Réflexions

L’actualité immédiate conduit à s’interroger sur l’évolution de notre société parce qu’il s’agit bien de cela. Des événements divers se produisent devant nos yeux et chacun, comme moi, n’est pas certain d’en comprendre le sens. Alors les réflexions et interrogations sont ouvertes.

Le bilans des grands débats. A Pau, il faut le reconnaître, les différents actes du grand débat national se sont déroulés dans de bonnes conditions. Même si quelques questions se posent sur la place de François Bayrou qui, en réalité, a été plus un débatteur qu’un simple animateur. Il a le mérite d’avoir été très présent. Cependant, même si l’idée était bonne d’inviter ceux qui ont été appelés les « grand témoins », il eût été plus valable de les solliciter davantage. Ils étaient là pour apporter des éclairages sur la pertinence de certaines revendications des gilets jaunes. Maintenant, sur le plan national, il faut laisser la place au bilan. On se demande comment toutes ces idées, toutes ces propositions pourront être analysées. Déjà se font entendre des critiques sur la réelle objectivité des algorithmes qui serviront à ce dépouillement inédit.

Les manifs. Samedi 16 mars ont été organisées (ou inorganisées) plusieurs types de manifestations. D’abord celle des gilets jaunes qui a entraîné des violences et dégradations graves. Il faut rappeler que ce mouvement a débuté le 17 novembre 2018. Ce qui s’est passé ne peut être admis plus longtemps. Les forces de l’ordre font l’objet de critiques, et leur efficacité est mise en doute. On s’interroge : manque de moyen ou manque de coordination. Les politiques sont à la recherche d’un fusible.

Ce même samedi, des jeunes étaient descendus dans la rue. Leur manifestation se nomme « la marche du siècle pour le climat ». Ils ont été pour un modèle de calme et de modération. Il n’y a pas eu d’incidents. Ces collégiens ou lycéens ont manié l’humour pour alerter l’opinion. L’humour, oui à en juger par cette pancarte sur laquelle était inscrit : « Les calottes sont cuites ». Sans doute la meilleure manière d’être entendu.

Un autre modèle, s’est aussi déroulé en Algérie. La population est dans la rue pour sauver la démocratie qui pourrait bien être confisquée. Ils ne cassent rien, agissent dans la dignité et avec beaucoup d’humour, eux aussi.

Collapsologie. Voilà un néologisme qui va faire les beaux jours des penseurs ou de ceux qui se classent dans cette catégorie. Une autre fin du monde est possible nous disent-ils. Ce serait l’effondrement de la civilisation industrielle telle que nous la connaissons depuis deux siècles. Il faut se préparer à un grand changement, comme une sorte de révolution de notre manière de vivre. Mais pourquoi être pessimiste ? A quoi ça sert sinon à décourager les gens ?

Que l’on se place du côté des gilets jaunes, du côté des jeunes qui nous alertent sur l’évolution du climat ou enfin du côté de ceux qui prônent un changement pour les générations à venir, le point commun tient dans le mot révolution. Alors en guise de conclusion, ce dialogue entre Raymond Aron et Charles de Gaulle :

R. Aron : « Les Français font de temps en temps une révolution, mais jamais de réformes. »

C. de Gaulle : « Il ne font des réformes qu’à l’occasion d’une révolution ».*

Pau, le 18 mars 2019

par Joël Braud

 

* In De Gaulle, le politique de Jean Lacouture. Édition du Seuil.

Grand débat palois, acte V

Si l’on devait faire un bilan de ce cinquième « Grand Débat », il serait forcément contrasté. D’un côté, les éternels donneurs de leçon qui croient apprendre aux participants les banalités et utopies qu’ils développent ; et de l’autre les grands témoins particulièrement intéressants. Mais il faut regretter que dans cette accumulation de prises de paroles des réponses n’aient pas été apportées à certains sujets.

Il avait lieu ce vendredi 8 mars 2019, comme toujours au Parc des expositions. Comme l’intérêt pour le mouvement des gilets jaunes, le nombre des participants s’émousse ; une petite centaine de participants. Les grands témoins étaient :

– David CARASSUS, professeur en sciences et gestion, responsable du master « Management public des collectivités locales » à l’Institut d’administration des entreprises (I.A.E.) de Pau-Bayonne, directeur de la chaire OPTIMA (Observation du Pilotage et de l’Innovation Managériale locale) ;
– Valérie PARIS, présidente de la Caisse primaire d’assurance maladie Béarn et Soule ;
– Jean GOURDOU, professeur de Droit public à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, directeur du centre de recherches de Droit public ;
– Fabienne BASCOU, vice-présidente de la Caisse d’allocation familiale Béarn et Soule ;
– Denys de BECHILLON, constitutionnaliste, professeur de Droit à l’université de Pau et des Pays de l’Adour ;
– Jean MARZIOU, ancien rédacteur en chef de La République et l’Éclair ;
– hilippe TUGAS, ancien chef d’agence à Sud Ouest et ancien rédacteur en chef de La République et l’Éclair.

Le sujet retenu était : L’organisation de l’État et des collectivités publiques.

Il faut reconnaître qu’il y a eu des questions de fond et ce sont d’ailleurs deux femmes qui ouvrent la série. La première parle de la constitution et demande si le nombre des députés – 577 – et de sénateurs – 348 – n’est pas trop élevé. Elle interroge sur la saisine du Conseil Constitutionnel. Une autre demande ce qu’est le Conseil Économique Social et environnemental et quelle est sa fonction.

Denys de Béchillon répond que le Conseil Constitutionnel est un juge qui a pour mission de vérifier que les lois sont conformes à la constitution. C’est votre ami, dit-il. Crée en 1958 sa saisine n’était ouverte qu’à l’opposition politique. En 1974 par une modification des textes, il a été possible de le saisir par référendum et en 2010, il a été décidé qu’il pouvait être saisi à l’occasion d’un procès par un particulier ; c’est la fameuse « question prioritaire de constitutionnalité ».

Puis un homme livre ses réflexions sur le trop grand nombre d’échelons entre l’État et la collectivité de base qu’est la commune. Il s’interroge sur la pertinence des grandes régions et considère qu’elles n’ont pas permis de faire des économies d’échelle. Pour lui il faut donner à chaque niveau administratif une part d’autonomie fiscale. Le regroupement des communes devrait se faire d’initiative ou sous contrainte réglementaire.

