Le retour du nucléaire et le principe d’incertitude (*)

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Le nucléaire est déjà le premier gagnant des élections présidentielles. La criticité du risque de l’énergie nucléaire semble acceptée (**). Son retour est perçu par beaucoup comme celui d’un moteur essentiel de la croissance économique, de notre indépendance nationale, de notre compétitivité internationale ainsi que de notre développement social ; le tout avec une production limitée de gaz à effet de serre. Est-ce suffisant ? 

La situation démographique mondiale, la demande de progression constante de nos niveaux de vie, de rattrapage de la part des pays en développement, la progression de l’offre, toujours plus diverse et complexe nous maintiendront dans une « spirale sans fin » de consommation d’énergie et de matériaux ainsi que de production de déchets ; ceci, d’autant plus que l’énergie sera bon marché. (Annexe I

Nous pensons toujours, plus ou moins consciemment que les progrès des sciences et des techniques apporteront des solutions. Elmon Musk avec ses fusées, finira bien par disperser nos déchets dans l’espace et décrocher la lune. (***)
Et puis le terme sobriété (ou frugalité) est souvent assimilé à « décroissance ». D’ailleurs la croissance serait même plus significative si des mesures de protection environnementales, voire sanitaires étaient freinées.
Par exemple, la demande d’autorisation des OGM et du glyphosate comme celle d’autres phytosanitaires s’entend en milieu rural agricole.
Le fantasme nostalgique d’une agriculture « nationale », garante de notre « sécurité » ou de notre « souveraineté » alimentaire ou encore « nourricière de la planète », se devine dans des revues spécialisées. Et les mots ont une « épaisseur ».
Les organisations représentatives restent toutefois prudentes et les effets anthropiques du réchauffement climatique sont manifestes.

Aussi, la focalisation portée sur le nucléaire rend flous les autres types d’énergies décartonnées (*). Toutefois, un regard porté vers les territoires montre que les « hésitations » sur ces énergies sont « apprivoisées » (****) : Travaux d’isolation qui se sont généralisés, panneaux solaires ou pompes à chaleur qui se multiplient par exemple. (1)
En fait, les « besoins de chaleur et de froid représentent près de la moitié de la demande énergétique (deux fois plus que l’électricité) — et sont, dans le cas français, le levier principal et méconnu de la décarbonation des territoires ». (2)  

Un exemple de réponse à la diversité de la demande énergétique et de la « bifurcation écologique » semble donné avec le  Projet de Chaleur de la Ville de Pau  et de son agglomération.
La chaufferie bio-masse (SOVEN/Engie) vient de démarrer à Lons et le réseau de chaleur se met en place depuis Lons vers Pau Université en passant par le centre de Billère. Il se prolongera vers  l’Hôpital, le Zénith et le Palais des Sports (annexe II).

A Espoey un projet de méthanisation est sur le point de déboucher (3). Le procédé serait alimenté par des Inter-Cultures Multi Services Environnementaux (CIMSE); par exemple entre la récolte et les semis de maïs. Il est vraisemblable que l’appoint principal sera constitué par le maïs, comme le font les agriculteurs allemands depuis plusieurs années.
Un retour de l’énergie hippomobile en quelque sorte avec des pratiques qui paraissent plus acceptables que le traitement des lisiers.

En dépit de l’espoir du retour du « monde d’avant » avec le nucléaire, la « bifurcation écologique ( New deal Vert) » semble enclenchée. Mais la frugalité nécessaire qui doit accompagner cette bifurcation écologique pour contenir les effets du réchauffement climatique ne sera pas suffisante si elle n’est pas associée à « une nouvelle base productive, recentrée sur les besoins essentiels des êtres humains. »
Tout un programme à concevoir et à « apprivoiser » (****). « Rendez-vous dans …»



Larouture



Crédit image : https://publicdomainvectors.org/photos/johnny-automatic-Naval-Captain.png

Notes :
(*) :
Allusion au principe d’incertitude  également connu sous le nom de principe d’incertitude de Heisenberg ou plus correctement, d’indétermination en mécanique quantique

(**) : Le nucléaire présente un danger ; c’est un fait. Mais l’important est la maîtrise du risque et de la criticité (Probabilité x Gravité). Comme je ne saurais pas argumenter davantage, j’opte pour la confiance au détriment du doute.

