle en tant que réfugiée et étudiante en échange international.

Tout a commencé le 24 février lorsque mes parents m’ont réveillée avec ces mots : « La guerre a commencé ». Ainsi, chaque Ukrainien s’est réveillé un jour dont nous nous souviendrons à tout jamais. Je viens de la ville de Kryvyi Rih, ville natale de notre président. Ce jour-là, une brigade de chars a été bombardée. A peu près la même chose s’est produite le premier jour dans tout le pays, à savoir la destruction partout d’installations militaires. Je tiens à souligner que ma ville n’est pas située près de la frontière, mais qu’elle est proche du centre de l’Ukraine. C’est-à-dire qu’en fait, notre voisin s’est permis de pénétrer profondément en territoire ukrainien sans jamais appeler cela une guerre. Puis des sirènes se sont mises à retentir régulièrement, indiquant à chaque fois un danger nous obligeant à descendre à l’abri. Au début, l’alerte était donnée plusieurs fois par jour pour 15 minutes, puis c’est passé à 3-4 heures régulièrement. Le pire, c’est quand on commence à s’habituer à cela.

Ensuite, on a décidé dans ma famille que j’irai seule en Pologne, car quelques mois auparavant, j’avais obtenu une bourse pour étudier les relations internationales et que ce cycle d’études à l’université polonaise avait déjà commencé. J’avais longtemps rêvé de m’envoler en avion vers la Pologne, mais bien sûr cela ne s’est pas produit car la Russie a également bombardé les aéroports. Habituellement, le vol dure deux heures, mais mon voyage a duré trois jours. C’était effrayant, notamment parce que le conducteur du train nous a demandé d’éteindre nos téléphones et que nous roulions dans le noir complet. L’armée russe bombardait également les transports et il était donc dangereux de se déplacer dans le pays. Mais le point que je veux souligner, c’est que les bombardements et les attaques visaient les civils, les zones résidentielles, les hôpitaux, les ambulances, les voitures et bien d’autres choses encore qui n’étaient certainement pas des objectifs stratégiques ou militaires, alors que le gouvernement russe assure que c’était le cas.

À mon arrivée en Pologne, grande a été ma surprise, car ce pays a non seulement accepté plus de 2 millions de réfugiés, ce qui pourrait peser sur son économie, mais il a également fourni une aide considérable aux Ukrainiens chez eux. De la même manière, nous avons été soutenus par tous les pays européens, ce dont le peuple ukrainien est très reconnaissant. Ceci dit, alors que vous êtes relativement en sécurité, que vous avez accès à Internet et à d’autres avantages, de nouveaux défis apparaissent. Personnellement, je les définirais comme « le syndrome du survivant » et « l’effet propagande ». Le syndrome du survivant signifie la culpabilité ressentie par une personne qui a pu survivre pendant la guerre et qui est maintenant en sécurité. Après avoir fait quelques recherches, j’ai découvert que ce sentiment de culpabilité est désormais extrêmement répandu chez les Ukrainiens. Du coup, de nombreuses mères qui ont été forcées de partir pour sauver de la guerre leurs jeunes enfants, ne se sentent pas à l’aise maintenant. Elles veulent revenir chez elles pour aider leur pays. De plus, mes amis qui se trouvent dans les régions du pays où se déroulent les hostilités sur le terrain m’ont dit que s’ils avaient le choix entre devenir Russes ou mourir, ils préféreraient choisir la deuxième option. Pour moi, c’est la preuve qu’il existe une caractère national et historiquement traçable des Ukrainiens : leur amour très fort de leur patrie et leur désir d’indépendance.

Revenons au deuxième point que j’évoquais un peu plus haut : la propagande. Chaque jour, je suis choquée par deux faits:

– la manière dont les autorités russes et les médias mentent ouvertement ;

– et le fait qu’une partie des gens croit aveuglément à ces mensonges avec de surcroît ceux qui disent qu’ils n’y croient pas mais qui continuent à se taire et à regarder passivement des centaines de personnes mourir sans cesse.

Je n’arrive toujours pas à imaginer que c’est ainsi que s’écrira l’histoire du 21ème siècle. Je n’arrive pas non plus à croire que six mois avant la guerre exactement, le 24 août 2021, nous avions célébré le 30e anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine. Je me souviens combien j’étais heureuse ce jour-là. Et voilà que je suis obligée de fuir vers un autre pays, que je continue à chaque instant à m’inquiéter pour ma famille, étant moralement liée au peuple ukrainien sans savoir quel sera son sort demain.