Jean Gourdou pose les questions suivantes : Comment lutter contre le millefeuille territorial ? L’aménagement des territoires, la marge de manœuvre des budgets des collectivités territoriales. Qu’est-ce que le régalien ? Ce qui me choque, dit-il, c’est l’uniformisation des structures.

David Carassus souligne que pour ce qui concerne le millefeuille, le problème vient du fait que les feuilles n’ont pas de relation les unes avec les autres. Il faudrait passer du millefeuille à une structure de réseau.

Denys de Béchillon se prononce sur le R.I.C. (référendum d’initiative citoyenne). Le RIC ne peut être utilisé pour changer la constitution. Il peut être envisagé pour des choses qui ne sont pas des questions de société. Or pour répondre à un intervenant qui proposait un référendum pour lever l’interdiction imposée à l’État par la loi de 1905 sur la laïcité parce que cela permettrait de choisir entre les différentes formes de l’Islam, il rappelle que le problème de l’Islam est à l’évidence une question de société. D’autre part, on ne peut faire un référendum si préalablement le Sénat et l’Assemblée nationale ne sont pas saisis. Il faut protéger nos droits qui sont notre patrimoine le plus précieux. L’anxiété est mauvaise conseillère. Il ne faut pas trop facilement modifier la constitution, et surtout ne pas le faire dans l’émotion.

Fabienne Bascou pose une question sur les membres du Conseil constitutionnel. Ils ne sont pas élus dit-elle. Les juges du Conseil constitutionnel sont en train d’ordonnancer et de judiciariser la politique.

Ce à quoi, Denys de Béchillon répond que la tradition française veut que nous n’élisions pas nos juges. Le juge est tenu d’exposer le caractère juridique de sa décision. Il s’agit d’un tiers désintéressé et impartial. Il est fragile, humain, mais c’est ce qu’il y a de moins mal.

Valérie Paris fait part de son soucis d’ouvrir les services publics. Nous essayons de faire en sorte que tout ne soit pas « tout numérique ». Elle plaide pour un accueil humain. Il existe un projet de présence médicale dans le 64.

Cette fois-ci les grands témoins sont intervenus plus souvent ce qui a donné de l’épaisseur au débat. La conception première de ce genre d’exercice est à la fois de permettre à chacun de s’exprimer mais surtout d’apporter un éclairage sur les sujets évoqués, éclairage provenant de personnes qualifiées et opportunément sélectionnées.

Cela n’a pas empêché des interventions complètement décalées. Ainsi pour ne rapporter qu’un exemple, un gilet jaune (parce qu’il y en avait quelques uns) a parlé des francs-maçon en interpellant François Bayrou. Il avait un ton agressif et n’a jamais dit très clairement les reproches qu’il formulait à l’endroit de cette organisation. Mais la théorie du complot sourdait entre les lignes. François Bayrou a bien répondu, sans convaincre. Le lendemain à Tarbes, des Gilets jaunes causaient des dégradations dans un temple maçonnique. Jusque là il n’avait pas été établi qu’il existait un contentieux entre les gilets jaunes et la franc-maçonnerie.

Pour ma part, je suis resté sur ma faim. J’ai posé une question sur l’élection des députés à la proportionnelle. Je m’adressais bien évidemment à Denys de Béchillon dont je crois connaître l’orientation à ce propos. François Bayrou, selon une technique bien rodée, a classé en attente plusieurs questions dont la mienne. C’est une façon qui se croit habile pour refuser l’obstacle. Je n’ai eu droit à la fin qu’à la réponse de François Bayrou. Dommage ! le débat entre un politique et un juriste de haut niveau, aux opinions différentes, aurait été très enrichissant.

Ce débat était le cinquième et le dernier. Tout le monde est en attente du dépouillement des doléances. Que va-t-il en sortir ? Personne ne le sait. Mais déjà, il est possible de dire que le principal intérêt s’est porté sur la fiscalité. Attendons, nous verrons, mais les politiques en responsabilité sont maintenant dans l’obligation d’agir. Attention aux déceptions…

Pau, le 12 mars 2019

par Joël Braud

Grand débat palois acte IV

Vendredi 1er mars 2019, s’est déroulé le quatrième grand débat palois. Le thème en était : Impôts, dépenses et action publique, fiscalité et économie. Il faut admettre et sans doute le regretter, que peu de monde avait répondu présent comparativement aux autres éditions. Cependant malgré ce public restreint ce fut un débat de très bonne tenue. C’est sans doute là le plus important.

Toujours dans le rôle de monsieur loyal qui s’était engagé, il y a maintenant quelque temps, à une stricte neutralité, François Bayrou (Bayrou comme Bayonne, nous a-t-il tant de fois répété).

Et les grands témoins sont :

-Frédéric Cabarrou, directeur départemental de la banque de France des Pyrénées Atlantiques,

-Philippe Cazes-Carrère, chef d’entreprise, président du groupe APR,

-Valérie Paris, présidente de la Caisse primaire d’assurance maladie Béarn et Soule,

-Fabienne Bascou, vice présidente de la C.A.F. Béarn et Soule,

-Jacques Le Cacheux, professeur d’économie, spécialisé dans les finances publiques,

-Jean Marziou, ancien rédacteur en chef de la République et de l’Eclair,

-Philippe Tugas, ancien chef d’agence à Sud Ouest et ancien rédacteur en chef de Pyrénées presse.

La première question revient à une femme qui évoque une forme d’hypocrisie des banques. Elle demande en effet pourquoi les banques françaises possèdent des filiales dans les paradis fiscaux. Le directeur de la banque de France répond qu’il s’agit là de la liberté d’entreprise. François Bayrou précise ici que la question de l’évasion fiscale est une question civique comme le travail au noir.

Mais déjà le ton est donné, il portera essentiellement sur le souci de chacun du respect de l’égalité devant la fiscalité.

