La forêt est un état d’âme*

4.5
(58)

Les semaines que l’on vient de vivre nous ont amenés à dépasser la simple constatation des faits et à réfléchir sur ce qu’elles représentent dans notre vie physique et intellectuelle, voir de plus haut en somme.
Depuis longtemps des auteurs ont évoqué l’importance de la forêt.

« Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent. « François-René de Chateaubriand 
En fait, il n’avait pas compris que ces déserts ne sont que transitoires et que ces derniers  seraient le point de départ d’une résurgence; après les feux la vie reprend, vigoureuse, enrichie par les cendres; la dynamique s’enclenche; d’abord les petites plantes qui seront remplacées par les arbustes puis les arbres.  Cela demande des années, c’est pourquoi c’est incompatible avec une société basée sur l’exigence de la rapidité. En réalité,

La catastrophe pour l’homme est un bienfait pour la nature. 

Un proverbe africain nous dit que cette impression de catastrophe est liée au fait que 

l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse.

Dernièrement, plus concrètement,, des questions ont été posées à propos de la forêt.
 » La forêt doit-elle rester à l’état de nature (comme dirait Rousseau) ou a-t-elle besoin de l’homme pour se protéger ? « 
Avant de se prononcer  il convient  de définir ce qu’on met dans la notion de forêt.  
*Est-ce un espace naturel tel qu’il est décrit dans la revue «les forêts sauvages » comme de vieilles forêts avec de vieux et gros arbres riches en micro-habitats, une formation végétale caractérisée par l’importance de la strate arborée, mais qui comporte aussi des arbustes, des plantes basses, des grimpantes et des épiphytes. Plusieurs arbres forestiers vivent en symbiose avec des champignons et d’autres micro-organismes, et beaucoup dépendent d’animaux pour le transport de leur pollen, de leurs graines ou de leurs propagules. Du point de vue de l’écologie, la forêt est un écosystème complexe et riche, offrant de nombreux habitats à de nombreuses espèces et populations animales, végétales, fongiques et microbiennes entretenant entre elles, pour la plupart, des relations d’interdépendance.
*Est-ce un boisement mono-spécifique d’eucalyptus ou de peupliers, de pins ou de sapins d’une même classe d’âge, plantés en alignements stricts constituant une simple culture sylvicole?
La forêt des Landes offre les deux représentations :

*  Une composante naturelle,  très ancienne, avec des chênes, située en replis derrière les dunes.

*  Une composante, à l’intérieur, représentée par une culture sylvicole.

Dans le premier cas, la forêt n’a pas besoin de l’homme pour se protéger, elle se »débrouille »toute seule; au contraire, si elle est restée naturelle et stable, c’est que l’homme ne s’en est pas occupé.
Dans le deuxième cas, la persistance nécessite l’intervention humaine. « Est-ce que notre forêt était suffisamment entretenue ? Je vous dirais que non. Est-ce que ça empêché les secours d’intervenir normalement?  Eh bien oui« , déplore Patrick Davet, maire LR de la Teste-de-Buch. Face au risque d’incendie, la préfecture avait commandé des travaux d’aménagement en urgence, ils auraient dû débuter dans les prochaines semaines.
A l’ONF, l’un des objectifs est de favoriser la croissance des arbres. De leur naissance à l’âge de la maturité où ils seront coupés, les arbres sont au cœur de toutes les attentions. Pour s’épanouir, les semis, ou jeunes pousses, ont besoin d’eau, de lumière et d’espace. Tout au long de la vie d’un peuplement, les forestiers procèdent à diverses opérations sylvicoles pour assurer aux jeunes arbres une croissance harmonieuse.

Des coupes dites « d’éclaircie« , « d’amélioration » ou encore de « régénération » permettent aux espèces de bénéficier de l’espace nécessaire et d’un apport en lumière suffisant. Dans certaines situations de déséquilibre forêt-ongulés, des clôtures peuvent être installées pour protéger les jeunes pousses de la dent du gibier.

Cerise sur le gâteau,

C’est un constat qui est fait depuis quelques temps dans la forêt de Saint-Symphorien, dans le sud de la Gironde : des sylviculteurs utilisent le glyphosate pour se débarrasser de la flore aux pieds des pins afin qu’ils poussent plus vite. Les Amis de la Terre ont recensé plus de 70 herbicides et insecticides utilisés dans les bois pour le dégagement des parcelles, le désherbage avant la mise en culture, le traitement des parties aériennes ou la dévitalisation des souches.

Si la forêt naturelle, du fait de sa composition riche en feuillus s’enflamme difficilement, la fausse vraie forêt de pins ne résiste pas au réchauffement climatique; elle est d’autant plus redoutable qu’avec la résine,qui imprègne tout le tronc et les racines, l’arbre conduit le feu et l’entretient en sous sol; de plus, ses pignes, en prenant feu, sont projetées souvent loin, propageant le feu à distance et parfois l’encerclement des pompiers.

