Lettre de la Conférence Paneuropéenne de Strasbourg. Newsletter 2

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PRÉSIDENTIELLES FRANÇAISES DU 24 AVRIL 2022

Chères lectrices et lecteurs,
Nos statuts nous interdisent de participer aux campagnes électorales et de servir un parti politique. Mais ils nous disent que nous devons nous opposer aux partis et mouvement politiques qui combattent l’Union Européenne et ses acquis, parmi eux les frontières ouvertes entre pays européens et leur monnaie commune, l’euro. Ils nous disent aussi que nous devons observer ce qui se passe autour de nous en Europe et dans le monde. Or, les prises de position plus qu’inquiétantes de Madame Le Pen et de son Rassemblement National sur ces questions ne passent pas inaperçues chez nos voisins.

A la veille d’élections françaises décisives comme celles de dimanche prochain, l’avis de nos amis allemands doit être pris en considération. Alors qu’en Allemagne, les dernières élections législatives ont enregistré un recul des mouvements extrémistes ou radicaux, ce n’est pas le cas en France. A preuve, le résultat du premier tour des élections présidentielles. En citant l’article suivant, pris parmi beaucoup d’autres qui vont très majoritairement dans le même sens, nous voulons rendre compte de l’inquiétude que ce tournant suscite à juste titre Outre-Rhin.
Le 11 avril 2022, un jour après que la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen soit arrivée en deuxième position au premier tour, à une très courte distance du président de la République française Emmanuel Macron, une journaliste allemande, Miriam Hollstein, écrivait que celui-ci doit s’assurer un second mandat à l’Elysée afin de préserver la France ainsi que le reste de l’Europe de la politique annoncée par Madame Le Pen.
S’il échoue, c’en est fait du coude à coude franco-allemand et de l’Union Européenne patiemment et longuement construite par Robert Schuman et Konrad Adenauer, par Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, par Mitterrand et Kohl et par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, et par lui-même. C’en est fait aussi de la réconciliation franco-allemande promue par Charles De Gaulle.
Depuis le discours prononcé par Robert Schuman, père fondateur de l’Europe, le 9 mai 1950, l’entente franco-allemande a été et reste le pilier et le moteur de l’Europe. Or, Mme
Le Pen a la ferme intention de séparer l’Allemagne et la France. Elle couperait ainsi l’Europe à la racine. Ce serait une très bonne nouvelle pour Vladimir Poutine.
M. Macron devra consolider une UE soudée par ses institutions communes qui nous prouve ces jours-ci sa cohésion, sa solidité et sa volonté de protéger nos vies à toutes et tous face à la guerre de Poutine contre nos amis ukrainiens qui se sacrifient pour nous défendre.
Je signale encore que notre association a adressé récemment au président du Conseil Européen, M. Charles Michel, une lettre le priant d’oeuvrer à l’admission rapide de l’Ukraine au statut de pays-candidat à l’Union Européenne. Le drapeau ukrainien jaune et bleu flotte devant le Parlement Européen de Strasbourg. (J.-P. Picaper.22/043/2022)
La victoire électorale de Marine Le Pen, dimanche soir, serait la fin de l’amitié franco-allemande et ainsi de l’Union Européenne.
Par Miriam Hollstein
Quel est le point commun entre un fabricant de confiseries et les élections présidentielles françaises ? Ce sont deux exemples parlants de changement de nom réussi.
En 1991, l’entreprise « Mars » en Allemagne a rebaptisé sa barre de chocolat « Raider » en « Twix ». Car c’était déjà le nom de la friandise presque partout ailleurs dans le monde. Bien qu’il y ait eu à l’époque une petite tempête chez les consommateurs allemands, « Twix » figure encore aujourd’hui dans le top dix des barres chocolatées les plus populaires dans notre pays
En juin 2018, la militante française d’extrême droite Marine Le Pen a rebaptisé son parti. Le martial « Front national » est devenu le rassurant « Rassemblement national ».
Non seulement, cela sonne beaucoup plus doux, mais cela a également permis à Marine Le Pen de se démarquer de son père Jean-Marie Le Pen. Celui-ci avait autrefois fondé le Front et l’avait fait grandir, mais il avait fini par sombrer de plus en plus dans l’incitation à la haine et l’antisémitisme. Marine Le Pen s’est libérée de son (sur)père, tant sur le plan émotionnel que sur le fond, elle a modernisé le parti et lui a donné un visage en apparence plus modéré.
Grâce à cette recette, elle n’est pas seulement arrivée en deuxième position derrière Emmanuel Macron lors des élections présidentielles du 10 avril dernier en France. Certes, il semble pour l’instant que le président sortant ait une solide avance. Mais la goutte d’eau qui fait déborder le vase n’est pas encore tombé. Le Pen a de réelles chances de devenir le 24 avril la première femme à diriger la France.
Ce serait tout aussi dangereux pour l’Allemagne que pour la France. Car le slogan publicitaire utilisé à l’époque par Mars pour promouvoir le changement de nom de la barre chocolatée s’applique à Marine Le Pen : « Raider s’appelle maintenant Twix, sinon rien ne change ».
Pour la droite française aussi, l’emballage et le nom ont changé, mais pas les ingrédients. Madame Le Pen peut paraître moins fanatique que son père, mais ses idées sont les mêmes que les siennes. Même si elle ne poursuit plus de manière offensive le projet de quitter l’UE (le « Frexit »), elle ne rate presque jamais une occasion de s’en prendre aux « élites bruxelloises ».
Pour l’Allemagne, trois leçons peuvent être tirées du succès de Le Pen au premier tour :