Puis certains contesteront la TVA, ; d’autres s’étonneront qu’il existe deux CSG, la déductible et la non déductible ce qui a pour conséquence que chacun paie des impôts sur des impôts. A ce propos, Jacques Le Cacheux répond que cette distinction est en effet très peu lisible. Plus tard il précisera, toujours à propos de la CSG qu’elle est en réalité un impôt sur le revenu calculé à partir du premier euro. Ce qui relègue au niveau anecdotique ce récent débat soulevé par une membre du gouvernement. Une intervenante défend les familles et souhaite que l’impôt prenne en compte la composition familiale. La question également évoquée par le maire de la dépendance, le coût des EHPAD.

Il serait en réalité difficile d’évoquer tous les sujets qui sont abordés tant ils sont à la fois nombreux et divers. Mais retenons quand même le sujet de la réduction des dépenses publiques. A ce propos est évoquée la situation de l’Allemagne où les prélèvements sont inférieurs de 8% à ceux de la France. A cela l’édile palois répond que, en Allemagne, les retraites ne relèvent pas des finances publiques. Jacques Le Cacheux fait ici une réflexion intéressante en signalant que la densité de population étant différente de celle de la France, les distances sont moins grandes ce qui a une incidence sur le coût des services publics. Mais il reste et cela est rappelé opportunément par Valérie Paris que, en Europe, sur 28 pays 27 ont réussi à baisser leurs dépenses, mais pas la France.

Pourtant il n’est pas inutile de lister quelques questions sans pour autant prétendre à l’exhaustivité :

Ainsi une dame s’étonne qu’habitant à Pau, en limite de Bizanos, lorsqu’elle compare ses impôts locaux avec ceux de ses voisins, elle est sidérée de constater qu’il existe une telle différence entre les deux villes. Elle souhaite une harmonisation au niveau de la communauté d’agglomération. Et pourquoi pas au niveau national dira un autre.

Les dépenses consacrées à la défense nationale (36 milliards).

La dette qui s’élève actuellement à 2350 milliards au plan national tandis qu’au niveau des collectivités territoriales elle est de 150 milliards.

L’ISF à propos duquel le député Jean-Paul Matteï reconnaît avoir voté la suppression parce qu’il considère qu’il faut protéger le patrimoine professionnel, ce dernier étant productif d’emploi. Il faut distinguer selon lui, le patrimoine productif du patrimoine non productif.

Laissons la conclusion à certains grands témoins. Une grande question a été évoquée ici, celle de la justice fiscale. Le système est moins juste qu’il ne l’était il y a vingt ans (Jacques Le Cacheux). Ce débat a été sage et de haute tenue. Les citoyens sont matures. Des paradoxes sur l’utilité de l’impôt transparaissent. Il y a une urgence absolue à se mettre au travail pour aboutir à une réforme, une solution de remplacement à l’impôt (Jean Marziou). Nous n’avons pas beaucoup parlé le l’évasion et de la fraude fiscale qui représentent 100 milliards, soit plus que l’impôt sur le revenu (Philippe Tugas).

En clôturant cette réunion à 21 h 30, François Bayrou a parlé de la courtoisie du débat. Il faut pourtant regretter qu’il ait été lui-même beaucoup plus dans le rôle d’un débatteur que dans celui de l’animateur neutre. Il a battu le record du temps de parole. C’est donc si vrai de dire qu’un élu est toujours en campagne !

Pau, le 5 mars 2019

par Joël Braud

NB : Le prochain grand débat palois aura lieu le vendredi 8 mars 2019 à 18 au Parc des expositions. Thème retenu : Organisation de l’État et des collectivités territoriales.

Grand débat palois acte III

Vendredi 22 février 2019 à 18 h 00 avait lieu le troisième grand débat palois au parc des expositions. Beaucoup moins de monde que pour les deux précédents, cela est sans doute dû au sujet qui était « la transition écologique », sujet qui passionne moins le public. Pourtant, et c’est là mon avis, ce grand débat était le plus réussi, le plus abouti.

François Bayrou, toujours dans le rôle de l’animateur, précise que transition écologique peut revêtir plusieurs formes : développement durable, protection de l’environnement, économie d’énergie etc. Pas moins de huit grands témoins pour « affronter » un public pas très jeune, il faut bien le reconnaître et, pour la première fois, sans aucun gilet jaune.

Ces grands témoins sont :

Pierre Hamelin, directeur de Soliha – rénovation de l’habitat, ancien Pact du Béarn.

Véronique Mabrut, Directrice régionale de l’Agence de l’eau, Adour Garonne.

Patrick Baleyre, ingénieur d’études au CNRS – IPREM

Eric Schall, maître de conférence à l’Université de Pau et Pays de l’Adour, chargé de mission, transition énergétique et développement durable.

Jean-Marc Sotiropoulos, directeur de recherches au CNRS – IPREM, chimie.

Benoît de Guillebon, Directeur de l’APESA, centre technique au service des transitions.

Maryvonne Lagaronne, vice-présidente de la chambre d’agriculture des Pyrénées Atlantiques.

Philippe Tugas, journaliste en retraite, ancien chef d’agence à Sud Ouest et ancien rédacteur en chef de La République et l’Éclair.

Pas moins donc de huit personnes, si à certains cela peut paraître beaucoup, il faut souligner que devant un sujet protéiforme, des spécialistes aux diverses compétences sont nécessaires. D’ailleurs à la différence de ce qui s’était passé lors des deux éditions précédentes, les connaissances et réflexions de ces « grands témoins » ont été largement mises à contribution ce qui est une explication de la réussite.

On peut s’interroger pour comprendre l’absence de jeunes participants à ce débat. D’autant que le sujet met en jeu l’avenir de tous mais principalement des jeunes générations. On en est réduit aux conjectures pour trouver une raison valable.Un match de rugby, un sujet qui ne motive pas parce que tant de fois répété ?

L’absence de gilets jaunes, contestataires et parfois agressifs, a permis de bénéficier d’une ambiance plus sereine. Les interventions des particuliers étaient pour la plupart opportunes et réfléchies. Il est toujours difficile pour la fonction « d ‘animateur » qu’assumait François Bayrou, de maîtriser certaines prises de paroles souvent longues et déroutantes. Une personne a cru indispensable de nous lire une longue page d’un écrit de Fred Vargas après nous avoir précisé que, selon elle, la transition écologique est un non sens. Mais surtout l’intervention d’un homme portant une chemise à carreau qui n’en finissait pas de nous déblatérer des théories, ses théories à lui, qui lassaient tout le monde. L’autorité de Bayrou n’en venait pas à bout malgré plusieurs tentatives pour mettre un terme à sa logorrhée. Bon on se consolera en considérant que cet homme est un convaincu (qui aura sa revanche) par ses propres propos.

