Total a eu chaud.

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Ce n’est que par un écart de 8 puis 22 voix qu’un amendement préconisant une sur-taxation des profits de Total a été repoussé. La cote d’amour (ou de détestation) de l’entreprise a donc son importance. Son exemplarité aussi. Aux yeux de celles et ceux qui subissent les effets de l’inflation sans que leur salaire ou leur pension soit revalorisé de manière correcte, l’augmentation des profits de Total fait figure de provocation. La décote à venir en septembre et octobre sur le prix du carburant proposée par Total la fera sans doute oublier, comme sont probablement déjà oubliés l’abandon forcé par Total de son activité en Russie et son retrait de la Birmanie, deux revers d’importance pour Total. Mais cette décote sera temporaire (elle diminuera déjà en novembre et décembre et elle ne peut être considérée comme une incitation à limiter la consommation et à lutter contre le changement climatique.

Une correspondante, qui pense que les Français, et en particulier les employés, n’aiment pas leurs entreprises comme ils le devraient, propose que Total assure le reboisement des forêts qui ont subi des incendies. Je lui ai fait valoir que ce n’est pas le cœur de métier de Total et que les assurances et l’Etat prendront la question en charge. De plus je constate que les Français ne sont guère tournés vers la philanthropie. J’avais tort. Une action de reboisement entrerait dans le bilan carbone de la société et lui serait favorable.

Mais c’est une autre idée que j’avais en tête. A mon sens, ce qui constituerait un argument de poids et durable pour l’opinion publique serait que Total mobilise les sommes qui ont failli lui échapper (et celles qui ont été gagnées facilement) afin se mobiliser résolument en faveur des énergies renouvelables. Total a déjà fait un pas dans cette direction et ajouté un s au mot énergie. De plus, le moment serait favorable. Les citoyens ont pris conscience de la réalité du réchauffement climatique en grande partie dû à l’utilisation de combustibles fossiles et de ses conséquences. Si ce n’est pas le cas il faut leur montrer encore les glaciers en voie de disparition ; ils serrent le cœur et n’alimentent plus guère nos cours d’eau.

Ni l’éolien, ni la géothermie, ni l’hydrothermie ou l’hydrodynamique marines (*), ni l’énergie hydroélectrique ne peuvent réaliser un brusque changement de rythme. Au contraire une action d’envergure sur l’isolation et un déploiement rapide du photovoltaïque peuvent être entrepris. D’autant qu’il n’est pas sain que la quasi totalité des panneaux photovoltaïques soit importée de Chine ou des pays asiatiques. La fabrication de panneaux photovoltaïques exige de la silice, un matériau qui n’est pas rare, mais pas seulement. Total dispose de chimistes, mais cela ne suffirait peut-être pas. Mais Total peut nouer des alliances et devenir l’élément moteur d’un Airbus des énergies renouvelables. De plus, Total pourrait s’allier à un constructeur automobile qui fournirait des voitures électriques pour un montant mensuel abordable et offrir un petit café et le journal à lire pendant une recharge rapide avec l’électricité produite par les panneaux des toitures des stations services, des usines et des surfaces commerciales. Enfin, un regroupement des usagers autour de stations-services, de magasins ou de collèges en direction des villes pourrait faire économiser du carburant et réduire des encombrements pollueurs.

Bon, j’arrête parce que vous allez dire que je rêve (mais Airbus et Ariane-Espace existent, non ?). Votre opinion serait renforcée si j’ajoutais que fournir de l’énergie provenant du soleil à des pays ou des villages qui souffrent de l’état dans lequel nous allons laisser la planète serait un facteur de paix dans un environnement géopolitique troublé en Afrique et dans d’autres parties du monde.

Paul Itaulog

(*) utilisation des courants marins et du gradient de température entre les eaux de surface et les eaux profondes, comme dans la fosse du golfe de Gascogne.

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10 commentaires

  • J’ai déjà eu l’occasion de me questionner sur les compétences des auteurs d’articles sur les questions d’énergie, c’est le cas ici aussi.

     » Total pourrait … offrir un petit café et le journal à lire pendant une recharge rapide avec l’électricité produite par les panneaux des toitures des stations services, des usines et des surfaces commerciales »

    La recharge rapide d’une voiture électrique nécessite au bas mot une puissance de 50 kW. 1 m² de panneau photovoltaïque développe 200 Wc (c’est à dire 200 W dans les meilleures conditions d’ensoleillement, panneau perpendiculaire au rayonnement). Il faut donc 250 m² de panneaux pour la recharge rapide d’UNE SEULE voiture : autant dire qu’une simple station service ne pourrait charger qu’une voiture à la fois… à condition qu’il y ait du soleil, qu’il soit au zénith, etc. En début ou fin de journée, ou en hiver, cela se transformerait en une recharge « lente ». Et ne parlons pas de la nuit.

    Les ordres de grandeur en jeu rendent votre suggestion irréaliste à grande échelle.

