Après les violences du Stade de France, quid des JO ?

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Les graves débordements qui se sont produits au Stade de France quelques minutes avant la finale de la ligue des champions entre le Real Madrid et Manchester auraient pu avoir des conséquences dramatiques. Leur exploitation politicienne ne s’est pas fait attendre avec à droite le traditionnel « c’est la faute à la racaille » ou à gauche « les débordements des forces de l’ordre sont les responsables de ce désordre ».

Ce sont les extrêmes qui parlent les plus forts désormais dans notre pays et leur prétendue expertise est devenue la règle de ce qu’il faut appeler la propagande électorale. Plus de débat mais des imprécations, des condamnations c’est la logique de la radicalisation que nous imposent l’extrême gauche et l’extrême droite qui ont l’oreille d’une grande partie de nos concitoyens.

Ces événements du stade de France devraient pourtant nous interroger. Ils posent une question essentielle : ces rassemblements de masse sont-ils raisonnables dans un moment aussi précaire ? Nous sommes encore en pandémie, il faut le rappeler, et ça n’est pas prêt de s’arrêter. Nous sommes en guerre aussi –bien qu’elle ne soit pas déclarée- contre une puissance qui nous menace sur notre continent, pour la première fois depuis 1945 ; une guerre que nos alliés Ukrainiens sont en train de perdre sans que nous n’y puissions rien. Nous devons faire face à une crise économique sans précédent qui résulte des deux postulats précédents. Et nous devons appréhender des défis environnementaux qui nous menacent dans notre existence même.

Est-ce à dire qu’il faille condamner le sport professionnel ? Non car c’est un facteur d’intégration, un spectacle total qui donne du bonheur aux gens, une économie aussi. Il est donc louable et ce sont les excès qu’il génère qui sont condamnables. Le sport ou le spectacle vivant devraient tenir compte du contexte dans lequel nous sommes et en rester à un périmètre raisonnable qui permette de canaliser les enthousiasmes et d’éliminer les comportements malveillants, puisque la société elle-même, en mal de références civiles, n’est plus capable de le faire.  

Un récent sondage du Figaro portait sur l’organisation des Jeux Olympiques de Paris, question taboue jusqu’à aujourd’hui. Les réponses, très largement, étaient contre leur tenue compte-tenu justement des risques qu’ils induisent. Sans doute ce sondage n’est qu’une indication vague et il se déroule dans l’émotion suscitée par les images extrêmement violentes que l’on a pu voir au Stade de France en direct. On sait aussi que les Jeux ont un coût prohibitif pour les finances d’une ville et qu’ils sont toujours déficitaires engendrant des dettes pénibles à éponger par le contribuable. On me dira que tout le monde vit à crédit désormais, les collectivités comme les particuliers. Mais les particuliers le savent mieux que les bons esprits : il arrive toujours un moment où il faut payer ses dettes…

Enfin il faudra calculer l’impact environnemental d’une manifestation appelée à rassembler des millions de personnes : la précarité des installations, les déchets, l’empreinte carbone laissée par les transports, etc. On nous parle de jeu vertueux, soit, c’est un engagement louable mais peut-on véritablement être vertueux face à de tels rassemblements de masse ? La question se pose aussi du point de vue de l’éthique. Les enjeux sont tels qu’ils autorisent des manipulations des corps des athlètes contre lesquels il est bien difficile de lutter. Et cela malgré la bonne volonté du CIO qui ne fait pas doute. Pour un de pris combien passent entre les mailles au détriment de l’éthique sportive et de leur propre intégrité.

Ce ne sont pas les Jeux en eux-mêmes qui posent question : ils reposent sur un idéal universaliste de confrontation amicale plutôt que guerrière. C’est leur gigantisme. Faut-il céder au toujours plus ? Toujours plus cher. Toujours plus vaste. Toujours plus complexe. On le voit avec l’exploitation scandaleuse des trailleurs immigrés préparant la coupe du monde de foot au Quatar. Ce défi perpétuel correspond-il aux souhaits des citoyens, à l’intérêt de la planète ? Est-il conforme aux fameuses vertus prônées par l’Olympisme de Coubertin ? La fête doit-elle se transformer en cauchemar?

Pierre-Michel Vidal

Photo « Libération »

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5 commentaires

  • Il y a eu sur le tournoi du stade de France un excellent article qui m’a expliqué comment tout aurait pu bien se passer si les policiers avaient été des indicateurs de direction, tout simplement car il y avait suffisamment de guichets mais une grève de métro… Je rapprocherai cela de ce qu’il s’est passé, ce week-end gare du Nord… pas de trains mais des bus, en nombre insuffisant… donc gazage ! Personnellement, mes enfants et petits enfants assistaient à un concert à Vincennes et étaient venus en train… plus cher mais plus écolo ! Heureusement ils ont eu la chance de se voir proposé un train gare de Lyon… donc pas de gazage ! de droite ou de gauche, je pense que nous pouvons penser que nous sommes arrivés à du n’impore quoi… façon dictature !
    Bonne chance pour les jeux Olympiques et notre réputation dans le monde.