Voilà donc pour la forme. Sur le fond très vite a été abordé le sujet du glyphosate, Monsanto et les lobbies. Ce qui a conduit François Bayrou à rejeter l’idée qu’il existe un complot universel. Mais surtout ce qui a donné l’occasion à Maryvonne Lagaronne de défendre le monde paysan auquel elle appartient. Ce monde a reçu pour mission de nourrir la population au moindre coût et dans le respect de la nature. L’enjeu a été compris, nourrir avec des prix de plus en plus bas. Le monde paysan a répondu. Les molécules actuelles, a-t-elle dit, sont bien moins toxiques que celles utilisées autrefois. Dans notre département la culture du maïs représente seulement un tiers des cultures. La majorité des terres sont en herbe. Lorsqu’on parle de lobbying, il faudrait, à son avis, préférer le terme d’acteurs économiques. Ce sont les principaux acteurs de recherches et à ce titre, ils agissent à la place de l’État. Enfin elle termine sa première intervention en précisant qu’actuellement les agriculteurs reviennent sur des pratiques mécaniques pour réduire l’utilisation des produits chimiques. Dans le monde ce sont 800.000 tonnes de glyphosate qui sont consommées. La France n’en utilise que 1%. Les principaux pays utilisateurs sont la Canada , l’Amérique du Nord et l’Argentine.

C’est vrai que tous les sujets abordés prêtent à discussion et à échanges. Mais c’est vrai aussi que Maryvonne Lagaronne a été, à mon sens, parce que d’une certaine façon, elle ramait un peu à contre courant en voulant s’attaquer à certaines idées reçues, la personne qui a émergé du débat. Elle s’exprimait facilement, clairement et de façon construite. Par la suite elle a pu évoquer un sujet d’actualité qu’est l’écobuage. Pratique ancestrale qu’il convient de comprendre lorsqu’on a le souci de remettre le pastoralisme en montagne. Que deviendrait en effet la montagne sans cette pratique ? Il y a actuellement moins d’animaux qu’autrefois ce qui fait que les territoires ont tendance à se fermer par l’expansion des ronciers. Elle a également évoqué à sa façon par un exemple survenu dans la commune dont elle est la maire, la nécessaire cohabitation ou proximité entre les animaux et les humains. C’est l’histoire d’un gypaète barbu… Pour autant elle n’a jamais nié qu’il y avait beaucoup à faire pour lutter contre la pollution renvoyant chacun à ses responsabilités propres puisqu’on constate une diminution de la consommation d’énergie sauf au niveau individuel.

Pour conclure, deux choses : en me focalisant sur les interventions de Maryvonne Lagaronne, je n’oublie pas les autres interventions toutes très instructives. Un débat qui a beaucoup apporté même si parfois on avait le sentiment d’avoir déjà entendu ces différentes prises de positions. Peu importe il est toujours utile de le dire et de le redire car il y a urgence.

Et enfin, une dernière observation, même s’il faut reconnaître à François Bayrou, une présence certaine et un art consommé pour mener les débats, sa position de maire a parfois transpiré. Ainsi lorsqu’il nous fait le panégyrique du bus à hydrogène, lorsqu’il rappelle que Pau est la deuxième ville de France de moins de 150.000 habitants, après La Rochelle, pour le kilométrage des pistes et voies cyclables on ne peut s’empêcher de penser que la campagne électorale pour les municipales c’est en 2020 et que si certains pouvaient encore douter qu’il sera candidat, les voilà maintenant rassurés ou inquiétés, c’est selon.

Pau, le 25 février 2019

par Joël Braud

Une jeune fille à Pau

Ce mardi 19 février, je me trouvais devant la Préfecture des Pyrénées Atlantiques à Pau. Je participais à la manifestation pour dénoncer l’antisémitisme qui revient comme une bête immonde. Nous étions environ cinq cents personnes. Lorsqu’une jeune fille …

Une jeune fille s’est approchée de moi et avec un sourire timide m’a demandé ce qu’il se passait. Il s’est alors installé entre elle et moi le dialogue suivant :

Elle : Que se passe-t-il ?
Moi : II s’agit d’une manifestation contre l’antisémitisme et l’antisionisme. Vous êtes au courant de ce qui s’est passé à Paris ?
Elle : Non.
Moi : A Paris, samedi dernier, le philosophe et académicien, Alain Finkielkraut a été insulté. Il a été victime de propos racistes, antisémites et antisionistes. Vous ne le saviez pas ?
Elle : Non
Moi : Vous connaissez Alain Finkielkraut ?
Elle : Non.
Moi : Vous ne lisez pas les journaux, vous ne regardez pas la télévision, vous n’écoutez pas la radio ?
Elle : Non.
Moi : Est-ce que l’explication que je viens de vous donner vous suffit ?
Elle : Oui.
Et avec son sourire de jeune fille bien élevée, elle est partie. Elle ne s’est pas jointe aux autres manifestants.

Cela m’a fait penser à cette intervention de Brice Teinturier, président délégué de l’IFOP qui, lors de l’émission C dans l’air sur la Cinq, a exposé qu’un récent sondage faisait apparaître que 62% des personnes interrogées se disaient indifférentes à ce problème. Vous vous rendez compte, 62%, une forte majorité ! L’indifférence est ici insupportable. Elle résulte sans doute d’un manque d’information, comme l’a reconnu cette jeune fille.

Alors si vous rencontrez un de ces 62% d’indifférents, qu’il soit jeune ou pas, dites-lui qu’il doit savoir. Qu’il doit savoir ce qu’à été le génocide, ce qu’est l’antisémitisme, ce qu’est le racisme. Dites-lui surtout que l’indifférence fait le lit de la bête immonde qui, un jour, si l’on ne crie pas le dégoût qu’elle suscite, va resurgir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Pau, le 20 février 2019

par Joël Braud

Le vote blanc

A l’occasion du Grand débat palois qui s’est tenu le 6 février 2019 à Pau, a été évoquée la possibilité de prendre en compte les votes blancs en les considérant comme des suffrages exprimés. Il s’agit là d’une revendication insistante des gilets jaunes. Mais en dépit des apparences ce dispositif nouveau ne serait pas aussi simple que cela et soulève un certain nombre de réflexions.