    Et les progrès à attendre sur le rendement des panneaux photovoltaïques sont marginaux. Au mieux à long terme on peut espérer un doublement du rendement : c’est très bien, mais cela ne changera pas les ordres de grandeur du problème.

    • Michel LACANETTE

      Autrement dit l’ électricité « pas chère » et à volonté n’ est qu’ un doux rêve politique de campagne électorale qui nous mène droit dans le mur. La seule solution viable est la sobriété équitable et volontaire.

      • Oui, et le mot clé est « équitable », concernant la sobriété. A ce jour, nous pouvons douter de l’empressement des autorités à forcer les entreprises de transport routier à pratiquer la sobriété, qui sous-entend réduction d’activité, donc des bénéfices.

        • Michel LACANETTE.

          On demande à la population de faire des efforts de sobriété, alors qu’ elle ne représente qu’ en gros 20%
          de la consommation d’ énergie, mais rien, ou si peu n’ est demandé aux gros consommateurs d’ énergie qui eux de plus bénéficient de dégrèvement fiscaux importants ( Transport aérien, Agriculture intensive, Marins pécheurs de hauts fonds, Transporteurs, Industries Chimiques, etc, etc ) dont ils ne font pas bénéficier au final les consommateurs. Les contributeurs d’ Impôts sont au final les dindons de la farce.

    • La compétence de recherche des solutions par des idées nouvelles est l’apanage de tout citoyen libre. Dans un contexte où trop peu d’entre eux s’exposent à échanger, s’impliquer pour le bien commun, là où les nouvelles générations préfèrent noyer leur temps dans les réseaux nombrilistes Tiktok, Instagram, snapchat Twitter and CO, il ne faudrait pas qu’en plus, ceux qui détiennent une certaine technicité dans un domaine bien précis s’adjugent de l’exclusivité du droit de réfléchir, d’émettre une idée, de partager une hypothèse sur leur domaine de prédilection y compris avec quelques marges d’erreurs.
      Leurs apports sont utiles à tout un chacun et évidement les bienvenus mais c’est toujours après un large échange que les meilleurs décisions sont prises.

      Ceci étant dit, merci pour le rappel rationnel des rapports entre surfaces photovoltaïques et capacités de production électrique et retenons que l’auteur avait pris soin de mentionner usines et surfaces commerciales à l’ajout des surfaces,il est vrai très réduites, offertes par une simple station service .

      Sans jouer les avocats de TOTAL, on pourra mentionner à son actif d’être largement engagé depuis quelques années dans le GNL, le photovoltaïque avec SUNPOWER
      ( dont on attend toujours les panneaux au stade du hameau promis par Mr BAYROU ? ) et les gigas batteries avec sa filiale SAFT qui sont un élément essentiel de l’optimisation des énergies renouvelables .
      Dans les idées nouvelles concernant le photovoltaïque aux surfaces particulièrement gourmandes, les emprises ferroviaires commencent à faire l’objet d’expérimentation…
      Ça va pas assez vite, mais on avance quand même…

      • Les citoyens sont sans doute trop peu à s’impliquer concrètement (et je ne fais pas exception), mais contrairement à vous je ne trouve pas qu’ils soient trop peu à « échanger », si on peut appeler cela ainsi. Ce serait même plutôt le contraire, comme on l’a vu durant la crise de la covid-19, où tout le monde avait un avis sur le virus, son origine, sa virulence, les moyens de le combattre, et où la France comptait des millions de médecins en génération spontanée.

        Les sujets abordés sont complexes. Pas inabordables par les citoyens curieux, mais encore faut-il avoir la volonté de se documenter sérieusement, et en sélectionnant des sources fiables. Ce dernier point n’est pas le moindre des écueils : que risque de conclure un lecteur du présent article ? Que yakafokon, qu’il suffit que Total ou d’autres mettent quelques panneaux solaires sur leurs stations et ça roule en électrique… Si je n’étais pas tombé dessus incidemment, quelqu’un d’autre aurait-il relevé le problème d’ordre de grandeur ? Peut-être… Mais de toutes façons beaucoup s’arrêtent aux articles sans lire les commentaires.

        Quand on écrit un *article* sur un sujet, et pas juste une réaction rapide sur un réseau social, il me semble qu’on a le devoir de se documenter soi-même un minimum pour pouvoir prétendre à une certaine pertinence. Au risque sinon d’induire les gens en erreur. Mais peut-être suis-je un peu vieux jeu !

    • « La fabrication de panneaux photovoltaïques exige de la silice, un matériau qui n’est pas rare, mais pas seulement. »

      En résumé, pour les panneaux photovoltaïques, la silice c’est pour la partie verre qu’il faut chauffer à 2300°C avec de la soude ensuite il faut le transformer pour avoir du verre trempé thermique ou chimique et donc encore une manipulation supplémentaire en faisant monter la T° à 500°C.
      Idem pour le quartz qui donnera du silicium après être passé dans des fours à très haute température, transformé en lingots, et ensuite purifié. Les lingots seront découpés en tranche et traités au phosphore et au bore etc… Et pour terminer le panneau, il faut un fond, un cadre en aluminium, une feuille de plastique transparent et des silicone pour assurer l’étanchéité sur 10, 15,20 ans et des connecteurs.

