Légitimité, représentativité

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Une chose est certaine et définitivement acquise, c’est que Emmanuel Macron est élu pour la seconde (et dernière) fois président de la République française. Beaucoup de commentateurs et non des moindres, ont prononcé avec insistance le mot de légitimité. Cette évaluation appartient au Conseil constitutionnel et à lui seul.

En effet dans notre république, à partir du moment où l’élection s’est déroulée conformément aux règles imposées par la constitution, son résultat ne peut être légitimement contesté. Peu importe d’ailleurs les commentaires et appréciations qui peuvent fleurir à ce propos et il faut dire que ceux qui ont employé le mot légitimité, fussent-ils ministres en exercice, n’ont pas utilisé le terme adéquat.

Cependant la représentativité est un tout autre sujet. On peut se placer sur une logique différente de celle qui est officiellement retenue.

Considérons les suffrages obtenus par Macron et par Le Pen.

Sur 48 747 876 citoyens en capacité de voter, seuls 18 779 641 se sont prononcés pour Emmanuel Macron. En proportion cela donne 38,5% et non pas 58,8 % comme cela est affiché.

De son côté Le Pen qui a obtenu 13 297 760 voix représente 27,2% du corps électoral et non 41,2%.

D’autre part, les deux candidats ont obtenus au total 32 077 401 ce qui donne, toujours en proportion du corps électoral français 65,58%. Ainsi, par déduction, l’abstention serait de 34,42% et non pas de 28% comme cela nous a été servi.

Bien sûr ce calcul n’est possible qu’à la condition que l’abstention et les votes blancs ou nuls soient additionnés. Après tout pourquoi pas ? Voter blanc ou nul est une façon de s’exprimer discutable. Ne rien dire ne correspond pas à une opinion, mais bien réellement à une abstention.

Pour mesurer l’état de santé de notre démocratie, ces données chiffrées qui correspondent d’ailleurs aux analyses du journal Le Monde, doivent être prises en compte.

Il ne faut pas faire grief qu’aux politiques de ce désintérêt inquiétant de Français pour la politique, mais il faut aussi considérer qu’il y a là un état d’esprit du citoyen frondeur voire contestataire.

Pour en terminer avec les chiffres, relevons qu’à Pau, par rapport à 2017, Macron perd plus de 9 points (78,9 % e, 2017 contre 69,6% en 2022) tandis que Marine Le Pen en gagne 10. Un résultat qui, dans la ville de Bayrou, soutien inconditionnel de Macron, revêt un sens qu’on ne peut ignorer.

Cette élection du président de la république n’a semble-t-il pas été un vote d’adhésion. Il lui a manqué de l’élan, de l’enthousiasme, de la ferveur. Attendons maintenant les élections législatives qui sont programmées pour les 12 et 19 juin. Déjà de potentiel(le)s candidats(e)s nous disent qu’ils vont tirer les enseignements de l’élection présidentielle. Mais quels enseignements ? Nous verrons. Espérons seulement que les électeurs seront logiques avec eux-mêmes et qu’ils sauront éviter une nouvelle cohabitation.

Pau, le 25 avril 2022

par Joël Braud

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10 commentaires

  • Merci, Monsieur Michel Lacanette, pour ce propos.

    « Alors changeons le système et mettons la pression sur les candidats et non plus sur les électeurs en instaurant un quota qui ferait que si un candidat n’ a pas obtenu 50% des voix des inscrits l’ élection est annulée et à refaire. »

    Pour l’avoir proposé, sur France Inter, lors du dépôt, à la CNIL, de l »Abstention par écrit » du Cercle Bleu, j’ai reçu une volée de bois vert de la part de nombreux élus, décidés à décrédibiliser ce mouvement pour la possibilité qu’il offrait aux citoyens.

  • « Voter blanc ou nul est une façon de s’exprimer discutable. Ne rien dire ne correspond pas à une opinion, mais bien réellement à une abstention. »

    Merci de donner l’occasion de considérer ce propos comme discutable. En effet, « Voter blanc ou nul » correspond à un refus volontaire de participer à un choix, ce qui est, dès lors, un fait, une affirmation de ses idées.
    Elle n’est pas comptabilisée? Qu’à cela, soit trouvée solution. Une loi y remédierait.

    Elle s’appellerait la prise en compte, lors d’une élection, de tous les blancs et de tous les nuls, pour les considérer comme des Refus, signifiant tous une opinion, à savoir le rejet de tous les candidats. Il n’est pas logique de les assimiler à une abstention, qui, elle, traduit un manque d’intérêt pour la res publica, par un non-acte témoignant d’un comportement non civique.