Tout d’abord, lors de ce débat, le professeur droit public, Philippe Terneyre a eu l’occasion de s’exprimer sur ce sujet. Il a dit qu’il était pour considérer que les votes blancs devaient être intégrés dans les suffrages exprimés, parce que, à son avis, il s’agit d’une expression citoyenne. Il n’en a d’ailleurs pas dit beaucoup plus. Les avis sur ce point, sont en réalité partagés et beaucoup parmi les juristes ou sociologues, estiment au contraire que ne rien dire n’est pas une façon de s’exprimer. Lorsqu’on n’a pas d’opinion et qu’on ne peut pour cette raison faire un choix, on se tait et on vote blanc. Ils parlent alors d’expression taiseuse.

Actuellement lors des élections en France du Président de la République, des députés et des conseillers départementaux, le vote est uninominal à deux tours (sauf pour les départementales où il est binominal, mais cela ne change rien). Le principe est relativement simple pour être élu au premier tour, il faut que le candidat obtienne la majorité absolue des voix, c’est à dire, la moitié des suffrages exprimés plus un. Ne peuvent se maintenir au second tour, lorsqu’il y a lieu d’y recourir, que les candidats qui ont obtenu 12,5% des suffrages exprimés. Qu’en sera-t-il lorsque les votes blancs intégreront les suffrages exprimés ? Il est fort probable que très peu de candidat sera élu dès le premier tour et que beaucoup ne pourront accéder au second. Il est tout aussi probable que les scores de certains élus seront modestes au point que pourra, se poser la question de la représentativité. On peut également s’interroger sur l’incidence qui pourra résulter de cette intégration lors des scrutins à la proportionnelle.

Un autre point, plus matériel celui-ci, est de considérer que le vote blanc devra être possible par la création d’un bulletin de vote spécifique, un bulletin ne comportant aucune inscription. Cela ne constituera-t-il pas une sorte d’incitation à l’usage du vote blanc ? La question mérite d’être posée d’autant que nous Français, de tempérament frondeur et contestataire nous avons une tendance marquée à chercher des moyens de manifester notre mécontentement. Rappelons pour illustrer cela, que lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017, le pourcentage des votes blancs et nuls était de 11,20%, ce qui n’est pas négligeable.

Autre illustration, en revenant sur l’élection présidentielle de 2017 qui, par parenthèses, est celle pour laquelle les Français se mobilisent le plus, les résultats pourraient être modifiés de la façon suivante si les votes blancs avaient été intégrés :

Le président Macron n’aurait pas obtenu 24,01% des suffrages exprimés au premier tour mais 23,57% (et seulement 18,19% des inscrits). Au second tour, il n’aurait pas obtenu 66,10% des suffrages exprimés mais 58,59% (et seulement 43,59% des inscrits). Si les différences ne sont pas énormes pour ce qui concernent l’élection présidentielle, elles le seront vraisemblablement davantage pour les autres élections. Les taux d’abstention en France sont relativement élevés, ainsi pour la présidentielle, il est de 22,23% et 25,44% ; européennes : 57,57% ; législatives : 51,30% et 57,36% ; régionales : 50,09% et 41,59%, départementales : 49,83% et 50,02%.

Une réforme du mode électoral est-elle aussi opportune que certains le prétendent ? Si oui, ne devrait-elle pas s’accompagner de l’obligation de voter ? La question n’est pas simple.

Pau, le 18 février 2019

par Joël Braud

NB : Le prochain grand débat palois se tiendra le vendredi 22 février sur le thème de la transition écologique.

Crédit image : parti du vote blanc.fr

Grand débat palois, acte II

L’acte II du grand débat palois s’est déroulé au parc des expositions, ce mercredi 6 février 2019. Il y avait beaucoup moins de monde que lors de la précédente édition. Il fallait s’y attendre. Cette fois-ci les thèmes étaient définis : démocratie et citoyenneté.

Deux grands témoins nouveaux : Françoise Pons, magistrat et Philippe Terneyre, professeur de droit public.

François Bayrou toujours dans le rôle de monsieur Loyal précise quelques idées en rapport avec les thèmes retenus : la sincérité de la représentation, le vote proportionnel, le vote blanc et le rôle des médias.

Puis Jean Marziou expose une réflexion sur l’engagement citoyen. Il est suivi de Philippe Tugas qui aborde la notion de représentation.

Interviennent ensuite des gilets jaunes qui sont là pour se faire entendre. Plusieurs personnes de différentes origines prennent la parole. Dans cet ensemble on ne peut éviter, une réflexion sur l’Europe. Il y en a même un qui nous a parlé de la Chine. Bon ! il faut de tout pour faire un monde. Mais ce qui est pénible est de devoir subir des prises de parole qui n’en finissent pas de la part de ceux qui trouvent un plaisir intense à s’écouter eux-même pendant de grands moments, comme si ce qu’ils avaient à dire était d’une importance capitale. Enfin c’est la loi du genre…

Pour ma part, j’avais à cœur de pouvoir poser deux questions aux professeurs de droit public que sont Jean Gourdou et Philippe Terneyre. Et ô miracle, j’ai pu poser ces questions. L’une portait sur les modalités et les conséquences de l’élection des députés à la proportionnelle ; l’autre concernait la prise en compte des votes blancs.

Sur le vote à la proportionnelle, c’est Jean Gourdou qui s’y est collé. Il a fait, selon moi, une approche du sujet en disant qu’il s’agissait d’une procédure qui permettait une meilleure représentation des électeurs mais qu’elle comportait des inconvénients. En réalité ce qu’il a dit, était, à mon sens, pour le moins insuffisant.

