Jusqu’à Biarritz (seconde partie)

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Vladimir Poutine a vécu six ans en ex-RDA, de 1985 à 1991, comme fonctionnaire des services secrets soviétiques (KGB) dont il prit par la suite la direction en 1998-99 pour accéder au pouvoir à Moscou. Ses années en RDA furent les plus belles de sa carrière. Il en a la nostalgie. Il l’a lui-même dit à la télévision. Or, lorsqu’il a dû quitter la RDA en 1991 sur ordre de Gorbatchev, un plan soviétique d’attaque de l’Occident avec appui nucléaire tactique existait bel et bien. Les Occidentaux l’ont découvert dans des documents abandonnés par les Russes à Varsovie et Berlin-Est après la libération de l’Europe de l’Est. On peut être sûr que le service de renseignement de l’armée soviétique, le GRU, en a emporté quelques copies en Russie et que Poutine les a lues et adaptées à la nouvelle situation.

Ce plan militaire comportait à l’époque deux volets, l’un étant la prise de Berlin-Ouest, l’autre une offensive générale contre l’Ouest. L’attaquant serait le Pacte de Varsovie qui regroupait sous la férule de l’Armée soviétique les forces armées des pays satellites. Mais investir Berlin-Ouest serait l’affaire de l’Armée est-allemande, la NVA, et du service secret de la RDA, la Stasi. Placé en première ligne, l’état-major est-allemand jugeait le moment propice. L’euphorie de sa victoire dans la Guerre froide avait aveuglé l’adversaire occidental. Il était prévu d’organiser d’abord des manifestations de gauchistes et de saboteurs infiltrés à Berlin-Ouest pour y semer le chaos. Après une percée des troupes frontalières de RDA au Nord de la ville en secteur français, la 6ème brigade d’infanterie blindée soviétique mènerait l’attaque sur le cœur de la ville. Les assauts des régiments motorisés est-allemands et des hélicoptères n’excluaient pas des tirs à l’arme lourde.

Le document Schwanitz, comme s’appelait ce plan, prévoyait qu’après avoir pris les bâtiments de la radio-télévision, on occuperait les commissariats de police, les services de renseignement et de contre-espionnage, puis les administrations, les bâtiments universitaires, les centrales des grosses entreprises et des partis et les banques de données. Ces missions seraient confiées surtout aux équipes de la Stasi et à son Régiment de la Garde Feliks Dzerjinski. La Stasi avait préparé des listes de noms et adresses de « personnes anticommunistes », susceptibles de pratiquer « de la diversion politico-idéologique » et d’être des « terroristes potentiels », en tête les « journalistes anticommunistes ». Exactement 604 de ses agents seraient chargés de les arrêter et de les interner dans 35 camps. Un cordon de quatre mille soldats des troupes frontalières cernerait la ville et arrêterait tous les voyageurs en transit pour les enfermer eux aussi.

Venait ensuite le gros du travail : la conquête de l’Europe occidentale. Six lignes d’assaut viseraient le Jutland et les détroits menant de la Baltique à la Mer du Nord, ainsi que la plaine du Nord de l’Allemagne, la côte de la Mer du Nord et les Pays-Bas. Cette offensive balaierait la Ruhr, le Bas-Rhin, le Brabant. Une autre ligne d’assaut visait la France par la ligne du Main, la Rhénanie-Palatinat, le Luxembourg, la Sarre, la Lorraine en direction de Reims et de Châlons-sur-Saône. Le Nord de la Bavière, Ratisbonne, Ulm, Stuttgart, la vallée du Rhin, Mulhouse, Belfort et Besançon subiraient d’autres vagues d’assauts. L’Autriche et la Suisse neutres formaient un couloir dans lequel les troupes du Pacte s’engouffreraient sans ne guère rencontrer de résistance. L’opération serait menée en quinze jours avec Biarritz comme ultime étape. Il était aussi prévu de prendre le Nord de l’Italie à partir de l’Autriche.

Les plans prévoyaient l’emploi de 87 armes nucléaires tactiques de 3 à 100 kilotonnes sous forme de 20 bombes et de 67 ogives de missiles SS-21 à moyenne portée et Scud à courte portée. Les documents ne faisaient aucune allusion aux risques pour les populations. Il y avait en revanche sur le territoire de la RDA 33 bunkers antiatomiques. Équipés de générateurs d’électricité, des transmissions et de réserves de nourriture et d’eau, ils auraient permis à l’élite communiste de survivre pendant quatre semaines sans mettre le nez dehors. Il n’en irait pas autrement aujourd’hui. Sauf que l’armée du Kremlin a perdu du terrain en 1990-91 par la faute de Gorbatchev, selon Poutine. L’Atlantique est un peu plus loin qu’en 1990. Sans doute le despote russe avait-il l’intention de procéder graduellement pour « sauver » l’Allemagne et la France de l’influence américaine, comme il a si bien entrepris de « sauver » les Ukrainiens.

Mais ceux-ci n’ont pas voulu se laisser « sauver ». Ils ne connaissent que trop leur ancien « pays frère ».

Jean-Paul Picaper

Crédit photo charentelibre.fr

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