    Supposons le cas où il y aurait 50% de Refus, avec Macron 56%, Le Pen 44% …… le résultat réel serait Macron 28% et Le Pen 22%. Présenté ainsi, il mettrait en lumière clairement, chaque fois, la non-représentativité de l’élu, et conduirait peut-être à prévoir la notion de quorum (moitié des électeurs) pour pouvoir être élu.

    Les promoteurs de cette loi pourront s’appuyer sur le fait que l’abstention par écrit existe, déjà, officiellement, en France, depuis 2 ans, pour une décision formulée sur un registre déposé à la CNIL, après acceptation de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Il s’agit de la 3e possibilité offerte par le Cercle Bleu, pour le cas de sa fin de vie, à tout citoyen conscient de ne pas pouvoir prendre une décision, que ce soit OUI ou que ce soit NON, concernant le devenir possible de son corps. Cet acte correspond alors à un comportement civique respectable: la personne n’abandonne pas à sa famille le soin de décider, pour elle, après son décès. Un autre Pays, membre de l’UNESCO, le Canada, l’a adopté en mars 2021. Ceci a été confirmé, lors de la récente Conférence mondiale sur la bioéthique, à Porto, en mars dernier.

    Oeuvrons, donc, sur cette base, pour qu’un nouveau système électoral soit voté et appliqué, en dénonçant l’actuel, et ne nous contentons plus de laisser faire … parce que c’est comme ça !

    • Vous dites :« Merci de donner l’occasion de considérer ce propos comme discutable. En effet, « Voter blanc ou nul » correspond à un refus volontaire de participer à un choix, ce qui est, dès lors, un fait, une affirmation de ses idées. »
      Certes, mais que savez vous de l’intention de celui qui volontairement ne se rend pas aux urnes ? Pouvez-vous affirmer que son comportement ne correspond pas à un refus volontaire de participer à une choix, une affirmation de ses idées, selon votre formule ?
      Maintenant réfléchissez aux conséquence qui résulteraient de la prise en compte des blancs et nuls pour calculer la majorité absolue. Rappelons que la majorité absolue, ce serait la moitié plus un non plus des suffrages exprimés mais des suffrages déposés dans l’urne. Alors bon courage !

  • Pierre-Michel Vidal

    La légitimité du vainqueur ne peut pas être remise en cause, sa représentativité l’est par ses adversaires qui fondent leurs attaques sur ce point plutôt que sur leurs programmes ou leurs projets. Tous anti-Macron c’est mot d’ordre entendu dimanche soir. Et pour cela on instrumentalise vote blanc et abstention (cf. Lassalle) on nous prend pour des c…s …

    • On instrumentalise rien du tout. C’est un constat de faire ce calcul auquel je me suis livré. Ce n’est pas Macron qui est visé et à qui cela est reproché. Si vous m’aviez bien lu, ce que je fustige c’est un problème de mauvaise santé de la démocratie. Les Français sont ainsi faits qu’ils sont des électeurs improbables qui se déplacent peu pour voter ou qui par les votes blancs ou nuls torpillent d’une certaine manière le vote. Je n’ai rien contre Macron au contraire, je dis que sa légitimité est indiscutable.
      Je n’ai rien compris à votre commentaire !!!

      • Pierre-Michel Vidal

        Pas la peine de se fâcher, vous n’êtes pas du tout visé cher Joël. Il s’agit d’une contribution pas d’une critique.
        Je m’interroge sur les commentateurs qui insistent sur le niveau du vote blanc et de l’abstention. Que signifie l’abstention? Est-ce un acte de défiance comme ils le disent ? Rien ne permet de l’affirmer. Dans ce sens il y a une instrumentalisation qui fait dire à Mélenchon que c’est le président le plus mal élu de la Vème. C’est une rhétorique dangereuse qui masque une élection confortable dans un contexte difficile. Elle est reprise en boucle par les médias. A partir du moment où il est « légitime » comme vous le dites à juste titre, Macron devient « représentatif ». Personne ne fait l’unanimité. Mitterrand a été élu avec 52%, Chirac avec une abstention plus forte que celle de dimanche, on n’a pas glosé sur leur représentativité.