Et enfin, je voudrais énoncer clairement les crimes que la Russie commet en opposition au droit international, par-delà celui d’avoir perpétré une attaque militaire :

– premièrement, la déportation forcée de la population civile du territoire occupé, le renvoi des habitants de Marioupol vers le territoire de la Russie dans des conditions terribles

– deuxièmement, la restriction de l’accès à l’aide humanitaire, c’est-à-dire la perturbation des couloirs humanitaires, ainsi que le blocus des villes, en privant ainsi les habitants de nourriture, d’électricité, de médicaments et même d’eau.

– troisièmement, les violences sexuelles (de nombreux cas de viol ont été enregistrés dans les territoires occupés)

– et aussi l’attaque de sites requérant une protection spéciale et étant des sources accrues de danger (la célèbre centrale nucléaire de Tchernobyl, « Sumykhimprom », la fuite d’ammoniac).

Nous voyons que c’est plus qu’une guerre sur le territoire de l’Ukraine ou un conflit entre la Russie et l’Ukraine. Il s’agit d’une guerre à grande échelle de la Russie contre l’ensemble du monde civilisé. Depuis plus d’un mois maintenant, l’Ukraine se bat avec courage, énergie et succès pour repousser de plus en plus de nouvelles attaques des envahisseurs russes et continue de défendre son indépendance et, en même temps, la sécurité de toute l’Europe. C’est à un moment si difficile que nous avons plus que jamais besoin de l’aide du monde entier. Je peux sincèrement dire au nom de chaque Ukrainien que nous sommes extrêmement reconnaissants du soutien que nos pays partenaires nous apportent. Cependant, il est maintenant très important de coopérer, de ne pas oublier ce qui se passe, de mettre à l’épreuve la parole donnée et tous les accords réellement signés. Et enfin, je voudrais dire que le rêve de chaque Ukrainien est que le ciel soit fermé à l’envahisseur au-dessus de l’Ukraine et que la paix soit rétablie par la victoire.

Katéryna

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5 commentaires

  • Je suis étonné qu’après 45 jours de guerre, l’armée Ukrainienne n’ait pas coupé le cordon ombilicale qui alimente l’armée Russe de Poutine par le Pont de Crimée ! comme d’autres cordons…empruntés par la compagnie Russe RZD soumise a des sanctions internationales…

    Quelle sera la position du Gouvernement Ukrainien en matière d’exportation notamment de blé et tournesol envers les 35 pays qui se sont abstenus avec la Chine, l’alliée de la Russie de Poutine et grande « ami indéfectible », lors du vote à l’assemblée générale de l’ONU du 02 mars 2022 « exigeant que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’UKRAINE ». 16 pays étaient africains tous pour la plupart associés à des projets financés par la Chine ( l’Algérie, l’Angola, le Burundi, le Congo- Brazzaville, la Guinée équatoriale, Madagascar, le Mali, le Mozambique, la Namibie, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Afrique du Sud, le Sénégal, la Tanzanie, l’Ouganda et le Zimbabwe).
    A noter au passage que ce 08 avril 2022, la Russie et la Chine ont mis leur véto au projet de résolution du Conseil de Sécurité de L’ONU qui, présenté par la France, faisait part d’une « profonde préoccupation » au sujet « d’allégations de violations et atteintes aux droits humains au Mali » et réclamait des « enquêtes approfondies et indépendantes pour établir les faits, trouver les responsables et les traduire en justice ».
    Et cela, après que plusieurs organisations non gouvernementales [ONG], dont Human Rights Watch, ont rapporté qu’environ 300 civils auraient été victimes d’exécutions sommaires lors d’une opération antiterroriste menée à Moura, en mars, par les Forces armées maliennes [FAMa] et des paramilitaires présumés appartenir au groupe Wagner, alors que, officiellement, Bamako prétend que 203 jihadistes ont été « neutralisés » lors de cette action.

  • Ce vendredi 8 avril 2022, il est très intéressant d’avoir le point de vue sur Poutine du Premier Chef d’Etat de la LITUANIE LIBRE en poste du 11 mars 1990 au 25 novembre 1992 Monsieur Vytautas Landsbergis.

    Le poutinisme est le fascisme d’aujourd’hui, détruira la Russie, déclare Vytautas Landsbergis.