      En hiver, ces panneaux ne produiront de l’électricité que 6 heures /jour, production qui peut être réduite à nulle, si c’est nuageux ou si les panneaux ne sont pas nettoyés régulièrement et avec une durée de vie aléatoire en cas de casse due aux tempêtes de grêle.

      Quelle surface de panneaux photovoltaïque faudrait-il installer pour produire l’équivalent de 24,55TWh des 4 générateurs (4 x 900Mw) de la centrale nucléaire du Blayais ?
      Pour info, après le parc de 260 hectares de Cestas (350GWh/an), un nouveau parc de 1000 hectares à Saucats de 1Gw est à l’étude.
      L’association de défense de l’environnement SEPANSO remarque que : « la centrale de Cestas produit en moyenne chaque année 350 GWh d’électrons dits « verts » soit environ 5% de la production électrique d’un des quatre réacteurs du Blayais. Ce qui veut dire qu’il faudrait environ 5 340 hectares de panneaux photovoltaïques aussi denses, pour produire annuellement autant d’électricité qu’un réacteur de 900Mw ». J’ai des doutes sur leur calcul.

      35 millions de voitures composent le parc automobile français, un peu plus pour l’Allemagne.
      L’Europe veut du tout électrique en 2035. C’est du délire de parlementaires européens.
      Ne devrions nous pas, dans les écoles, montrer aux élèves ce que c’est que de produire de l’électricité, par exemple allumer une lampe de 20w incandescent ou 4w led, avec une simple dynamo montée sur un pédalier de vélo. Faites l’expérience, ça remet les idées en place.

      Une batterie 100% électrique c’est du cobalt + nickel + cuivre + lithium. Toutes les carrières du monde entier n’y suffiraient pas pour tout le parc mondial de véhicules.
      Comment feront nos militaires avec leurs engins de transports de troupes, tanks, les pompiers etc… s’ils sont tout électrique ??
      Comment fera-t-on en hiver la nuit lorsqu’il n’y aura pas de vent pour les éoliennes pour recharger les batteries de 35 millions de voitures, alors qu’il faudra en même temps que l’on se chauffe, recharger nos téléphones portables, faire fonctionner les appareils de chauffage, cumulus, frigos, congélateurs, télévisions, éclairage public, centrales data, chemin de fer, internet etc…?
      La construction de l’EPR de Flamenville a démarré en 2007 et sera peut-être en production en 2023-2024 soit 17 ans pour construire une centrale de 1650MW.
      50% du parc nucléaire est actuellement à l’arrêt pour entretien.
      Que va-t-il se passer cet hiver si nous avons un coup de froid à -5°C -10°C pendant 8 à 10 jours ? etc…etc…
      Combien faudrait-il d’éoliennes de 2Mw chacune pour produire autant d’électricité que les 4 générateurs du Blayais, et encore quand il y a du vent ? A raison d’une éolienne tous les 100 mètres, c’est 1800 éoliennes à installer sur 180 km de chaque côté de l’estuaire de la Gironde. Je pense que les citoyens ne seront pas d’accord.

    • Pierre-Michel Vidal

      « J’ai déjà eu l’occasion de me questionner sur les compétences des auteurs d’articles sur les questions d’énergie, c’est le cas ici aussi ». C’est vous qui le dites M. Cabrera et en effet cela pose la question même de la pertinence de ce site pour une bonne part de ses contributions: Peu de recul sur ce que nous assène les médias et tout simplement peu d’esprit critique. Les domaines scientifiques voir macro-économique ou technique sont devenus si complexes que tout point de vue tranché s’apparente à un simple propos de comptoir. Ceci dit tout le monde a le droit d’y croire et d’exprimer son point de vue. Tolérance et bienveillance sont les mamelles de la démocratie…

  • A propos des panneaux photovoltaïques vous écrivez :  » … la quasi totalité des panneaux photovoltaïques (est) importée de Chine ou des pays asiatiques. La fabrication de panneaux photovoltaïques exige de la silice, un matériau qui n’est pas rare, mais pas seulement. Total dispose de chimistes, mais cela ne suffirait peut-être pas. »

    Fabriquer des panneaux photovoltaïques est à la portée de tout investisseur : la technologie n’est pas celle, bien plus sophistiquée, de la fabrication de circuits intégrés. C’est le coût de fabrication qui rend sa fabrication difficile en Europe. Pourtant non avons déjà, en Europe, des fabricants de plaquettes de Silicium. On ne voit pas Total se lancer dans une aventure économiquement pas rentable, mais, suggérons-le, qui pourrait lui servir à verdir son image de rapace, par une opération de greenwashing.

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