(***) : « L’impertinence n’est-ce pas de croire, qu’il faut décrocher la Lune, pour sauver la Terre ? » ( https://citation-celebre.leparisien.fr/internaute/singevert)

(****) : Allusion à  des commentaires parus à la suite de : https://alternatives-pyrenees.com/2022/04/04/une-image-peut-expliquer-ce-qui-ne-va-pas/

Bibliographie :
(1) : https://alternatives-pyrenees.com/2022/04/11/et-maintenant-je-fais-comment/

(2) : Pierre Veltz ; L’économie désirable ; Seuil ; 2021

(3) : https://www.larepubliquedespyrenees.fr/economie/economie/espoey-la-region-subventionne-un-projet-d-unite-de-methanisation-pour-750-000-euros-10466662.php


Annexe I : « La spirale sans fin » de consommation d’énergie et de matériaux.
Pierre Veltz (2) rappelle aussi, en plus de la démographie et du rattrapage de consommation des pays émergeants, les avertissements récents de Jean-Marc Jancovici ou ceux, plus anciens, de Bertand de Jouvenel : «  N’importe quelle mesure du progrès dans le niveau de vie de l’individu donne un coefficient de progrès incomparablement plus faible que le progrès dans la quantité d’énergie dépensée par habitant. »
Il cite également :
– L’« effet Jevons » qui signifie que toute baisse de coût de l’énergie se traduit tôt ou tard
par une hausse de la consommation comme l’illustre ce témoignage personnel :
Des travaux de rénovation, notamment de l’électricité, ont été entrepris à mon domicile, sous couvert d’un maître d’œuvre. Tous les éclairages sont passés en LED. A la fin,
certaines pièces m’ont paru trop éclairées. Le maître d’œuvre m’a répliqué :
« qu’est- ce que tu t’en fous, ça coûte que dalle ».
A noter que pour ces travaux de rénovation, le maître d’œuvre a conseillé de « tout casser » pour reconstruire. Le coût du neuf étant moins élevé que celui de la rénovation.
Le maître d’œuvre est proche de la retraite. Je ne sais pas quelle est la démarche des jeunes architectes qui sont aussi confrontés au coût élevé du travail.

– L’effet de la « profondeur technologique » qui se trouve derrière des nouveautés et interpelle nos habitudes de consommation (
https://alternatives- pyrenees.com/2022/02/23/suvs-vs-dacia-demoyennisation-de-la- societe/ par exemple).
P. Veltz conclut : « Le recours à des circuits de production de plus en plus fragmentés (i.e.
mondialisation), l’accès à des composants de plus en plus divers et la complexité des
produits finaux sont trois processus qui se nourrissent mutuellement ».


Annexe II : Chaufferie bio-masse de Lons (SOVEN/Engie) qui vient de démarrer ainsi que le réseau de chaleur (suivant. le compte rendu d’une association après la visite de différents sites de l’agglo).
208 bâtiments à raccorder ; 44 km de réseau de distribution de Lons, via Billère vers Pau Université et, en projet, vers l’Hôpital ; un investissement de plus de 60 ME avec des subventions de 25 ME ; un coût attractif de chaleur par rapport au gaz et un taux ENergieRenouvelable supérieur à 72%.

Un parc de panneaux solaires permet la production d’hydrogène par électrolyse. Une partie de l’hydrogène serait dirigée vers l’incinérateur pour produire du méthane. Ce procédé de méthanisation, développé en France par ENGIE, semble dérivé d’un procédé suédois ( ?). La géothermie ne figure pas dans ce projet. Elle a certainement été abandonnée (cf. projet Fonroche ?).

