Souvenirs à faire naître ou à réveiller

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L’évocation de la rafle du Vel d’Hiv a réveillé un souvenir ancien pour moi. Pas si ancien que l’abomination de juillet 1942, non. C’est une des rares fois où j’ai assisté à une manifestation sportive qui se voulait apolitique (mais était-ce possible ?), sans la mémoire la mémoire du drame (13 000 disparus) qui s’était joué là quelques années plus tôt.

Je ne me souviens guère que d’une piste très relevée, surtout dans les virages. Je me souviens aussi que le mot « youpin » figurait dans le vocabulaire de mon père. Je ne crois pas qu’il était antisémite; c’était un usage commun dans le quartier où nous habitions qui était connu pour ses commerces de vêtements. Il avait d’ailleurs pour amis des travailleurs étrangers qu’il appréciait. C’était un usage qui lui avait été inculqué, comme on l’avait conditionné aux gauloises, ces cigarettes bien françaises.

Cela m’amène à interpeller les partisans du Rassemblement national. Je les considère  comme atteints de cécité ou d’amnésie, mais pas comme des ennemis. Je pense qu’ils devraient se souvenir que le fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen, parlait de l’holocauste comme d’un « détail ».
Je pense qu’ils devraient s’interroger sur la diffusion d’une culture d’extrême droite qui a nié ou minimisé l’horreur de la déportation et de l’extermination de millions d’enfants, de femmes et
d’hommes. La rafle du Vel d’Hiv, et celles qui ont suivi, y compris en zone sud du pays, ont été l’œuvre de Français et je pense qu’il serait bon de s’interroger sur ce que savaient les exécutants. Ceux de la hiérarchie, les Pétain, Laval, Bousquet et autres étaient les inspirateurs et étaient bien conscient du but de l’opération. Je veux bien admettre que les policiers et chauffeurs d’autobus étaient tenus dans l’ignorance et n’ont fait qu’obéir aux ordres. Mais certains ont prévenu des familles juives, d’autres mériteraient d’être rangés parmi les Justes qui ont sauvé des vies au risque de leur propre vie ou de leur carrière. Bien des témoignages montrent cependant qu’une assez
large frange de la population s’est détournée du sort de ceux qui étaient conduits aux camps de la mort, voire ont contribué à le sceller.

Hélas, ce n’est pas que dans les rangs de l’extrême droite que sévit sinon le racisme ou la xénophobie, du moins l’absence de mémoire ou l’indélicatesse.  Les propos de Mathilde Panot dans l’enceinte de l’Assemblée nationale à l’égard de Mme Élisabeth Borne, la qualifiant de rescapée du suffrage universel (ce qui  est inexact, car le groupe Renaissance est le plus nombreux au Parlement) alors qu’elle venait de rappeler que son père n’avait pas survécu à la déportation méritaient d’être fustigés. Cela a été fait de façon sobre par le député Jérôme Guedj par une mise en garde qu’il faudrait retenir: « Quand on s’offusque légitimement des équivalences hasardeuses et injurieuses, on s’abstient soi-même d’y céder de la même manière ».

Paul Itaulog

Laurent Joly, La rafle du Vel d’Hiv. Paris, juillet 1942. Grasset, 400
p., 24 €
Frédéric Dambreville, Les disparus de Gatti de Gamond. CFC, 800 p., 28 €
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafle_du_V%C3%A9lodrome_d%27Hiver
Cabu: dessins pour une exposition sur la déportation

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