J’aurais attendu de lui qu’il nous précise :

  • Qu’il s’agit d’un scrutin de liste.
  • Que ces listes peuvent être constituées soit au niveau des départements, soit, pourquoi pas, au niveau des régions et enfin éventuellement au niveau national.
  • Il aurait pu évoquer les règles fixant la répartition des restes. Ce dernier point, particulièrement technique, aurait pu faire toucher du doigt à ceux qui prônent cette forme d’élection comme une panacée, que ces difficultés ont de quoi faire réfléchir même les plus convaincus.
  • Il aurait dû rappeler l’expérience de la quatrième République (1940 – 1958) caractérisée par une instabilité ministérielle chronique puisque la durée de vie moyenne des gouvernements était de sept mois.
  • Il aurait pu également faire allusion à quelques périodes de la troisième République (1870 – 1940) qui a connu des élections des députés à la proportionnelle (1885 – 1919 – 1924).
  • Que, sur décision de Mitterrand et pour des raisons de politique politicienne, les députés avaient été élus à la proportionnelle le 13 mars 1986. Et qu’aux élections suivantes (5 et 12 juin 1988) nous étions revenus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours par circonscription. Cet épisode de 1986 avait permis à des partis comme le Front National et le parti Communiste de détenir chacun 35 sièges à l’Assemblée Nationale. Lorsqu’on sait qu’à l’époque, il fallait 30 députés pour constituer un groupe et lorsqu’on connaît les prérogatives dont bénéficient les groupes, on enrichit sa réflexion. Mais l’objectif poursuivi par le chef de l’État était de faire barrage au R.P.R.

Ce sont là des éclairages que j’attendais du professeur Jean Gourdou, mais peut-être n’a-t-il pas voulu se positionner en donneur de leçon. Pour ma part, je suis resté sur ma faim…

Mais s’il fallait chercher des éléments qui plaident en la défaveur du vote à la proportionnelle, il faudrait aller les cueillir chez François Bayrou lui-même. Et pourtant il est un ardent défenseur de ce mode électoral. Il faut d’ailleurs noter ici que ce sont principalement les « petits partis » qui défendent la proportionnelle. Normal quand on sait que les partis politiques, subventionnés par l’argent public, le sont en fonction du nombre de leurs élus. Ou, si vous préférez, quand les convictions politiques cèdent le pas aux intérêt financiers.

Au début de la soirée, le maire de Pau s’est lancé dans un plaidoyer en faveur du vote à la proportionnelle, oubliant son engagement de neutralité. Il a même spécifié que tous les pays de l’Europe avaient adopté ce mode de scrutin, ce qui est contestable. Mais surtout dans sa démonstration, il a dit que les élections municipales se font à la proportionnelle et qu’à Pau 95% des décisions sont votées à l’unanimité. A entendre cela, on imagine la satisfaction de l’électeur qui, ayant voté pour l’opposition, constate que dans la réalité, l’opposition qui devrait s’opposer ne s’oppose pas. Il doit en ressentir, à juste raison, un sentiment de trahison.

L’autre argument tient au vote récent des députés du MoDem sur la loi dite anticasseurs. François Bayrou l’a souligné : Josy Poueyto s’est abstenue. Elle a considéré, comme lui-même d’ailleurs, que le pouvoir d’interdire à certaines personnes la possibilité de manifester ne pouvait être confié au Préfet mais au juge. Or sur les trois députés MoDem seule Josy Poueyto a fait ce choix, les deux autres, Bru et Matteï, ont voté pour. Cette donnée nous permet de constater que dans un même parti politique, les convictions de chacun divergent. Lorsqu’on vote pour une personne on vote pour quelqu’un dont on connaît les options politiques. C’est le cas actuellement selon le système d’élection des députés au scrutin uninominal. Lorsqu’on votera selon le mode proportionnel on votera pour une liste présentée par un parti. Malgré un affichage officiel des engagements, il se trouvera des candidats dont les opinions divergent. En votant pour le Modem, par exemple on ne pourra savoir à l’avance qui votera pour ou contre la loi anti casseurs, ou qui s’abstiendra. Une inconnue qu’il faudra bien accepter.

Enfin il y a d’autres arguments qui résultent des petits arrangements entre amis. Pour la constitution des listes par exemple, c’est à celui qui obtiendra une place à un rang éligible, il faudra savoir se placer. L’expérience a montré qu’avec l’émiettement des partis tel qu’il résulte d’un vote à la proportionnelle, il ne sera pas toujours facile au sein de l’Assemblée Nationale de trouver une majorité pour voter une loi. Alors s’ensuivront des petites négociations d’arrière boutique. Si tu me suis sur cette loi je te renverrai l’ascenseur pour telle autre décision. C’est ce qu’on appelle des magouilles. Cela est d’autant plus lourd de conséquences que maintenant les députés ont la possibilité de déposer des projets de loi ce qui n’était pas le cas au début de la cinquième République.

Soyez vous-mêmes juges de ces revendications exprimées par les gilets jaunes, mesurez en les modalités et les conséquences et surtout considérez que la constitution de la cinquième République, par sa conception et sa souplesse, a permis à notre pays de traverser bien des épreuves.

La prochaine fois il faudra parler de la prise en compte des votes blancs.

Pau, le 11 février 2019

par Joël Braud

Crédit image : Le Figaro (source Ministère de l’intérieur – Kantar Sofrès One point)

 

 

Fermeture du Cairn café

Palais des Pyrénées, à l’angle de l’avenue de Lattre de Tassigny et de la rue louis Barthou, existait un café, sandwicherie, pâtisseries à emporter, le Cairn Café. Cet établissement est maintenant fermé. Cet espace commercial du Palais des Pyrénées serait-il en train de perdre de sa vigueur ?

Déjà ce que l’on peut constater en passant c’est que le propriétaire du fonds a dû se résoudre, contraint et forcé, à disparaître définitivement. Selon ce qui se dit, il n’a pu, malgré une activité soutenue, faire face à un loyer trop élevé. Il a donc tenu durant douze années ce qui fait que maintenant la décision lui est particulièrement amère. Il le dit d’ailleurs par une charge que l’on pourrait qualifier de violente à l’égard du maire et de l’une de ses adjointes.

Mais pour bien mesurer la colère il convient de reproduire le texte qu’il a affiché sur la vitrine extérieure de l’établissement. Tous les passants peuvent en prendre connaissance.

