Le grand incendie

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Un monument tragique dans sa simplicité, quelques pins coupés et une inscription  circonstanciée, évoque le « grand incendie » dit de Saucats en 1947. La nationale 10, que l’on n’emprunte plus aujourd’hui avec la constriction de l’autoroute, passe à proximité et, lors des départs en vacances, il procurait d’intenses interrogations des enfants et des réponses nourries des parents qui avaient vécu ces moments d’angoisse : le ciel de Bordeaux recouvert par la fumée et les cendres dans ses rues. Les flammes étaient alors aux portes de la capitale Aquitaine.

Ainsi le raconte les historiens : « En août 1949, le massif forestier des Landes de Gascogne est victime d’un immense feu de forêt, qui ravage 52 000 hectares et tue 82 personnes. De fait, le massif forestier est dans un état déplorable à la fin de la Seconde Guerre mondiale : les coupe-feu ne sont pas entretenus, et les techniques de maîtrise du feu sont alors peu efficaces. Les trois étés caniculaires qui précèdent 1949 ont considérablement asséché la région. Parti d’une scierie à Saucats (au sud de Bordeaux), le 19 août, l’incendie ravage des milliers d’hectares en quelques jours. On compte principalement dans les victimes des agents des Eaux et Forêts, des pompiers bénévoles ou encore des militaires qui étaient venus combattre les flammes. Ce « grand incendie » est à ce jour le feu de forêt le plus meurtrier en France ».

52 000 hectares c’est deux fois plus que le total de la forêt landaise brûlés ces derniers jours. 82 morts, des pompiers pour l’essentiel, des villages rayés de la carte qu’il fallut reconstruire : Cestas, Marcheprime, Mios, Caudos, Saucats c’est un bilan que l’on qualifiera à juste titre de catastrophe nationale. Mais, dans un temps où l’immédiateté prime  sur toute autre considération on a oublié cette tragédie qui pourtant avait frappé les esprits. En avons-nous tiré les leçons ? Probablement pas.

Il est curieux et que nos médias n’évoquent pas ce passé : le sacrifice de ces victimes, de ces soldats du feu pour la plupart, et la douleur de leurs descendants qui, pour certains, sont encore vivants et peut-être même, menacés à nouveau par les flammes. Le plus terrible surtout c’est que l’on n’ait pas tenu compte de cet avertissement brutal et pas si lointain dans le passé : à peine deux générations.

On nous dit que la principale cause de la catastrophe actuelle c’est le « réchauffement climatique », explication passe-partout qui permet de se dédouaner facilement de ses responsabilités. On voit que le « grand incendie » a été précédé (déjà) de trois années de sécheresse. Bien que l’on n’évoquait pas, alors, le réchauffement climatique existait-il déjà ? C’est possible car les processus de ce type évoluent sur des durées très longues, contrairement à l’image que l’on nous en donne souvent.

La sécheresse, les périodes de canicules ne sont donc pas des phénomènes nouveaux ; pas plus que les épidémies. Il est illusoire de penser que l’on pourrait s’en déprendre une fois pour toutes. Il y a là une vision « prométhéenne » de l’être humain capable de réguler la nature définitivement. Ce serait trop beau ! Il y a des données de bon sens à prendre en compte.

Le massif forestier landais, le plus grand d’un seul tenant d’Europe, est récent. Il date de la seconde moitié du XIXème siècle et il est lié à la volonté de Napoléon III qui souhaitait assécher ainsi cette plaine insalubre et marécageuse. L’essence, le pin des Landes, est inflammable par définition. C’est une forêt cultivée, semée, élaguée, coupée (tous les 40 ans environ) par la main de de l’homme qui y intervient régulièrement. Une forêt « industrielle » si on veut par sa nature et son histoire.

Il semble qu’un débat ait eu lieu entre écologistes et forestiers à propos de l’entretien de la magnifique forêt usagère de La Teste désormais disparue dans les flammes. Les premiers au nom de la biodiversité favorables à un entretien minimum les autres souhaitant la construction et l’entretien (voir l’élargissement) de pare-feu notamment. L’Etat a tranché en faveur des premiers.

Faudra-t-il inverser la réponse à un questionnement naturel ? La forêt doit-elle rester à l’état de nature (comme dirait Rousseau) ou a-t-elle besoin de l’homme pour se protéger ? Enfin va-t-on vers une interdiction totale et définitive de l’accès de tous à la forêt comme cela se passe en ce moment ? Cette décision légitime dans ces circonstances dangereuses est-elle amenée à durer ? Ce serait alors une privation de plus pour l’individu et un éloignement de ce patrimoine commun.

Pierre-Michel Vidal

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11 commentaires

  • L’opposition forestiers Versus écolos ou bobos ne me semble pas une bonne approche des tensions que révèle la catastrophe actuelle en Gironde.

    Il me semble que ce territoire impacté par les incendies est en plein essor (ou transition) socio-économique et que le moteur principal de ce développement est, non pas sa base productive avec la filière bois par exemple, mais sa base économique résidentielle. Elle comprend notamment le tourisme ainsi que l’attractivité immobilière.
    Et je ne suis pas sûr que la forêt de pins avec ses paysages constitue le facteur principal de cette attractivité.
    Autrement dit, il n’est pas surprenant que la cohabitation résidentiel/ production soit difficile.
    Je rappelle une citation d’un livre sur la Haute Landes, feuilleté il y a une vingtaine d’années ou plus et dont j’ai oublié le titre et le nom de l’auteur : « Comment peut-on vivre dans un environnement que l’on ne possède pas et que l’on ne maîtrise pas ? »

  • Un détail d’importance, qui permet de mieux comprendre la situation aujourd’hui : La « forêt usagère » de La Teste-de-Buch a une histoire bien antérieure à l’époque de la plantation intensive des pins dans les Landes, sous Napoléon III. Comme il est dit sur le site « Forêt usagère » de Wikipedia ( https://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAt_usag%C3%A8re ) , son statut de « forêt usagère » fut officialisé au XV° siècle.
     » Exploitée pour sa résine depuis plus de 2 000 ans, cette forêt de dunes n’a pas été gérée dans le cadre de la sylviculture landaise conventionnelle, ce qui lui donne un visage particulier, rare dans la forêt landaise.  »
    Cet article de Wikipedia est très bien documenté et nous éclaire sur les règles particulières de sa gestion.

  • Il semble qu’un débat ait eu lieu entre écologistes et forestiers à propos de l’entretien de la magnifique forêt usagère de La Teste désormais disparue dans les flammes.

    C’ est sûr qu’ un débat entre écologistes et forestiers ne peut déboucher sur un compromis constructif. Surtout lorsque les forestiers sont des productivistes à outrance comme c’ est le cas dans le massif forestier landais.
    Il eût fallu d’ autres intervenants, éléments modérateurs, pour arriver à un compromis ( Usagers divers et variés, collectivités locales, municipalités, scientifiques, associations et personnes totalement étrangères au problème).
    Face à cela on s’ est contenté d’ un raison binaire qui a permis de clore le débat en tournant rapidement la page, alors que beaucoup savaient que l’ on avait allumé la mèche.
    L’ état qui a voulu jouer ce rôle modérateur s’ est pris les pieds dans le tapis faute de pouvoir convaincre du fait sûrement que ses représentants n’ étaient pas des hommes de terrain et sûrement des  » parachutés » de Paris.
    C’ est exactement le même résultat obtenu par l’ Etat pour la réintroduction de l’ ours. Du copier coller qui ne mêne qu’ à des impasses stériles. Maintenant il faut espérer que tout le monde aura retenu la leçon qui doit s’ appliquer à l’ ensemble du massif landais.

    • Pierre-Michel Vidal

      « les forestiers sont des productivistes à outrance comme c’ est le cas dans le massif forestier landais » écrivez-vous, mais les céréaliers ne sont-ils pas eux aussi productivistes ? Les maïsiculteurs qui ont vu leurs rendements progresser de manière spectaculaire ? Les sylviculteurs landais se considèrent comme des industriels. La forêt est leur gagne-pain de très nombreux emplois dépendent d’eux. Ils veulent en tirer un rendement maximum, quoi de plus naturel dans une économie de marché? Ca n’est pas une forêt d’agrément pour citadins malgré son charme et sa beauté.

      • Tout à fait d’ accord avec votre propos, il n’ y a effectivement pas que les forestiers dans ce cas là. Le problème est de savoir jusqu’ à quel point faut’ il aller dans cette démarche suicidaire. Il serait souhaitable que l’ état joue le rôle d’ arbitre et fixe des règles du jeu, mais surtout les fasse respecter. Sans quoi il est tout à fait inutile de jouer les Cassandre, alors que l’ on s’ emploie par derrière à favoriser les productivistes.

         » Ils veulent en tirer un rendement maximum, quoi de plus naturel dans une économie de marché?
        Je pense que votre propos laisse supposer que sous le couvert d’ économie de marché il ne doit pas y avoir de limite, ni de morale, mais seulement le profit immédiat, comme si après nous ça devait être la fin du monde, sans compter les générations futures. Je ne partage pas du tout votre point de vue, car l’ on se doit d’ être raisonnables.

    • Pierre-Michel Vidal

      Nous sommes au cœur du problème en effet. Quelle régulation possible du système libéral? Pour le moment le libéralisme s’accommode très bien du discours écologiste qu’il intègre parfaitement. C’est la voie réformiste qu’il faudrait réactiver: celle d’un Etat plus fort et plus censé, capable de limiter les effets pervers (et les injustices) du marché. On n’en prend pas le chemin…

      • On n’en prend pas le chemin…
        Alors allons au bout de la démarche: dans le mur en klaxonnant et ne nous plaignons pas de telles situations, tels des vierges apeurées, comme on en entend certaines et certains devant les caméras, qui vont sûrement demander en pleurs le classement en catastrophe naturelle comme d’ habitude.

  • Vous écrivez : « Il semble qu’un débat ait eu lieu entre écologistes et forestiers à propos de l’entretien de la magnifique forêt usagère de La Teste désormais disparue dans les flammes. Les premiers au nom de la biodiversité favorables à un entretien minimum.(…) L’état a tranché en faveur des premiers. »
    Il semble donc que votre source d’information soit douteuse, bien que vous ne doutiez pas que l’État aurait fait le mauvais choix en donnant raison aux écologistes. Ah, ces écolos…!

    • Pierre-Michel Vidal

      Ne me donnez pas des leçons de déontologie svp! Je mets le débat du conseil municipal de La Teste au conditionnel car je n’y ai pas assisté. Je me fie modérément à ce qui en a été été répercuté par la presse locale. Par contre l’arrêté préfectoral est avéré et concret. Il s’agit en réalité d’un nouveau rebondissement tragique d’un vieux débat entre les écologistes et les sylviculteurs. Il se terminera par la fermeture du massif landais au public. L’option est sur la table depuis plusieurs années. « Ah ces écolos! » comme vous le dites vous-même.

      • Pierre-Michel Vidal

        Nous sommes au cœur du problème en effet. Quelle régulation possible du système libéral? Pour le moment le libéralisme s’accommode très bien du discours écologiste qu’il intègre parfaitement. C’est la voie réformiste qu’il faudrait réactiver: celle d’un Etat plus fort et plus censé, capable de limiter les effets pervers (et les injustices) du marché. On n’en prend pas le chemin…

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