La fote d’hortograffe

4.9
(124)

Soyons clairs, nul ne peut se prévaloir de n’avoir jamais commis une faute d’orthographe. Mais il est des circonstances ou plutôt une circonstance bien particulière où cela reste difficilement acceptable.

Tous les électeurs ont reçu dans leur boîte aux lettres une enveloppe contenant ce qu’il est convenu d’appeler la profession de foi des candidats au second tour de l’élection présidentielle. Peu, en vérité, la lisent, ou la parcourent avec distraction, convaincus qu’ils sont, qu’il ne s’agit que de mots qui ne comportent pas de véritable engagement. Une lecture plus attentive permet en effet de constater avec effarement que l’une de ces deux lettres comporte une faute d’orthographe qui est pour le moins grave puisqu’il s’agit d’une faute d’accord.

Prenez, si vous l’avez conservée, la lettre d’Emmanuel Macron. Ouvrez-la et lisez en page deux ce texte intitulé : « Françaises, Français, Mes chers compatriotes, ». Elle est signée de son auteur : le président de la République, candidat à sa réélection. Lisez bien, prenez votre temps. Vous avez trouvé, sans aucun doute car étant lecteur d’Alternatives Pyrénées vous disposez d’une culture de bon niveau.

Cette phrase écrite en caractères gras : « Nous pouvons cultiver notre unité, en considérant chaque citoyen quelle que soit sa naissance, son milieu social, ses croyances ; » Sans faute d’orthographe cela devrait donner […] quels que soient sa naissance, son milieu social, ses croyances ; Eh oui, il s’agit bien d’une faute d’accord. Le verbe aurait dû être écrit à la troisième personne du pluriel.

N’exagérons rien, ce n’est pas l’affaire du siècle, tout le monde fait des fautes d’orthographe plus ou moins fréquemment, mais là, un président de la République entouré d’un grande quantité de conseillers chargés d’écrire à sa place, il y a quelque chose d’étonnant. D’autant que notre président bénéficie d’une grande culture, qu’il s’agit quand même d’une circonstance exceptionnelle et qu’il a signé ce texte de sa blanche main.

D’autant plus également que dans son entourage, présenté comme un très proche, figure un agrégé de lettres.

Pau, le 9 mai 2022

par Joël Braud

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne 4.9 / 5. Nombre de note : 124

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à noter cet article.

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

Souhaitez vous nous partager un avis plus détaillé ?

20 commentaires

  • Quel échange ! … Il ne doit pas y avoir beaucoup de problèmes sur la planète pour qu’on puisse ainsi discuter à l’infini du » sexe des anges « ….
    Pour en arriver à la conclusion que notre président n’est pas si cultivé que cela…CQFD !
    Je n’ai pas souvenir d’un tel débat à propos de ses prédécesseurs qui finalement devaient l’être, cultivés …eux…
    Pourvu que ce débat ne soit pas porté à la connaissance de Poutine…et donc à son arbitrage….

    • Bien sûr qu’il y beaucoup de problèmes sur la planète et vous allez nous le démontrer en écrivant vous-même un article. J’attends votre écrit avec une impatience démesurée.

  • Il y a peut-être d autres choses plus importantes à analyser dans les écrits du Président que des fautes d orthographe ? De syntaxe ? De grammaire ? …..

    • Bien sûr qu’il y a plus important en particulier sur la profession de foi du président de la République. Votre analyse est attendue par beaucoup de monde. Avez-vous lu le document ? Qu’en avez-vous retenu ? Votre article sera à l’évidence très instructif.

  • Sans doute un bug entre la non-culture française des Mackinsey et autres cabinets … et la culture française de la Première Dame.professeur de lettres dans une vie antérieure !!

  • Ce n’est en effet pas l’affaire du siècle, d’auutant qu’il n’est même pas dit que ce soit une faute.

    Bien que discutable, c’est une forme qui se rencontre parfois. Il pourrait s’agir d’une survivance de l’accord de proximité, mais plus probablement la raison est que les éléments qui suivent ne sont pas liés par un « ET » mais sont indépendants. « Quel(le) que soit » devrait être répété, mais on élude les répétitions pour éviter une certaine lourdeur.

    « quelS que soiENt sa naissance, son milieu social, ET ses croyances »

    Mais :

    « quelle que soit sa naissance, quel que soit son milieu social, quelles que soient ses croyances »

    Et en éludant :

    « quelle que soit sa naissance, son milieu social, ses croyances »

    Dans tous les cas, en admettant qu’il y aurait ici une faute, ce serait une faute de grammaire et pas d’orthographe.

