Démocratie où es-tu ? Dans les urnes ou dans les rues ?

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Le Figaro a relaté une manifestation parisienne contre la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en ces termes : « En rejetant Marine Le Pen, il s’agit d’empêcher l’avènement d’un projet de société destructeur de l’Etat de droit, de la république démocratique sociale et solidaire que nous défendons chaque jour», selon le communiqué de la trentaine d’organisations et syndicats, comme la LDH, SOS Racisme, la CGT, le Syndicat de la magistrature ou encore le syndicat national des journalistes, à l’origine de l’appel.

L’intéressée a elle-même qualifié d’anti démocrate cette manifestation ainsi que celles qui se sont déroulées sur le territoire national,  mais ces événements appellent à une plus grande réflexion.

Quoi de plus démocratique, en effet, qu’une élection libre comme c’est encore le cas dans notre pays ?  Les organisateurs et participants à ces contestations sont-ils, aveuglés par une idéologie totalitaire, incapables de voir que leurs manifestations contreviennent à la Constitution qui rappelle en son article 3 que la souveraineté nationale appartient au peuple, qu’elle s’exerce par ses représentants et surtout qu’aucune section du peuple ne peut s’en attribuer l’exercice.

 Malheureusement,  ceux qui dénonçaient les résultats d’un scrutin menaçant même de chaos le choix pouvant s’exprimer lors du second tour de l’élection présidentielle, ignorent la Constitution et la méprisent quand elle ne leur convient pas.

Outre la présence de journalistes dispensateurs de l’information, la plus grande surprise vient de celle dans les contestataires de membres d’un syndicat de magistrats.

Ceux-ci ont certes – et heureusement – le droit comme tout un chacun le d’exprimer leur opinion dans le cadre constitutionnel, mais leur action syndicale doit se limiter aux conditions de leur exercice professionnel. 

Or, en 2012  déjà , le Syndicat de la Magistrature se mêlait aux débats de l’élection présidentielle en invitant à ne pas voter pour Nicolas Sarkozy et n’a cessé depuis sa création en 1968, inspirée des idéaux de 1968 et du marxisme, d’intervenir dans la sphère politique.

Cette dérive syndicale semble contrevenir, en premier lieu,  au serment du magistrat qui lui impose de se « conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ». La dignité induit le respect, la manifestation contre une expression électorale, non ? Et que dire de la loyauté si ce n’est l’acceptation d’une opinion démocratique.

Cette dérive a des effets plus insidieux car elle insinue un doute dans l’esprit du justiciable qui demain pourra suspecter l’impartialité de tel ou tel juge aux opinions affichées. Ne risque-ton pas d’assister à une avalanche de requêtes en suspicion légitime ou en récusation ? Pour le respect des principes ce serait là de justes réponses.

La présence affichée de magistrats à cette forme de contestation est d’autant plus maladroite qu’elle lui apporte, par l’importance de leur rôle dans la paix sociale, une caution qui la contredit ouvrant ainsi la porte à une légitimation du saccage de La Sorbonne (comme en 1968) dont les auteurs ne mériteraient pas d’être sanctionnés.

Reste, et c’est encore plus original, les manifestations programmées d’élus appelant eux aussi à protester contre la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, au nom de …la démocratie ! Et pourtant n’est-ce pas aux urnes qu’ils doivent leurs mandats ?

Une question cependant : tous ces bien-pensants qui estiment devoir guider nos choix et les contester à raison de leur bon sens et qui seraient prêts à imposer au peuple leur conception du bonheur, auraient-ils osé tant de manifestations si la finale avait opposé le président sortant à Jean-Luc-Mélenchon ?

Le chaos, bonnes âmes, c’est vous qui le créez en opposant les uns aux autres alors que le seul poids de l’abstention et des bulletins blancs devraient vous amener à réfléchir sur la légitimité de vos actions.

Quand la rue conteste les urnes, deux légitimités se font face au nom des libertés d’expression et de manifestation. Elles peuvent être conciliables dans un respect mutuel qui, par principe, exclut toute violence physique ou verbale. Mais la France actuelle en est-elle capable ? Question d’éducation peut-être.

Pierre ESPOSITO 

Avocat honoraire 

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Un commentaire

  • jean-François de Lagausie

    Il est évident que, pour qu’il y ait démocratie il faut qu’il y ait un choix. Ceux qui protestent contre la présence de Marine Le Pen au second tour sont des cervelles de colibris.

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