« Merci pour ce moment, 5 emplois détruits. BAYROU (et toute sa clique). Ces pleutres vont dire : « c’est la faute à la BNP ». Faux, que BAYROU et PEDETOUR rendent des comptes. Ils ont fait arracher par leurs sbires tous les documents que ce brave petit commerçant, 12 ans d’activité, avait scotché (SIC) à l’intérieur de sa vitrine et qui leur demandait un RV. Ces chèvres ne lui ont même pas répondu. Alors que les autres loyers avaient été renégociés à la baisse. Ainsi et de plus, la girouette a donné, nous disons bien donné 30000,00 euros à « COLOMBUS café ». Notre argent public. Et à quel titre ??? De quel droit ??? Bref, il se la joue à la « BALKANY ». Lire édition « Rép des Pyrénées » du 24/11/2018.»

Le moins que l’on puisse dire est que la charge est violente et sans aucun doute à la mesure de la douleur ressentie par son rédacteur.

Nous ne nous attacherons pas ici à savoir si vraiment aucun rendez-vous n’a été accordé à ce commerçant, alors qu’il l’avait demandé, ni si cette somme de 30 000euros a effectivement été versée au concurrent qui s’est installé à l’autre bout de la galerie, ni enfin si cette nouvelle concurrence est la cause principale des difficultés ayant conduit à une fermeture définitive du Cairn café. Mais, à une époque où le commerce du centre de la ville de Pau se porte mal (comme dans beaucoup de villes de même importance), à une époque où des « gilets jaunes » expriment une colère qui résulte principalement de n’être pas entendus, ne faut-il pas porter une attention particulière à ce cri de désespoir ?

Même s’il est vrai que les élus n’ont pas les pouvoirs qu’ils prétendent détenir, l’écoute et l’attention à leurs administrés doivent demeurer le plus pressant de leurs devoirs. Ne serait-ce que pour leur avouer modestement leur incompétence.

Pau, le 6 février 2019

par Joël Braud

Le grand débat palois

Il a bien eu lieu comme prévu le vendredi 25 janvier 2019 à 18 h 00. J’y étais , je suis parti avant la fin. J’en retire une impression mitigée.

D’abord, il n’y avait pas sept personnes référentes comme indiqué au départ mais seulement six. En effet, Denys de Bechillon, professeur de droit public, spécialiste des institutions était absent. Restaient sur la scène, Mme Valérie Paris, présidente de la C.P.A.M. (Caisse Primaire d’Assurance Maladie), Mme Fabienne BASCOU administratrice de la C.A.F. (Caisse d’Allocations Familiales), M. Jacques Le Cacheux, professeur d’économie et de finances publiques, M. Jean Gourdou, professeur de droit public, spécialisé dans les collectivités locales, M. Jean Marziou ancien rédacteur en chef de Pyrénées Presse et M. Philippe Tugas ancien rédacteur en chef de Pyrénées presse et de Sud Ouest.

Dès le début, François Bayrou, auto-positionné en Monsieur Loyal se livre à une introduction qui dure presque une demi heure. On a beaucoup lu dans la presse locale les réactions à ce choix de se choisir lui-même pour animer ce débat dans un esprit, disait-il, de parfaite neutralité. Il faut croire que cette position de neutralité absolue n’est pas aussi facile qu’il y paraît parce qu’à deux ou trois reprises, François Bayrou a dû l’oublier. Il faut dire que la prise de parole de certaines personnes qui ont confondu grand débat national et campagne électorale pour les prochaines municipales, l’ont conduit à être plus maire de Pau qu’organisateur de la soirée. En effet la situation du commerce de Pau a fait polémique, il faut reconnaître que ce n’était pas tout à fait l’objet. Il a d’ailleurs su le dire en rappelant que ce n’était pas un débat municipal.

Au fond de la salle l’atmosphère était lourde. S’y trouvaient en effet des « gilets jaunes » remontés comme des pendules, qui n’avaient qu’un objectif, en découdre. Même si l’on peut considérer qu’ils étaient dans leur rôle et que sans leur mouvement cette rencontre n’aurait jamais eu lieu on ne peut leur reconnaître le droit de perturber un débat qui est une réponse à l’expression de leur colère. Les interpellations fusaient en direction de François Bayrou. Il y a même eu deux comportements qui ont paru à beaucoup hors de propos. Un fonctionnaire de l’hôpital de Pau qui a traité les élus de voleurs. Ce qui lui a valu une réaction ferme de Bayrou. Enfin dans le chapitre des incidents on peut également citer le faible d’esprit de service, bien connu sur la place de Pau, qui, bien qu’ayant protégé ses rares neurones sous son béret, a proféré des propos que personne n’a compris. Mais il était dans son rôle habituel.

La première intervenante fut une commerçante d’Artiguelouve. Elle a décrit sa situation de façon pathétique et s’est même excusée d’avoir à s’exposer ainsi devant des gens qu’elle ne connaissait pas. Elle a évoqué successivement le R.S.I. (Régime spécial des indépendants) qui l’étranglait et la suprématie de la grande distribution. Un grand moment d’émotion. Puis ont suivi d’autres intervenants qui, en commençant par exposer leur propre situation, ont déploré que le pays ne se sente plus représenté et dit qu’il il y avait urgence à réduire les charges des entreprises. Une dame en invalidité a également parlé des nombreuses difficultés auxquelles elle devait faire face pour continuer à vivre. Un témoignage poignant. Une infirmière de l’EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) de Sauvagnon nous a décrit sa situation professionnelle. Enfin une dame, très respectable qui avait préparé son intervention par écrit a su conclure en évoquant l’aspect humain des rapports entre citoyens et administrations. Ce fut l’occasion pour Bayrou de dénoncer ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la dématérialisation. Un franc succès pour lui car correspondant à un mal vivre ressenti par beaucoup.

A côté de cela, il faut bien reconnaître que certains, peu nombreux certes, étaient venus là pour exposer dans de longues diatribes leur vision d’une société idéale. Le premier, Roland Bermude, si j’ai bien noté, nous a gratifié d’un monologue sans fin ; c’est long surtout lorsqu’on ne comprend pas vraiment ce qu’il veut démontrer. Il a même curieusement dans l’élan, cité une phrase du Général de Gaulle contenu dans le livre d’Alain Peyrefitte « C’était de Gaulle ». Une phrase raciste, du moins selon les critères actuels. Cela lui a valu d’être repris de volée par Bayrou qui lui a rappelé que la notion de race n’existe pas. Et puis a eu la parole un gilet jaune qui, avec une constance admirable, tenait la main levée depuis le début de la rencontre. Il a d’abord dit qu’il était chercheur, je ne sais plus où, et qu’il appartenait à Lutte Ouvrière. Il venait donc nous faire part de ses convictions avec une véhémence telle qu’un de ses voisins, aux cheveux blancs, s’est levé comme pour l’agresser, si bien qu’un chargé de sécurité a dû s’interposer.

C’est à ce moment là que j’ai décidé de partir, il était 20 h 30. Bien tôt sans doute en regard de l’heure de fin de réunion qui s’est située aux alentours de 23 h 30.

Le thème du chômage n’a été que très peu abordé, sinon par Bayrou pour dire que la plus récente statistique laissait apparaître une baisse de celui-ci. Mais au delà, il faut regretter que les personnes référentes n’aient été que peu sollicitées. Une fois, la présidente de la C.P.A.M. a pu donner son avis sur le R.S.I d’une façon technique. L’administratrice de la C.A.F. a également pris la parole d’une façon discrète. Ce qui est surtout ressorti de leurs propos c’est que dans leurs fonctions elles se trouvent confrontées à une multiplicité de textes qui rendent particulièrement compliquée l’action des organismes qu’elles représentent. Je n’ai pas entendu les juristes et les journalistes s’exprimer. Si l’occasion m’en avait été donnée j’aurais demandé aux juristes de nous parler de ces revendications que sont : la démocratie participative, la proportionnelle et le vote blanc. Cela n’a pas été le cas, cependant leur point de vue aurait, me semble-t-il, été de nature à faire perdre à certains les illusions qui sont actuellement les leurs sur ces sujets.

Enfin, le régime est maintenant dans le dialogue et ça ne fonctionne pas trop mal. Il faudra bien que la France trouve le moyen de résoudre ce problème de démocratie parce qu’il y a une réelle rupture de confiance entre les citoyens et les responsables politiques. Y parviendrons-nous ?

Pau, le 29 janvier 2019

par Joël Braud

Un joyeux bobinard *

C’est vrai le mot bobinard n’est pas très élégant. Il me rappelle une des expressions favorites de mon adjudant lorsque je faisais mon service militaire. Il me rappelle également cette situation que j’ai connue, lorsque, circulant à bord de ma voiture, il y a quelques jours, je me suis trouvé empêtré dans un embouteillage que je croyais sans fin. La raison en était que les techniciens de la ville étaient affairés à régler les feux tricolores sur les ronds-points Victor Schoelcher et Eric Tabarly.

Pour ceux qui ne le sauraient pas et ils sont peu nombreux, le rond-point Schœlcher fait l’intersection du boulevard de la Paix et des allées Catherine de Bourbon, tandis que le rond-point Eric Tabarly se trouve à l’intersection du boulevard Lucien Favre, allées Catherine de bourbon et rue Ronsard. Ils transpiraient les pauvres techniciens chargés de la coordination des feux. Et encore à ce moment là le BHNS (Bus à haut niveau de service) dit Fébus n’était pas encore en circulation. Il ne le sera qu’en septembre prochain. Qu’est-ce que ce sera lorsqu’il fonctionnera ? Il aura la priorité absolue sur tous les autres véhicules et circulera à la cadence de toutes les 8 minutes.

Le Fébus aborde le rond-point V. Schœlcher en venant de l’est par le boulevard de la Paix, sur ce rond-point, il vire à gauche pour s’engager sur les allées Catherine de Bourbon. Il en faut des feux tricolores pour réguler tout ça. Depuis, je suis allé sur place et j’ai compté les feux tricolores. Il y en a huit sur Schœlcher. Du côté du rond-point Eric Tabarly, il y en a dix puisque deux sont en plus sur l’axe de progression du bus. Il faut donc coordonner ce dispositif ce qui ressemble à la quadrature du rond-point. Depuis, rassurez-vous tous les feux ont été mis au clignotant orange dans un premier temps puis carrément éteints. Mais tout cela ne laisse pas augurer du meilleur avenir en septembre.

Récemment (La République des Pyrénées du 12 janvier 2019) il a été précisé que cet investissement représente la somme de 74,5 millions d’euros (50 millions pour les travaux – 10 millions pour les bus – 4,5 millions pour la station d’hydrogène. Tiens ! Il manque juste 10 millions, mais je respecte ce qu’écrit le journal). Alors comme pour nous rassurer, nous les imposables palois pressés comme des citrons, Nicolas Patriarche, maire de Lons, responsable des transports en commun dans la communauté d’agglomération, a tenu à souligner que cela n’a pas été financé par le contribuable mais par les entreprises soumises au financement transport ainsi que par la subvention de la région et de l’Europe à hauteur de 15,7 millions d’euros. Par parenthèse, nous aurons appris que les entreprises n’entrent pas dans la catégorie des contribuables et que l’argent dont disposent la région et l’Europe n’a pas été à un moment ou à un autre soutiré de la poche du même contribuable.

Ce n’est pas tout car il y a parfois des interférences qui tombent au mauvais moment. Ainsi sur France Bleu Béarn, le 13 janvier 2019, François Bayrou, maire de Pau, président de la communauté d’agglomération, président du pays de Béarn, président du MoDem déclarait : « Maintenant les feux sont au vert sur toute la ligne ». Il ne parlait pas des feux tricolores longeant le tracé du Fébus, évidemment, mais de l’avancée des travaux. Souhaitons que ces dispositifs bien compliqués ne dissuadent pas un peu plus la population de se rendre en centre de ville.

Enfin, réjouissons nous, nous, Béarnais, en septembre 2019, pour l’inauguration de Fébus, ce sera Emmanuel Macron, président de la République française qui nous honorera de sa présence. Le plus honoré ce sera qui ? Devinez !

Pau, le 21 janvier 2019

par Joël Braud

*Maison de tolérance (Parler de joyeux bobinard est sans doute un pléonasme).