    Par ailleurs votre propre texte comporte une faute sémantique :

    « Peu, en vérité, la lisent, ou la parcourent avec distraction… » : on comprend ici que peu (de gens) la parcourent avec distraction. J’imagine que vous vouliez dire l’inverse. Il faudrait par exemple écrire :
    « Peu, en vérité, la lisent, ou ALORS ILS la parcourent avec distraction… »

    • Parcourir selon le Petit Robert :  » (XVIe) Examiner, lire rapidement. Parcourir un journal, un article (cf. Lire en diagonal), un livre (feuilleter). »
      Quant à la faute d’orthographe, toujours selon le Petit Robert : »Orthographe d’usage : graphie usuelle des mots. Orthographe d’accord : graphie de ces mots selon la fonction qu’ils remplissent dans la phrase. »
      Maintenant contrairement à vous et après avis d’une personne que je considère comme très qualifiée en la matière, je maintiens qu’il s’agit bien d’une faute d’accord.

      • Même venant d’une personne « très qualifiée », cela reste un avis parmi d’autres. Les questions de langue sont parfois débattues sans fin même parmi les spécialistes. Pensez-vous que l’entourage du président de la République manque de personnes qualifiées au point qu’une faute aussi grosse aurait échappé à toutes les relectures ?

        Sa lettre de voeux 2022 comporte d’ailleurs la même tournure, au point qu’il devient difficile d’imaginer que par deux fois les relecteurs aient failli.

        Quelle tournure vous parait ici la plus fluide ? La première ne vous accroche pas l’oreille quand vous la lisez ?

        « Il ne pouvait plus la regarder dans les yeux, tant étaient désormais évidents sa compromission, son renoncement, sa couardise. »

        « Il ne pouvait plus la regarder dans les yeux, tant était désormais évidente sa compromission, son renoncement, sa couardise. »

        • L’exemple que vous citez est une gradation. Dans ce cas en effet le verbe doit être au singulier. Mais c’est une particularité car la gradation est une figure de style. Ce n’est pas le cas de la phrase qui est en cause dans le texte de la profession de foi de Macron.

          Voici ma référence : Guide d’orthographe – Bled et Bénac – édition 1984 Hachette, page 47, chapitre Le verbe, accord du verbe. Je cite :

          Quand les sujets d’un verbe forment une gradation, c’est avec le dernier que le verbe s’accorde :
          Un seul mot, un soupir, un coup d’œil nous trahit. (Voltaire)

          Remarque : Une gradation est une figure dans laquelle les mots ou les idées forment une progression ascendante ou descendante.
          Les sujets singuliers disposés en gradation ne s’ajoutent pas, ils se fondent dans une seule idée, l’accord se fait avec le dernier sujet :.
          Crainte, souci, même le plus léger émoi s’évaporait dans son sourire (A. Gide)

          Au contraire, plusieurs sujets singuliers ne formant pas gradation s’ajoutent et veulent le verbe au pluriel :
          La pluie, le vent, l’orage chantent à leur oreilles les enseignements sacrés. (J. Giono)

          Quand plusieurs sujets singuliers représentent un seul être ou un seul objet, le verbe reste au singulier :
          Comme chaque matin, une mince colonne lilas, une tige de lumière debout, divise l’obscurité de la chambre. (Colette)
          Fin de citation.
          Dans l’exemple que j’ai cité, la profession de foi de Macron, s’il y avait eu gradation, le verbe aurait dû s’accorder avec le dernier sujet, en l’occurrence : ses croyances, féminin pluriel. Ainsi il aurait fallu écrire quelles que soient ses croyances.

          Votre insistance me conduit à être pédant ce que je regrette.

          • Joêl Braud, belle démonstration académique ! Merci à Bled et Bénac, excellents remèdes à l’EczEmma.

          • Nous sommes donc d’accord (eh oui) que des figures de style de ce type sont possibles.

            Au fil de cette discussion il apparait que vous ressentez le besoin de consulter une personne que vous considérez comme « très qualifiée en la matière », ce qui montre que la question n’est pas aussi évidente que vous la présentiez au premier abord.

            Votre dernier argument, qui dit que dans ce « le verbe aurait dû s’accorder avec le dernier sujet », peut facilement être discuté : avec le dernier sujet, ou avec le sujet le plus proche ? Si le verbe est placé après les sujets c’est la même chose, mais dans la tournure de Macron le verbe est placé avec les sujets. L’accord se fait alors plus naturellement avec le plus proche sujet, qui du coup est le premier.

            Refaites l’expérience avec un exemple où cela fait une différence à l’oral :

            « Il ne pouvait plus la regarder dans les yeux, tant était désormais évident sa compromission, son renoncement. »

            ou

            « Il ne pouvait plus la regarder dans les yeux, tant était désormais évidente sa compromission, son renoncement. »

            Je trouve par ailleurs ceci :
            « Lorsque les sujets, tous au singulier, forment une gradation, celui qui est le plus proche du verbe détermine l’accord. »
            https://www.conjugaison.com/grammaire/plusieurs-sujets.html

    • Emma, ou Eczema, fait la leçon jusqu’à provoquer des démangeaisons.

  • « D’autant que notre président bénéficie d’une grande culture »`

    C’est encore plus grave car c’est une culture littéraire; pour la culture scientifique il est aux abonnés absents.
    Bilan, Il n’a donc pas une grande culture!

    • Robert Contrucci

      @ Georges Vallet
      / A quoi cela sert-il de publier un tel commentaire sentencieux, excessif, sinon… dérisoire ?!?

      • @ Georges Vallet
        « A quoi cela sert-il de publier un tel commentaire sentencieux, excessif, sinon… dérisoire ?!? »

        Ne serait-ce pas le vôtre qui serait sentencieux, excessif, sinon… dérisoire ?

        La culture c’est la découverte d’une nouvelle terre.
        Depuis le monde du passé où vous vous situez, le monde scientifique et technique en a découvert de nombreuses.
        Il en résulte que quelqu’un est cultivé quand ses connaissances et sa compétence ne sont pas limitées au domaine littéraire mais dans tous les domaines scientifiques, biologique, médical, environnemental, spatial….agronomique,évidemment..c’est une globalisation.

        Impossible de l’être, donc personne n’est vraiment cultivé mais très partiellement seulement. L’expérience, les lectures, les études, la pratique aussi, s’efforcent de l’augmenter.

        Rentrons un peu dans les interprétations plus modernes que les vôtres.

        *Quels sont les éléments généraux qui composent une culture ?
        La culture est l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, propres à un groupe humain, à une civilisation. Elle se transmet socialement, de génération en génération et non par l’héritage génétique, et conditionne en grande partie les comportements individuels. »

        *La culture générale, c’est ce qui permet à l’individu de sentir pleinement sa solidarité avec les autres hommes, dans l’espace et dans le temps, avec ceux de sa génération, comme avec les générations qui l’ont précédé comme avec celles qui le suivront. […] Il faut qu’il puisse participer ainsi au développement intellectuel et matériel de l’humanité tout entière, le suivre tout au moins, sinon y contribuer. (Paul Langevin, 1931)

        *Peut-on participer ainsi au développement intellectuel et matériel de l’humanité tout entière et se construire un imaginaire cohérent, si on néglige le fait que sciences et techniques, par leurs avancées foudroyantes, sculptent un monde dont les changements influencent considérablement (en bien et en mal) la vie de toutes et de tous ? Non. Pas plus qu’on ne peut tisser un imaginaire complet avec des connaissances scientifiques privées de culture artistique (au sens large). Il est donc plus impératif que jamais d’incorporer les cultures scientifiques et techniques dans « la » culture.

        *La culture actuelle, c’est la maîtrise du complexe.
        De la révolution du complexe à la culture du complexe
        Issue des mathématiques, de la physique, de la biologie, de l’informatique, mais aussi de la psychologie et de la sociologie, cette révolution scientifique s’est étendue à l’ensemble des disciplines, tout en y rencontrant des obstacles qui tendent continuellement à la marginaliser. Or le fait même qu’elle concerne tant de champs disciplinaires différents nécessite et génère un nouveau mode de pensée, commun à toutes ces pratiques et par conséquent généralisable, que j’ai désigné comme la pensée du complexe.

        « La place devenue prégnante du numérique, dans nos vies et celles de nos enfants comme dans les arts, rend encore plus criant le besoin de culture technique.»
        Il faut lire absolument
        Sciences, techniques, culture et pensée du complexe – Cause …
        https://www.causecommune-larevue.fr › sciences_techn…

        • Robert Contrucci

          @ Georges Vallet :
          J’entrevois une forme d’élitisme dans votre commentaire…

          J’avoue ne plus être en capacité de lire toutes vos « masturbations intellectuelles »…

          Une autre confidence : lorsque j’ai du mal à m’endormir, j’essaie de lire certains de vos longs articles, que parfois je n’arrive pas à lire jusqu’à la fin…
          Résultat : lecture efficace contre les insomnies = merci Docteur « Je sais tout » !!! 😉 😉 😉

          • Ravi de vous servir au moins à quelque chose. Les Français ne dorment plus assez, paraît-il; Ils ne lisent plus que les premières lignes des articles des revues, c’est bien connu; vous devez en faire partie. C’est ainsi qu’on s’informe maintenant!
            La prochaine fois j’enverrai mes articles en bandes dessinées, cela vous conviendra plus sans doute.
            Quand à mes longs articles j’ai constaté que vous savez faire aussi en listant les articles parus que vous choisissez.
            Bien respectueusement

  • Il ne faut pas trop en vouloir à l’Américain de McKinsey & Company d’avoir fait cette faute d’accord. Nobody is perfect !

    • Pierre-Michel Vidal

      Une faute est une faute. Quand elle vient d’un Président de la République (capitales ou minuscules, au fait?) c’est un problème. Un signe qui montre le peu d’attention apportée à la Langue Française, à sa diffusion, à son utilisation. C’est générationnel: nous vivons dans un monde où l’image a pris le dessus sur l’écrit qui compte de moins en moins pour les jeunes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *