Les destructeurs doivent être les payeurs

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C’est beaucoup anticiper que de penser que la guerre en Ukraine va bientôt finir et qu’il faut penser à la paix revenue et à la reconstruction. Mais, même si cet horizon est lointain, il faut bien l’envisager, ce qui, à ma connaissance, n’a pas été fait, ou divulgué. Pourtant, la charge de la reconstruction va être lourde : habitations, hôpitaux, écoles, théâtres, maternités ont été bombardés. Et, dernièrement, ce sont 30 % des centrales électriques de l’Ukraine qui ont été mises à mal. L’Ukraine va sortir affaiblie du conflit. L’Europe a financé une aide militaire sous forme d’armements, de livraisons et de formations. Elle y a consenti car elle a senti que tel était son devoir. Mais elle ne peut assumer la charge de destructions considérables souvent ordonnées par vengeance ou pour terroriser la population. C’est donc la Russie qui devra payer. Si sa population devient consciente que cela est inéluctable, sa vision du conflit changera, comme elle a déjà changé après des actes de rébellion pleins de courage, et aussi après que la mobilisation a été décrétée. La fuite de centaines de milliers d’hommes est un signe patent. Les hommes en âge de combattre ne veulent pas donner leur vie pour une guerre qu’ils n’ont pas souhaitée.

Mais la question dépasse le conflit actuel. D’autres « opérations spéciales » peuvent surgir, dans bien des régions du globe. C’est donc partout qu’il faut renforcer les chances de la paix future en édictant un principe simple et clair : les envahisseurs doivent financer les reconstructions. En effet, avec les contestations qui émergent et les désertions qui sont désormais légions, faire valoir un tel principe général est constituer pour l’avenir un frein à toute force guerrière qui ne manquera pas de se manifester dans le monde.

Est-ce qu’en écrivant cela je veux punir le peuple russe ? Non, c’est un grand peuple dont j’admire les héros, que ce soit en littérature, en sciences ou en musique. Mais tout peuple a sa part de responsabilité dans ce que font ses dirigeants. Payer de sa propre bourse sensibilisera peut-être plus que le risque de payer de son sang, ou de sa chair, une guerre décidée par un dirigeant belliciste. Un tel dirigeant sera alors un peu plus conscient du risque d’impopularité qu’il encourt avec une pénalité économique pour son pays. Certes les dictateurs ne considèrent cela qu’à la marge. Mais c’est bien souvent parce qu’ils considèrent qu’ils ont les mains libres et que leur peuple ne réagira pas. Ce qui n’est pas toujours le cas. Pour des destructions considérables comme celles en Ukraine, la facture sera lourde, même pour le pays le plus étendu du monde. Mais n’est-il pas normal qu’elle revienne aux envahisseurs plutôt qu’aux envahis ou aux amis de ceux-ci ?

La crainte d’un appauvrissement de tout un peuple doit changer de camp. Ce n’est pas au peuple envahi qu’il revient d’avoir la charge de la reconstruction, ni aux états amis qui l’ont soutenu. Que ce soit la communauté internationale qui doive soutenir ce principe et son application peut préserver de tout esprit revanchard, comme cela a été le cas après la première guerre mondiale avec le traité de Versailles et ses fâcheuses conséquences.

Utopie ? Peut-être, mais nous avons besoin d’utopie. Et par ailleurs, il arrive que des rêves qui semblaient inatteignables se réalisent. Par exemple, les droits humains sont maintenant reconnus au plan mondial, même s’ils ne sont pas toujours appliqués dans les faits et s’ils sont tributaires de coutumes ou de croyances. Mais leur affirmation n’est pas sans conséquences.

Les droits des nations ne sont pas aisés à définir car l’histoire a emprunté des voies souvent sinueuses. Mais les origines des guerres ne sont pas si mystérieuses qu’on ne puisse les déterminer. Et serait-il plus difficile de définir les droits des nations que le droit des humains ?

Paul Itaulog

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5 commentaires

  • Je ne crois pas non plus au miracles. Mais j’observe que depuis hier (et sans doute bien avant) les Allemands pensent à la reconstruction. Peu leur importe les payeurs. Ils pensent essentiellement au marché qui s’ouvre devant eux. Mais tous les pays d’Europe n’ont pas leurs réserves et leur solidité économique. Et nous avons d’autres choses à faire, comme la rénovation des logements.

    Par ailleurs, je suis bien conscient que le coût de la reconstruction ne peut pas être imposé par les vainqueurs (à supposer qu’il y en ait); je n’ai pas oublié les conséquences du traité de Versailles. Mon argument est à long terme, et représente aussi une menace ou un avertissement qui vaut bien une menace nucléaire. Les Russes ont assez souffert de privations et de famines pour craindre une lourde charge financière. Et la crainte peut être le commencement de la sagesse. Si M. Poutine ne la perçoit pas, d’autres la ressentiront.

  • Riche idée que celle de vouloir faire payer le peuple russe. Les vainqueurs de la WWI ont voulu faire payer le peuple allemand à l’époque, et ça a contribué à l’ascension d’Hitler et in fine à conduire à la WWII.

  • Pierre-Michel Vidal

    Il semble bien trop tôt pour présumer d’une défaite russe. Qu’en est-il réellement du rapport de force sur le terrain? Poutine peut-il envisager de perdre, de changer de politique c’est à dire de s’effacer du paysage politique russe ? Le mouvement démocratique russe est-il en mesure de gagner la partie? …Ne prenons pas nos désirs pour des réalités: le rapport de force reste largement en la faveur de l’envahisseur Russe et sa détermination à mettre au pas l’Ukraine ne change pas. Il est donc présomptueux, prématuré d’évoquer les coûts de ce cette guerre sanglante et de décider qui devra payer. Il faut d’abord voir qui sera en position de force pour imposer un règlement. Cela reste incertain malgré ce que nous serinent les médias.

    • Il faudra que notre Président appelle beaucoup Vladimir Poutine au téléphone pour le faire changer d’ avis.
      Des fois les miracles ont lieu à d’ autres endroits qu’ à Lourdes.

      • Pierre-Michel Vidal

        On peut croire aux miracles. En ce qui me concerne je pense au contraire qu’après l’Ukraine il y en aura d’autres et en particulier Taïwan commandité par les amis de M. Bayrou. Ils l’ont annoncé très clairement. Il suffit d’attendre… Là ça va saigner, car les américains ne laisseront pas faire comme les européens le font aujourd’hui.

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