    Il y a une similitude terrifiante entre ce qu’Hitler et Staline ont fait il y a plus d’un demi-siècle et ce que Vladimir Poutine fait maintenant, dit Vytautas Landsbergis, soulignant que la haine qui a informé les réunions de masse dans l’Allemagne nazie informe les réunions de masse de Poutine aujourd’hui.

    Sous Hitler, les nazis ont dit aux Allemands que « nous sommes meilleurs que tous les autres et que nous gouvernerons le monde ». Aujourd’hui, en Russie sous Poutine, les idéologues du Kremlin « crient que le monde entier est contre nous, mais nous vaincrons tout ce monde maudit », déclare l’architecte du rétablissement de l’indépendance de facto de la Lituanie.

    « En quoi est-ce différent du fascisme hitlérien ? il demande rhétoriquement et répond « en aucun cas du tout » (svoboda.org/a/vitautas-landsbergis-rossiya-uspeshno-prevraschena-v-durdom/31781029.html). « La Russie a été transformée avec succès en une maison de fous, mais les détenus ne reconnaissent pas qu’ils sont malades. »

    Landsbergis dit qu’il «voit une très grande similitude et une source commune, un socle commun à ces actes bestiaux qui se déroulent aujourd’hui en Ukraine et qui se sont produits en Tchétchénie, dans les pays baltes, etc. La similitude réside dans la nature perverse et bestiale de l’homme soviétique, lui-même issu du soviétisme, du stalinisme et maintenant du poutinisme.

    Leur point de vue commun selon lequel ils sont entourés d’ennemis qui doivent être attaqués et détruits les informe tous, a déclaré le dirigeant lituanien. « Ce n’est qu’une question de temps, de format et de prétexte – et un prétexte peut toujours être imaginé en cas de besoin. »

    Le poutinisme se présente comme le défenseur de la culture russe et de la Russie elle-même, poursuit Landsbergis. Mais en fait, c’est l’ennemi des deux. Il a détruit une grande partie de la culture russe et, par ses actions, met la Russie sur la voie de sa dissolution définitive, un processus qui se poursuit depuis la Première Guerre mondiale.

  • Pierre-Michel Vidal

    Merci de votre témoignage. La guerre en Ukraine cela devrait être le souci essentiel des Français, citoyens d’un pays libre, avant qu’il ne soit trop tard.

    • / « La guerre en Ukraine cela devrait être le souci essentiel des Français… » : par les temps qui courent, le pouvoir d’achat et l’inflation à l’horizon du présent et aussi du futur, semblent être les préoccupations principales des Français…

      Et pendant ces effroyables massacres en Ukraine, des guerres avec d’aussi effroyables massacres (Tueries, viols…), continuent en Afrique (Exemples de conflits : République démocratique du Congo, Érythrée, Éthiopie, Nigéria, Soudan) et ce, dans presque l’indifférence générale…

      L’Afrique ? : lire les 2 articles suivants (Sélection de sites web non exhaustive…)

      ① Article « L’Afrique, un continent toujours en guerre ? » : par Mathieu Lours, publié le 10 décembre 2020
      Source : site web de la revue de Géopolitique Conflits (Afrique, conflits armés, criminalité et terrorisme, démocraties, idées)

      Chapeau de l’article : « Depuis l’indépendance de la plupart des pays d’Afrique de 1956 à 1975, le nombre de conflits qu’a connus le continent est presque impossible à déterminer. Un ensemble complexe de tensions, d’affrontements ouverts ou couverts semble marquer l’Afrique. Rien sans doute ne menace plus le développement du continent que cette guerre généralisée de tous contre tous. Peut-il y échapper ? »
      URL : https://www.revueconflits.com/afrique-continent-guerre-instabilite-boko-haram-mathieu-lours/

      ② Article « Afrique 2021 : des putschs, une pandémie et du terrorisme (Bilan) » : par Ekip, publié le 01/01/2022
      Source : site web Anadolu Agency (Afrique)

      Chapeau de l’article : « Une guerre civile déchire l’Ethiopie, deux putschs ont secoué le Soudan et la Guinée et le terrorisme continue à frapper la Somalie, le Mozambique, le Nigéria, l’Ouganda et la Région du Sahel. »
      URL : https://www.aa.com.tr/fr/afrique/afrique-2021-des-putschs-une-pand%C3%A9mie-et-du-terrorisme-bilan/2462873

      Même si nous ne sommes pas en Europe ou en Asie, n’oublions pas, ces perpétuels conflits en Afrique avec les déplacements de population et leur cortège de souffrances et de morts…

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