A noter qu’ENGIE transforme en énergie des déchets (bois) sans valeur. Un tour de MAGIE que les sylviculteurs apprécieront. Ils sont même encouragés à produire des Taillis à Courte Rotation (8 à 15ans) voire à très Courte Rotation (3 à 5 ans) sur des terres qui seront forcément mécanisables ; i.e des terres sylvicoles mais aussi agricoles. Les bois prélevés auront alors un peu plus de valeur : C’est-à-dire pas grand-chose…

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2 commentaires

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    « Ecouter l’utilisateur de base ». : Cela me rappelle une réunion FDSEA de 2012, sur l’artificialisation des sols agricoles pour l’extension pavillonnaire. Le ton était que cette extension était exagérée et pénalisante pour l’agriculture.
    Un maire indiqua : « C’est ce que veulent les gens ». Le sous-préfet répondit que l’intérêt général est aussi affaire des élus. (A@Paloise > Territoires > Béarn Regard sur l’urbanisation en périphérie lointaine de Pau lundi 12 novembre 2012)
    Mais sait-on, aujourd’hui, ce qu’est l’intérêt général autrement que la somme des intérêts particuliers ?

    Je me rappelle qu’en fin de cette réunion, alors que la sono était partiellement démontée, M. Lassalle demanda à intervenir. On lui installa un micro mais personne ne l’écouta. Compte tenu de l’horaire avancé, un pot en l’honneur d’agriculteurs se déroulait en même temps.

    Quant à « la politique écologique de la ville de Pau » ( et/ou de l’agglomération), je pense qu’elle utilise au mieux les subventions et primes gouvernementales comme le font d’autres villes ainsi que les particuliers d’ailleurs. Et puis, il y a Engie dont je ne connaissais pas cette orientation.

    Quant à la « frugalité » ; Je ne la réclame pas mais je ne vois pas comment on peut maîtriser la croissance de nos besoins en énergie, en matières premières ainsi que de la production de déchets si on ne change pas de modèle économique. Aujourd’hui par exemple, j’ai lu que nous nous dirigeons vers un manque de sable. J’avais déjà lu une telle inquiétude : https://theconversation.com/le-sable-une-ressource-essentielle-en-voie-de-disparition-122094
    J’entends parler d’une économie enfin recentrée sur les besoins essentiels des humains. Il y a bien sûr la santé, mais quoi d’autre plus précisément ? Pas évident. Alors, en attendant, un peu de frugalité ne peut pas nuire.

    La mobilité (« transports en commun, voiture électrique ») est un problème complexe. L’automobile est aussi un secteur économique important avec encore beaucoup d’emplois en Europe. Son évolution voire reconversion, ne me paraît pas simple.

    Je réside à 35 mn de Pau en voiture. Mon trajet s’effectue majoritairement sur une route où le trafic est de l’ordre de 10.000 véhicules/jour. Il n’y a aucune ligne régulière de bus.

    Au croisement où je prends cette route, s’est créée une petite zone d’activité avec garage, boulangerie et produits alimentaires locaux. Sur le parking, un panneau : « Interdit au covoiturage »…

    Deux voisins travaillent à Pau mais ne covoiturent pas en raison d’horaires décalés. Mais en auraient-ils envie ? Pas sûr.
    Ils arrivent à Pau par la route de Sault de Navailles. Le premier se gare, près de la gare, sur le parking gratuit du Conseil Départemental. Le second cherche à acheter une place stationnement en centre-ville. Les Bus et même Fébus ne leur inspirent pas confiance.

  • Pierre-Michel Vidal

    J’en conviens le retour au monde d’avant est une ineptie -par définition. Par ailleurs, en effet, comme vous le dites « la « bifurcation écologique ( New deal Vert) » semble enclenchée »; mais correspond-elle à cette frugalité que vous réclamez ? Elle apparaît plutôt comme une nouvelle forme prise par le système pour continuer sa marche en avant. Pour prendre un exemple: le choix de la voiture électrique plutôt que des trans ports en commun.
    Dans l’évaluation de la politique écologique de la ville dont vous faites un bilan flatteur, il faudrait aussi évoquer la politique de transports en commun qui est calamiteuse. Un régime de frugalité (onéreux) est imposé à ses utilisateurs.
    Ainsi, les ambitions doivent être partagés plus que décrétées. C’est très bien de se lancer dans des expérimentations environnementales, écouter l’utilisateur de base cela a aussi son poids.

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