  1. « It’s the economy, stupid ! » Ce slogan légendaire de la campagne électorale de Bill Clinton en 1992 s’applique également à la France. Le thème central de ces élections présidentielles est la peur des Français face à la perte de leur pouvoir d’achat. A retenir : si l’on ne tient pas compte des inquiétudes des bas salaires, on les pousse dans les bras des extrêmes. L’Allemagne devrait s’en souvenir lorsqu’elle réfléchit actuellement à une sortie immédiate de l’approvisionnement énergétique russe.
    2) Celui qui laisse le discours d’extrême droite sans commentaire le rend présentable. Le succès de Marine Le Pen tient aussi au fait que les Français se sont habitués à ses slogans nationalistes et racistes.
    3) Lorsque des figures encore plus extrêmes apparaissent en marge du spectre politique, cela ne renforce pas le centre, mais les extrêmes. Marine Le Pen a profité du fait qu’avec l’ex-journaliste Éric Zemmour, un franc-tireur de droite encore plus ultra qu’elle qui s’est mêlé cette fois à l’affaire. Par rapport à lui, elle a pu jouer à la « plus modérée ».
    La manière dont se comporteront, outre les partisans de Zemmour, surtout ceux de Jean-Luc Mélenchon, le représentant de la gauche radicale, devrait également être décisive au second tour du dimanche 24 avril. Mélenchon est arrivé en troisième position au premier tour, juste derrière Le Pen. Comme la leader de l’ultradroite, il défend une politique anti-establishment, il polémique contre l’Union Européenne et s’insurge contre la politique de Berlin, qu’il qualifie de « poison allemand ». « Ne donnez aucune voix à Madame Le Pen », a-t-il toutefois déclaré dimanche soir. Mais il n’est donc pas moins hostile qu’elle à l’Europe.
    Elle veut « redéfinir la relation franco-allemande ». Dans une interview accordée au quotidien « L’Opinion », elle a annoncé vouloir « divorcer » et préférer s’allier à la Grande-Bretagne (ndlr : de Boris Johnson artisan du Brexit). Concrètement, elle prévoit entre autres de mettre fin à la collaboration sur des projets de défense communs comme le système
    d’avions de combat « Future Combat Air System ». (ndlr : de façon à affaiblir la défense européenne face à Poutine).
    L’élection de Le Pen à la présidence ébranlerait l’ensemble du projet européen, car le tandem franco-allemand a toujours été décisif pour la cohésion de l’UE (malgré les divergences d’opinion qui ont pu exister).
    Comme l’a si bien écrit l’écrivain autrichien Ernst Jandl : « Certains pensent que la groite et la dauche ne peuvent pas être échangées. Quelle illusion ! ». (ndlr : avec une faute d’orthographe volontaire) (Source: t-online.de/11.04.2022)

Le 22 avril 2022

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