        • Bon, d’accord, Pierre, je me suis un peu emballé. L’analyse que je me suis permis de faire dans mon article n’est pas une vue de mon seul esprit. Le journal « Le Monde » l’a faite avant moi. Hier, 25 avril, au journal de 20 h 00 sur la 2, un journaliste, Guillaume Daret a présenté ces mêmes chiffres. J’ai cherché à démontrer les failles de la démocratie.  » La démocratie est le pire des systèmes de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire » W. Churchill. Maintenant quel remède ? Peut-être rendre le vote obligatoire. Cela existe ailleurs. Cette réponse n’évitera pas que certains voteront blanc ou nul, c’est à dire refuseront de prendre parti. La question demeurera de savoir dans quelle catégorie il faudra classer ces blancs et nuls. Je considère, pour ma part, qu’ils doivent être inclus dans les chiffres de l’abstention d’autant qu’avec un vote obligatoire, la réponse sera évidente étant donné, qu’en théorie tout le monde se rendra aux urnes. Pour moi l’abstention est un désintérêt pour la chose publique, une incapacité à se prononcer, ce n’est pas une prise de position et encore moins une défiance. Lorsqu’on se défie, on vote contre. Que Macron soit élu ne peut être contesté, il faut surtout regretter que certains citoyens, en ne se prononçant pas, n’aient pas mesuré l’importance de l’enjeu démocratique.
          Maintenant, il faut tout faire pour éviter la cohabitation. Les 12 et 19 juin prochains auront lieu les législatives il faudra considérer cette impossibilité. La cohabitation est une hérésie constitutionnelle. Imaginez-vous de Gaulle, président de la république, gouverner avec Mitterrand comme premier ministre ? Bien sûr que non. Elle n’a été possible, à deux reprises que parce que les présidents en place, Mitterrand et Chirac, ont refusé de démissionner ce que de Gaulle, à l’évidence, aurait fait. Alors il faudra voter dans la logique de la présidentielle avec le souci principal de donner une majorité parlementaire au président de la république. Peut-être que pour certains ce sera s’obliger à voter pour un ou une candidate qui ne se situe pas dans l’exact domaine de ses convictions. Il faudra passer outre, l’intérêt supérieur est de fournir au président de la république les moyens de gouverner.

          • Michel LACANETTE.

            Peut-être rendre le vote obligatoire….
            Le vote obligatoire n’ est pas la bonne réponse au problème. Aujourd’hui avec le système électoral actuel si un candidat est mal élu la pression est aussitôt mise sur les électeurs en dénonçant
            l’ abstention ou les votes blancs ou en laissant penser que les électeurs sont des veaux.
            Mais rien à l’ encontre des candidats qui peuvent se prétendre élu à la majorité avec 25 ou 30% des voix des inscrits et des fois moins.
            Alors changeons le système et mettons la pression sur les candidats et non plus sur les électeurs en instaurant un quota qui ferait que si un candidat n’ a pas obtenu 50% des voix des inscrits l’ élection est annulée et à refaire. Je pense qu’ à ce moment là les candidats feraient réellement campagne et non plus un espèce de simulacre de campagne qui tient plus à la polémique stérile qu’ à une campagne électorale digne de ce nom. Mais également les programmes seraient bien plus réalistes que les programmes actuels qui sont plus proches des catalogues promotionnels des grandes surfaces à la période du Blanc que de programmes qui vont engager le pays pour de nombreuses années.
            Combien de programmes politiques sont respectés ? Très peu ou aucun, après on joue les offusqués que les électeurs ne viennent pas voter ou ne s’ intéressent pas à la politique.
            Quel candidat fait le bilan de ses engagements électoraux.? Aucun, ils considèrent tous que les électeurs ont la mémoire courte …… Après tout ce sont les candidats qui viennent devant les électeurs, à eux de chercher à se vendre et non à chercher à acheter des électeurs avec des promesses irréalistes.

          • Vous avez eu tout à fait raison d’aborder cette question de la représentativité au regard de l’abstention, des votes blancs et nuls et c’est d’autant plus méritoire pour l’objectivité du propos, que vos convictions ne souffrent d’aucune ambiguïté sur l’offre 2022 du 2 ème tour.

            On pourrait y ajouter le nombre d’adultes non inscrits, une statistique méconnue mais certainement en croissance également.

            L’ambiance étrange et inhabituelle de dimanche soir, sans véritable liesse populaire y compris au champ de Mars avec 3000 personnes péniblement rassemblées malgré un battage média anticipé dans les 5 jours précédents, renforce ô combien votre constat.

            Elle tient évidemment à la configuration particulière d’un second tour ou l’extrême droite Nationaliste frappe à la porte du pouvoir une troisième fois en usant d’une stratégie de sur promesses sociales qui n’est pas sans rappeler certaines analogies politiques des années 30 outre Rhin.
            80 % en 2002 , 68 % en 2017, 58,5 % en 2022 …

            Je ne suis pas certain qu’il faille systématiquement rechercher le ou les coupables, la ou les solutions idéales, tant le cycle de l’histoire s’impose inexorablement, malgré l’heureuse résistance Républicaine qui permet de reculer les aiguilles de l’horloge par rapport au timing du passé. La résistance Républicaine résultant majoritairement des générations averties et expérimentées, le cycle suit son cours.
            Pendant ce temps là, Poutine accélère le rythme de l’escalade des menaces guerrières quitte à affoler les aiguilles du temps…
            Nous vivons une époque moderne comme disait Philippe Meyer dans l’ancien monde .

  • « citoyen frondeur voire contestataire. »
    Personnellement je préfère contestataire!

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