  • Un de mes amis, marathonien actif et professeur, a perdu tout intérêt pour le foot en s’éloignant de ses plus jeunes années. Il estime que ce sport exacerbe le nationalisme et la haine y compris entre pays européens. Les supporters se livrent des guéguerres dont le sport n’est plus que le prétexte. On a vu des Britanniques et des Russes en effet particulièrement agressifs ces dernières années, mais ne jetons pas la pierre à autrui. Chez nous aussi, ce n’est pas toujours du cocorico bon enfant.
    Or les joueurs ne représentent pas toujours la nation dont ils portent le maillot. Beaucoup de stars du foot sont des mercenaires achetés à prix d’or . Car l’argent joue dans ce sport un rôle disproportionné. Mais on ne critique jamais les gains des joueurs. En tout cas l’état d’esprit des supporters s’est déconnecté du sport en soi en tant que tel. Ils jouent leur partie à la place des joueurs. .
    S’ajoute selon moi que l’on peut s’interroger sur la pratique de ces foules de haute intensité qui se rassemblent dans les stades et autour d’eux. Ce n’est pas nouveau. Cela existait déjà à Rome autour des combats de gladiateurs, sans la composante nationaliste, je suppose. Mais le goût des rassemblent de masse unanimistes reste suspect. Ce penchant funeste des humains à hurler des slogans à l’unisson… Le loup en l’homme peut-être aime hurler en meute…

  • Désolé M. Estanguet, ces JO à Paris en 2024 c’est anti écologique, économique. Lors du vote pour l’attribution de ces jeux il n’y avait pas beaucoup de candidats cela signifie un piège à dépenses inconsidérées et très difficile à gérer sur le plan du maintien de l’ordre

  • Effectivement beaucoup de questions se posent et principalement sur la capacité de nos forces de l’ordre de gérer un rassemblement qui dépasse les normes habituelles. Ces débordements ont donné lieu à de multiples déclarations des politiques en période électorale. Il y a même un syndicat de policiers, le plus important selon ce qui est dit, qui, se tournant vers le ministre de l’Intérieur et vers le préfet de police de Paris, demande que chacun assume ses responsabilités. Cela laisse supposer que les ordres donnés n’ont pas été ceux qui auraient dû l’être. D’autre part, la commission du Sénat a entendu Gérald Darmanin qui s’est un peu embrouillé dans ses justifications. Il a été dit ou écrit, dans certains journaux, que le ministre de l’Intérieur et le Préfet de police de Paris étaient sur la sellette. Vérité ou exagération, on ne sait. Mais attendons que les élections législatives soient terminées et nous verrons bien.
    Tout cela pour dire qu’en effet ce maintien de l’ordre qui était considéré comme un test pour le prochains jeux olympiques n’ont pas été à la hauteur. Ces jeux olympiques étant de retentissement mondial, il faut craindre que l’image de notre pays soit écornée.

  • Michel LACANETTE.

    Ce défi perpétuel correspond-il aux souhaits des citoyens, à l’intérêt de la planète ?

    Sûrement pas à l’ intérêt de la planète comme vous le dénoncez, mais sûrement aux souhaits des citoyens qui retrouvent là les Jeux du Cirque de nos ancêtres les Romains. Le jeu politique n’ existant plus, il faut bien le remplacer par autre chose( la nature a horreur du vide), afin de pouvoir exprimer sa joie si l’ on gagne et sa colère si l’ on perd.
    Cela n’ est qu’ un juste retour aux origines de la nature humaine et personne ne l’ empêchera  » quoi qu’ il en coûte ». Peut être que la seule réponse viable serait la vente de billets nominatifs avec versement d’ une caution en prévention d’ éventuels incidents. Cela permettrait d’ assurer une traçabilité des personnes qui assistent aux matchs ou aux jeux avec caution rendue à l’ issue du match s’ il n’ y a pas eu d’ incidents. Mais j’ entends déjà la levée de boucliers que cela pourra provoquer chez certains qui en auront les poils des bras hérissés à l’ idée que cela pourrait ressembler à un suivi  » à la chinoise » . Sans mesures adéquates il faudra se résigner à accepter ce type d’ incidents, ce qui peut être sera aussi une réponse, qui fera fuir de nombreux spectateurs et peut être qu’ à ce moment là les organisateurs réagiront.

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