La politique ne favorise absolument pas la lutte contre ce réchauffement, elle l’amplifie au contraire par sa façon d’agir ; 

il y a non assistance à société en danger. 

Sur le terrain la fragilité demeurera et il est à craindre que  par  souci de sécurité, on s’oriente  vers une interdiction totale, et peut-être définitive, de l’accès de tous à la forêt comme cela se passe en ce moment. Pour l’éviter, il est nécessaire de changer la façon de les cultiver en introduisant des barrières de feuillus, en semant des espèces méditerranéennes et en même temps en changeant de politique environnementale afin de lutter efficacement contre le réchauffement.

  S’il fallait un jour que les forêts disparaissent, l’homme n’aurait plus que son arbre généalogique pour pleurer. Albert Einstein.

signé Georges Vallet

*Gaston Bachelard

crédits photos:Citations et proverbes – Le ParisienCitation Mokhtar Reguieg foret : Quand une forêt est en feu, c’est tout le peuple…

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne 4.5 / 5. Nombre de note : 58

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à noter cet article.

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

Souhaitez vous nous partager un avis plus détaillé ?

7 commentaires

  • L’inculture de certains, leur ignorance, ou leur parti-pris anti-écolo les mènent à dire n’importe quoi. Pour une information objective, voici le lien qui permet de connaître le point de vue des défenseurs du contrat, l’ASSOCIATIONd e DEFENSE des DROITS d’USAGE et de la FORÊT USAGERE de LA TESTE, issu de la tradition millénaire dans notre région : https://www.addufu.org/Presse.pdf

    • Pierre-Michel Vidal

      Un communiqué pro domo ce n’est pas une « information objective », c’est une information partielle voir partiale; à prendre donc avec des pincettes. Ceci étant dit: le résultat de tout cela c’est que TOUS les sentiers, chemins forestiers ou pistes cyclables sont désormais interdits, même la descente du Courant d’Huchet en barque. Autrement dit pour une durée illimitée le public n’a plus accès au massif forestier.

      •  » le résultat de tout cela c’est que TOUS les sentiers, chemins forestiers ou pistes cyclables sont désormais interdits, même la descente du Courant d’Huchet en barque. Autrement dit pour une durée illimitée le public n’a plus accès au massif forestier. »

        Illimité, pas forcément!
        J’ai donné ma « recette »pour pouvoir retrouver dans l’avenir le libre accès; il faut que les professionnels acceptent de changer de culture, de changer la façon de cultiver,de convaincre leur député et sénateur de lutter réellement contre le réchauffement.

        Rappel de mes propos dans le texte:
        « Pour que cela ne perdure pas il est nécessaire de changer la façon de les cultiver en introduisant des barrières de feuillus, en semant des espèces méditerranéennes et en même temps en changeant de politique environnementale afin de lutter efficacement contre le réchauffement. »

      • La confusion (volontaire ?) entre le sens de « Pour une information objective » et l’information elle-même sème (volontairement ?) le doute sur la démarche qui consiste à apporter une information supplémentaire pour aider chacun à se faire une opinion plus objective que le « il semble que… »

        • Pierre-Michel Vidal

          « Volontaire » ? Mais ces sous-entendus sont agressifs et vains! Cela tient du procès d’intention. Ce qui qualifie une information c’est son émetteur. Prendriez-vous pour argent comptant un communiqué de la CGT ou du ministère de l’écologie? Non! Si vous êtes « objectif »: vous dites « selon » la CGT ou « selon » tel ministère: Je ne dis pas que ce n’est pas la vérité mais ce n’est pas certain non plus. En tout cas ça n’est pas TOUTE la vérité. Nous entrons dans un monde intolérant fait de vérités toutes faites qui ne prend pas en compte la complexité des choses et où on tranche en fonction de ses inclinaisons -faites de sa fenêtre. Tout le monde se réfère au GIEC mais qui a lu son rapport de 2000 pages? Cette prétention intellectuelle, ces injonctions morales, héritées de la cancel culture américaine, sont insupportables.

  • Pierre-Michel Vidal

    Pour beaucoup de gens modestes (conducteurs d’engin, ouvrier des papeteries des Landes, pompiers, etc.) la forêt c’est avant tout un gagne-pain ce qui ne les empêchent pas de l’aimer.

    • Vous avez tout à fait raison, on pourrait rajouter les gemmeurs de jadis et c’est normal dans la forêt exploitée industriellement.
      Il est également normal de l’aimer justement parce que c’est leur gagne pain, leur habitat pour certains.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *