Pouvoir d’achat et environnement: même combat.

Avec le compte-rendu de J. Braud et celui de Sud Ouest, on peut se faire une opinion sur l’importance quantitative et qualitative de la participation, donc de la sensibilisation à ce problème appelé «transition écologique».

D’après Sud Ouest, à Pau, sur les 900 contributions enregistrées depuis le début du Grand Débat, 3,83% portent sur «la transition écologique». Pour le troisième Grand Débat à Pau, ce journal évoque un public plus restreint, plus âgé, plus calme, de 200 personnes environ. Parmi les «Grands témoins», il cite la présence de la vice-présidente de la FDSEA, sans citer le nom !!! Était-ce, par erreur, Maryvonne Lagaronne, vice-présidente de la chambre d’agriculture des Pyrénées Atlantiques et administratrice de l’entreprise LUR BERRI ?

Il ajoute qu’il a fallu attendre 25 minutes avant que la parole soit donnée aux présents.

Nul doute que dans cette ambiance conservatrice, il ne pouvait être question d’aborder la «substantifique moelle» de cette transition écologique ; on restait entre anciens.

J. Braud relate un passage intéressant car il devait permettre de centrer le contenu du débat : « François Bayrou, toujours dans le rôle de l’animateur, précise que transition écologique peut revêtir plusieurs formes : développement durable, protection de l’environnement, économie d’énergie, et.)». Malheureusement, c’est surtout l’etc. qui est important, cela restait donc dans le flou des mots que le politique littéraire sait parfaitement manipuler.

A propos de l’intervention de M. Lagaronne, citée par M. Braud :

+«Le monde paysan a reçu pour mission de nourrir la population au moindre coût et dans le respect de la nature.»

En fait, les conseillers agricoles, employés par les entreprises agroalimentaires évoluant dans les grandes coopératives, ont transformé les paysans en agriculteurs industriels à leur service. Poussés à un équipement coûteux (endettement), ils ont produit des quantités toujours plus grandes achetées de moins en moins chères ; dans les secteurs de l’élevage et de la production maraîchère et fruitière, il a été sélectionné des variétés très productives, moins coûteuses et bien peu goûteuses, imprégnées de pesticides, vendues bien avant la maturité, s’abîmant très vite, c’est-à-dire du bas de gamme ; ce comportement ne tient pas la route de la concurrence étrangère qui, dans ce domaine, produit la même chose avec bien plus d’efficacité. Comme pour bien d’autres secteurs c’est le haut de gamme qu’il fallait développer, car beaucoup plus rentable à l’exportation et à la consommation intérieure, en partant du principe que la clientèle achètera, peut-être moins, plus cher, de la qualité gustative non jetable ; le bio évolue dans ce domaine et réussit bien mieux.

Nous sommes en plein dans la stratégie r et K de l’évolution biologique !

+Les respect de la Nature ? En compactant les sols avec les gros engins, en asséchant par le drainage pour rentrer sur les terres, en arrosant pour faire pousser des densités de plus en plus grandes (maïs), en polluant les sols, en supprimant la flore hôte des défenseurs des cultures, les laboureurs naturels (vers de terre), en détruisant les écosystèmes bactériens qui, dans le sol, recyclaient l’azote, en libérant des GES par l’utilisation des engrais, pesticides et herbicides issus du pétrole, en polluant les fossés et rivières…

Non, les agriculteurs industriels ne respectent pas la Nature mais surtout ne respectent pas l’homme !

Heureusement, de plus en plus de vrais paysans se libèrent de ce carcan productionniste, ils prennent conscience de leur responsabilité, de la richesse des terroirs, de la noblesse de leur métier, du rôle incontournable qu’ils ont à remplir; le courage et la foi, qui les animent, méritent un tout autre respect car ils sont l’avenir d’une société plus juste et bien portante . Ceux qui ont pris ce chemin ont réalisé la transition écologique; leur vie est dure physiquement et administrativement car ils doivent surmonter les obstacles des incertiudes de plus en plus grandes du climat, des politiciens et des entreprises agroalimentaires qui se dressent devant eux; ils sont presque toujours récompensés par le travail bien fait, la rémunération au juste prix, la création d’emplois, la liberté de rester maître de leur organisation…

Pourquoi ne pas avoir invité la Confédération Paysanne aussi ?

+Pour l’écobuage, des réponses ont été abordées sur le site.

+Pour le glyphosate, non seulement le gouvernement actuel a refusé d’interdire le glyphosate, mais il a également supprimé les aides au maintien en agriculture biologique; il a fait obstacle à une transition bénéfique sur le plan de l’emploi, et nécessaire au plan environnemental. Le bénéfice est pour Bayer-Monsanto, des semenciers, et des gros cultivateurs, céréaliers entre autres.

Mais revenons à la définition du sujet.

L’objectif est de préserver les ressources naturelles sans lesquelles l’humanité ne pourrait pas continuer à vivre, à savoir: un climat compatible avec les exigences biologiques et physiques humaines, la biodiversité assurant la richesse et le fonctionnement des écosystèmes dont fait partie l’homme, les pollinisateurs entre autres, la qualité de l’air, de l’eau, de l’alimentation qui influence nos gènes (épigénétique) et dont la pollution est source de maladies, la mer et ses ressources halieutiques….

Voilà les problèmes à soulever lors du dernier Grand Débat !

En contrepartie, de nombreux emplois sont créés, le pouvoir d’achat est amélioré; c’est l’accès à une vie décente pour un plus grand nombre.

En dehors de la fiscalité injuste sur les carburants, le reste est passé sous silence, par les gilets jaunes eux-mêmes, pour le plus grand plaisir de l’exécutif.

La revendication pour une lutte significative contre le changement climatique est loin d’être une priorité pour les gilets jaunes or, s’ils ont lancé leur mouvement car ils ne pouvaient plus rouler, ne pouvant pas payer la hausse de la taxe environnementale sur les carburants, ils ne se rendent pas compte qu’ils ne pourront plus rouler du tout en ville du fait de la pollution liée au dramatique beau temps dont ils se moquent!

Cette transition est, en fait, une révolution conceptuelle, une véritable philosophie au point de vue théorique et un changement comportemental au point de vue pratique, collectif et individuel.

Pour en entendre parler, pour revendiquer une vraie transition, il faut écouter les jeunes; ils sont, eux aussi, dans la rue, mais pas dans le Grand Débat car ils savent qu’ils seront manipulés par la «grande sagesse» hypocrite et intéressée des anciens. Ils constatent qu’ils vont devoir payer l’irresponsabilité de leurs aînés; ils partirent 500 mais par un prompt renfort des jeunes de l’Europe entière, ils espèrent vaincre le conservatisme ambiant, réveiller les consciences et sauver leur avenir.

«La génération Y recherche plus une mission avec du sens: engagement sociétal, environnemental, qu’un travail, un mentor plutôt qu’un chef. Une étude Viavoice les voit plus nombreux à rechercher une source d’épanouissement qu’une contrainte; une vie privée préservée» Sud Ouest 28/02/2019. Ils ouvrent la voie d’un nouveau monde !

Un constat doit être toujours présent ; si on sépare les problèmes c’est par didactique car dans la réalité tout est lié, de la voiture au pouvoir d’achat à l’alimentation et à la punaise invasive !

Parmi les grandes réformes incontournables, la gestion de l’Energie est constamment évoquée, avec raison, mais d’autres sont aussi prioritaires, comme celles sur l’alimentation et la protection de la biodiversité. Les unes sont à impulser par le gouvernement pour les grandes orientations, d’autres par les entreprises pour la mise en place, les troisièmes par les individus pour s’y adapter.

+Par exemple, les autorités de santé dénoncent les dérives dangereuses de l’alimentation actuelle.

Bien se nourrir, ce n’est pas laisser aller ses émotions :

Pour la forme :

+Supprimer le grignotage, bien mastiquer, convivialité des 3 repas, à heures fixes,

+Cuisiner des produits frais. Manger équilibré donc de tout, modérément. Respecter la 1/2 heure de repos postprandial.

C’est de la plaisanterie actuellement, me direz-vous ! Hélas, vous avez raison !

Pour le fond :

+ diminuer en priorité, drastiquement, la viande, les charcuteries, surtout issues d’élevages industriels (poisson sauvage, œufs, fromages à la place), le sucre industriel (jus de fruits, boissons de type soda et le sel (chips et gourmandises apéritives).

+supprimer tous les produits industriels transformés et ultratransformés.

+ augmenter la consommation de fruits et de légumes, les légumineuses.

+Privilégier les produits bio de saison et de la région, revivre avec le rythme des saisons, c’est reprendre sa place dans l’écosystème.

+ Réduire l’alcool et pratiquer les activités physiques que la vie sédentaire et en voiture nous imposent.

Que d’économies possibles !

En ce qui concerne la viande, en manger la moitié, plus chère, mais de la qualité de terroir ce n’est pas plus onéreux et combien plus savoureux !

Les fruits et légumes bio sont plus chers ! Pas si sûr ! Un simple lavage suffit, inutile de les éplucher donc bien moins de perte : financière, gustative et nutritive.

Manger des produits locaux c’est diminuer aussi le montant du transport.

Naturellement, des emplois seront supprimés mais des formations à payer sont de loin préférables à des morts ou des maladies graves!

Punaise diabolique : comment la reconnaître et s’en débarrasser.  Sud Ouest du 16/02/2019.

La multiplication des transports à longues distances (commerce, tourisme, affaires…) est un facteur d’amplification intense des migrations naturelles et des perturbations très coûteuses de la biodiversité.

«Cet insecte envahisseur, venu de Chine, est régulièrement observé dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes et le sud ouest; c’est un véritable fléau pour les cultures. Particulièrement friande de fruits et légumes, elle inflige de lourdes pertes aux vergers (cerisiers, pommiers, pêchers, citronniers, poiriers, noisetiers, kiwis). En piquant les fruits et les branches pour se nourrir de leur sève, elle entraîne leur pourrissement en quelques jours. Chez les particuliers, elle s’attaque aux plantes ornementales, aux arbustes et aux potagers. L’efficacité des pesticides, testée aux USA est très limitée. D’autres pistes sont préconisées par les chercheurs: les filets, les phéromones, la lutte biologique par les prédateurs naturels comme les araignées, les oiseaux, les chauves-souris ( détruits par ailleurs!). Le remède le plus prometteur est l’utilisation de guèpes parasitoïdes, à manipuler avec précaution, en vérifiant qu’elles ne menacent pas aussi les espèces locales.»

Puis, comme pour bien des espèces invasives, après une explosion liée à l’absence de prédateurs, une régulation s’opérera mais, avant, il faudra supporter la cohabitation et la flambée des prix des aliments; elle coûtera donc chère aux producteurs et au pouvoir d’achat des consommateurs .

«L’Economie ne pourra pas faire l’économie de l’écologie»

est attribué à Michel Serres.

Signé G.Vallet

crédits photos:Transition écologie : un pas en avant, trois pas en arrière …agirpourlenvironnement.org

Grand débat palois acte III

Vendredi 22 février 2019 à 18 h 00 avait lieu le troisième grand débat palois au parc des expositions. Beaucoup moins de monde que pour les deux précédents, cela est sans doute dû au sujet qui était « la transition écologique », sujet qui passionne moins le public. Pourtant, et c’est là mon avis, ce grand débat était le plus réussi, le plus abouti.

François Bayrou, toujours dans le rôle de l’animateur, précise que transition écologique peut revêtir plusieurs formes : développement durable, protection de l’environnement, économie d’énergie etc. Pas moins de huit grands témoins pour « affronter » un public pas très jeune, il faut bien le reconnaître et, pour la première fois, sans aucun gilet jaune.

Ces grands témoins sont :

Pierre Hamelin, directeur de Soliha – rénovation de l’habitat, ancien Pact du Béarn.

Véronique Mabrut, Directrice régionale de l’Agence de l’eau, Adour Garonne.

Patrick Baleyre, ingénieur d’études au CNRS – IPREM

Eric Schall, maître de conférence à l’Université de Pau et Pays de l’Adour, chargé de mission, transition énergétique et développement durable.

Jean-Marc Sotiropoulos, directeur de recherches au CNRS – IPREM, chimie.

Benoît de Guillebon, Directeur de l’APESA, centre technique au service des transitions.

Maryvonne Lagaronne, vice-présidente de la chambre d’agriculture des Pyrénées Atlantiques.

Philippe Tugas, journaliste en retraite, ancien chef d’agence à Sud Ouest et ancien rédacteur en chef de La République et l’Éclair.

Pas moins donc de huit personnes, si à certains cela peut paraître beaucoup, il faut souligner que devant un sujet protéiforme, des spécialistes aux diverses compétences sont nécessaires. D’ailleurs à la différence de ce qui s’était passé lors des deux éditions précédentes, les connaissances et réflexions de ces « grands témoins » ont été largement mises à contribution ce qui est une explication de la réussite.

On peut s’interroger pour comprendre l’absence de jeunes participants à ce débat. D’autant que le sujet met en jeu l’avenir de tous mais principalement des jeunes générations. On en est réduit aux conjectures pour trouver une raison valable.Un match de rugby, un sujet qui ne motive pas parce que tant de fois répété ?

L’absence de gilets jaunes, contestataires et parfois agressifs, a permis de bénéficier d’une ambiance plus sereine. Les interventions des particuliers étaient pour la plupart opportunes et réfléchies. Il est toujours difficile pour la fonction « d ‘animateur » qu’assumait François Bayrou, de maîtriser certaines prises de paroles souvent longues et déroutantes. Une personne a cru indispensable de nous lire une longue page d’un écrit de Fred Vargas après nous avoir précisé que, selon elle, la transition écologique est un non sens. Mais surtout l’intervention d’un homme portant une chemise à carreau qui n’en finissait pas de nous déblatérer des théories, ses théories à lui, qui lassaient tout le monde. L’autorité de Bayrou n’en venait pas à bout malgré plusieurs tentatives pour mettre un terme à sa logorrhée. Bon on se consolera en considérant que cet homme est un convaincu (qui aura sa revanche) par ses propres propos.

Voilà donc pour la forme. Sur le fond très vite a été abordé le sujet du glyphosate, Monsanto et les lobbies. Ce qui a conduit François Bayrou à rejeter l’idée qu’il existe un complot universel. Mais surtout ce qui a donné l’occasion à Maryvonne Lagaronne de défendre le monde paysan auquel elle appartient. Ce monde a reçu pour mission de nourrir la population au moindre coût et dans le respect de la nature. L’enjeu a été compris, nourrir avec des prix de plus en plus bas. Le monde paysan a répondu. Les molécules actuelles, a-t-elle dit, sont bien moins toxiques que celles utilisées autrefois. Dans notre département la culture du maïs représente seulement un tiers des cultures. La majorité des terres sont en herbe. Lorsqu’on parle de lobbying, il faudrait, à son avis, préférer le terme d’acteurs économiques. Ce sont les principaux acteurs de recherches et à ce titre, ils agissent à la place de l’État. Enfin elle termine sa première intervention en précisant qu’actuellement les agriculteurs reviennent sur des pratiques mécaniques pour réduire l’utilisation des produits chimiques. Dans le monde ce sont 800.000 tonnes de glyphosate qui sont consommées. La France n’en utilise que 1%. Les principaux pays utilisateurs sont la Canada , l’Amérique du Nord et l’Argentine.

C’est vrai que tous les sujets abordés prêtent à discussion et à échanges. Mais c’est vrai aussi que Maryvonne Lagaronne a été, à mon sens, parce que d’une certaine façon, elle ramait un peu à contre courant en voulant s’attaquer à certaines idées reçues, la personne qui a émergé du débat. Elle s’exprimait facilement, clairement et de façon construite. Par la suite elle a pu évoquer un sujet d’actualité qu’est l’écobuage. Pratique ancestrale qu’il convient de comprendre lorsqu’on a le souci de remettre le pastoralisme en montagne. Que deviendrait en effet la montagne sans cette pratique ? Il y a actuellement moins d’animaux qu’autrefois ce qui fait que les territoires ont tendance à se fermer par l’expansion des ronciers. Elle a également évoqué à sa façon par un exemple survenu dans la commune dont elle est la maire, la nécessaire cohabitation ou proximité entre les animaux et les humains. C’est l’histoire d’un gypaète barbu… Pour autant elle n’a jamais nié qu’il y avait beaucoup à faire pour lutter contre la pollution renvoyant chacun à ses responsabilités propres puisqu’on constate une diminution de la consommation d’énergie sauf au niveau individuel.

Pour conclure, deux choses : en me focalisant sur les interventions de Maryvonne Lagaronne, je n’oublie pas les autres interventions toutes très instructives. Un débat qui a beaucoup apporté même si parfois on avait le sentiment d’avoir déjà entendu ces différentes prises de positions. Peu importe il est toujours utile de le dire et de le redire car il y a urgence.

Et enfin, une dernière observation, même s’il faut reconnaître à François Bayrou, une présence certaine et un art consommé pour mener les débats, sa position de maire a parfois transpiré. Ainsi lorsqu’il nous fait le panégyrique du bus à hydrogène, lorsqu’il rappelle que Pau est la deuxième ville de France de moins de 150.000 habitants, après La Rochelle, pour le kilométrage des pistes et voies cyclables on ne peut s’empêcher de penser que la campagne électorale pour les municipales c’est en 2020 et que si certains pouvaient encore douter qu’il sera candidat, les voilà maintenant rassurés ou inquiétés, c’est selon.

Pau, le 25 février 2019

par Joël Braud

Une ferme au Salon

graphique

« Et pleine d’un bétail magnifique, l’étable,
A main gauche, près des fumiers étagés haut,
Volets fermés, dormait d’un pesant sommeil chaud,
Sous les rayons serrés d’un soleil irritable ».

L’étable Emile Verhaeren.

Voici venu le temps du salon de l’agriculture, grand-messe annuelle sur laquelle un regard apaisé est censé se poser. La dérive des continents, celle qui éloigne toujours plus les ruraux des urbains, les jeunes des vieux et les branchés des ringards se ralentit pour quelques jours. Les journaux télévisés viennent filmer cet énorme taureau, les mamelles prodigieuses de telles vaches ; les porcs noirs, fierté gasconne, seront médaillés avant d’être débités en saucisson goûteux et personne n’y trouvera à redire. La France, en pleine crise de schizophrénie, va se réconcilier avec ses racines et, même le président, si éloigné de ce monde, coupera le ruban de cette manifestation consensuelle. Dans les allées, il ne fera jamais aussi bien que Chirac qui savait taper sur le cul des vaches et lever le coude avec bonheur…

Cette ferme au salon n’est que théâtre car le ressentiment des urbains, vis-à-vis des ruraux n’a jamais été aussi fort. La question de la sécurité alimentaire ne s’apprécie plus du point de vue quantitatif mais qualitatif -un luxe si on se place du point de vue de la planète. Ainsi la vague du bio oblige les producteurs à se remettre en question et après qu’ils aient reçu pour mission de nourrir la planète, ils doivent aujourd’hui produire moins mais mieux, avec pour conséquence des changements complets dans l’organisation des productions mais aussi dans leur vie quotidienne. Ces efforts ne sont ni compris ni encouragés par la collectivité dans son ensemble embarquée par ailleurs dans une course au progrès qu’elle ne peut maîtriser.

Le ressentiment à l’égard des ruraux, des éleveurs en particulier, s’exprime de manière souvent violente par la voix des militants animalistes, anti-viande, végans notamment puissamment relayés par les médias comme le montre le graphique qui illustre ces quelques lignes*. Il est dû au chercheur anthropologue Eddy Fougier dans son récent ouvrage « La contestation animaliste radicale », Fondapol, 2019. Il commente ces chiffres ainsi : « La dérégulation récente du marché de l’information a aussi joué un rôle majeur : les réseaux sociaux ou les plateformes de vidéos en ligne ont donné une grande visibilité au discours et surtout aux vidéos postées par ces mouvements. Or, on le sait, ce nouveau marché de l’information donne une prime aux individus et aux groupes les plus déterminés, et souvent les plus radicaux et caricaturaux ». Eddy Fougier ajoute : « Cette contestation animaliste radicale se caractérise tout d’abord par plusieurs formes de ruptures par rapport aux associations traditionnelles de protection animale avec une radicalisation de leurs propos et de leurs images, de leur vision (qui est de nature abolitionniste, par rapport à l’élevage ou à la corrida) et de leurs modes opératoires (qui favorisent souvent des actions directes au-delà des campagnes classiques d’information et de sensibilisation). En outre, les franges animalistes les plus radicales ont souvent recouru à des actions violentes visant les biens, voire dans certains cas les personnes, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis à un point tel que certains groupes ont été assimilés outre-Atlantique à des organisations terroristes ».

« Le Monde » de samedi revient sur ce hiatus entre  les exigences nouvelles des urbains et le monde rural citant la Confédération paysanne. Elle a mis en ligne sur son site un livre intitulé « Paroles paysannes sur les relations humain-animal : plaidoyer pour l’élevage paysan » (…) « Alors que certains plaident pour des lundis verts, la Confédération paysanne, face aux violentes attaques des mouvements anti-élevage comme L214, a mené un travail de longue haleine pour libérer la parole paysanne ». Ainsi ce témoignage de Fanny Métrat, éleveuse de brebis en Ardèche :  « Quand on nous traite de meurtriers parce que nous abattons nos bêtes, d’esclavagistes parce que nous persévérons dans la domestication, qu’on nous dit que les loups ont plus le droit que nous de vivre dans les montagnes, après la stupéfaction viennent la colère et le désarroi et c’est très lourd à porter ». Elle souligne : « la déconnexion de plus en plus grande en Occident avec la terre, les bêtes et l’acte de production, mais aussi avec la nature et la mort ».

Mme Gassiloud de la FNSEA qui fut récemment violemment prise à partie par le mouvement « Viande Abolition » estime, toujours dans « le Monde », qu’« en coulisse se joue le lobbying des industriels de la viande propre, celle sur laquelle on fait une marge facile». C’est le cas, selon elle, de l’entreprise Poulehouse, à l’origine de l’initiative « L’œuf qui ne tue pas la poule », qui propose « une retraite » aux poules moyennant un prix de vente des œufs à 6 euros les six. Il y a donc bien de puissants intérêts commerciaux qui supportent le discours anti-élevage. Les mêmes, qui dans nos pays développés, a donné une place inédite aux animaux de compagnie comme le montre l’espace qui est leur est consacré dans les grandes-surfaces.

Qui se souvient du « pèle-porc » ? Ça n’est pas si loin pourtant et la plupart des générations qui nous ont précédés mettaient la main à ce qui était une sorte de rite, un rendez-vous familial, une fête païenne et rigolarde. Les considérations morales sont désormais vaines dans un domaine où la passion l’emporte sur la raison. On nous explique qu’il est temps d’agir pour une agriculture « propre », une « transition agricole ». C’est vrai, sans doute, puisqu’on nous le martèle ; mais qui en paiera le prix ? Le consommateur et/ou le producteur ?

Pierre Vidal

*Illustration extraite du livre « La contestation animaliste radicale », Eddy Fougier, Fondapol, 2019. L214, de son nom complet L214 éthique et animaux, est une association à but non lucratif française fondée en 2008 qui défend la cause végane et les droits des animaux . (Wilkipedia)

Souvenir d’école communale

J’ai fait toute ma scolarité primaire dans une école communale de la banlieue d’Alger, durant la guerre (de 39-45).

Cette école était neuve, j’en suis sûr, avec une très grande cour de récréation et des salles de classe grandes et très claires. Je me souviens parfaitement des noms de mes instituteurs (alors que j’ai oublié celui de la plupart de mes profs de lycée), ils étaient deux couples : Monsieur A. (Directeur) et son épouse, Monsieur B. et son épouse.

Comme les punitions physiques étaient monnaie courante les dames envoyaient leurs élèves dissipés, chez leurs maris respectifs pour les faire taper. Mon Maître B. avait la spécialité de nous battre avec son mètre en bois de section carrée, ça ne faisait pas trop mal. Le Maître A. nous envoyait de ces taloches à décorner un bœuf !

La distribution de taloches obéissait à la Justice du même nom et les petits Français en « bénéficiaient » autant que les petits arabes.

Dans la cour de récré, on rigolait bien. Pas de problème de groupe ethnique, nous jouions à un jeu appelé « délivrance » et quand la fin de la récré sonnait chacun des deux camps criait : « on a gagné ! ». A la saison des abricots tout le temps libre était consacré à obtenir le maximum de noyaux d’abricots. Les uns proposaient un but constitué soit de 1 noyau soit de 4 noyaux formant une petite pyramide. Les autres, avec leurs propres noyaux tentaient d’atteindre les cibles et de les gagner.

Le Jeudi après-midi Maître B. emmenait sa classe dans la campagne découvrir la nature et nous faisait chanter :« Algérie oh pays de rêve, de lumière et d’enchantement, vers toi que mon hymne s’élève……………   »

Tous les matins Maître A. levait les couleurs et nous chantions en chœur : « Maréchal, nous voilà, devant toi, le sauveur de la France……………………… »

Un matin, en 1941 (ou en début 1942**), Maître A ; est entré dans la classe, un papier à la main, et a dit : «untel, untel et untel, vous êtes juifs, c’est pourquoi vous n’avez plus le droit de venir à l’école. ». Les trois petits garçons ont mis leurs affaires dans leurs cartables et sont sortis.

** le 8 Novembre 1942, débarquement américain en Afrique du Nord

Pau, le 22 février 2019

Jean-François de Lagausie

Une jeune fille à Pau

Ce mardi 19 février, je me trouvais devant la Préfecture des Pyrénées Atlantiques à Pau. Je participais à la manifestation pour dénoncer l’antisémitisme qui revient comme une bête immonde. Nous étions environ cinq cents personnes. Lorsqu’une jeune fille …

Une jeune fille s’est approchée de moi et avec un sourire timide m’a demandé ce qu’il se passait. Il s’est alors installé entre elle et moi le dialogue suivant :

Elle : Que se passe-t-il ?
Moi : II s’agit d’une manifestation contre l’antisémitisme et l’antisionisme. Vous êtes au courant de ce qui s’est passé à Paris ?
Elle : Non.
Moi : A Paris, samedi dernier, le philosophe et académicien, Alain Finkielkraut a été insulté. Il a été victime de propos racistes, antisémites et antisionistes. Vous ne le saviez pas ?
Elle : Non
Moi : Vous connaissez Alain Finkielkraut ?
Elle : Non.
Moi : Vous ne lisez pas les journaux, vous ne regardez pas la télévision, vous n’écoutez pas la radio ?
Elle : Non.
Moi : Est-ce que l’explication que je viens de vous donner vous suffit ?
Elle : Oui.
Et avec son sourire de jeune fille bien élevée, elle est partie. Elle ne s’est pas jointe aux autres manifestants.

Cela m’a fait penser à cette intervention de Brice Teinturier, président délégué de l’IFOP qui, lors de l’émission C dans l’air sur la Cinq, a exposé qu’un récent sondage faisait apparaître que 62% des personnes interrogées se disaient indifférentes à ce problème. Vous vous rendez compte, 62%, une forte majorité ! L’indifférence est ici insupportable. Elle résulte sans doute d’un manque d’information, comme l’a reconnu cette jeune fille.

Alors si vous rencontrez un de ces 62% d’indifférents, qu’il soit jeune ou pas, dites-lui qu’il doit savoir. Qu’il doit savoir ce qu’à été le génocide, ce qu’est l’antisémitisme, ce qu’est le racisme. Dites-lui surtout que l’indifférence fait le lit de la bête immonde qui, un jour, si l’on ne crie pas le dégoût qu’elle suscite, va resurgir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Pau, le 20 février 2019

par Joël Braud

Causes et conséquences, rien ne change !

Depuis plusieurs semaines de nombreux Français et petits maires ont été conviés à s’allonger sur le «divan» pour des séances d’analyses ; l’objectif est d’extirper de leur inconscient le mal qui les ronge ; en effet, ils pensent, injustement dit-on parfois !!, qu’ils sont délaissés, méprisés, inconsidérés, qu’ils vivent dans une société injuste, que certains se lèvent tard, spéculent, et gagnent beaucoup alors que bien d’autres se lèvent tôt, travaillent et gagnent très peu… L’objectif est de rendre aux Français l’énergie économique positive qui est immobilisée par ces conflits inconscients.

En fait, c’est une analyse car le patient est invité à dire tout ce qui lui passe par la tête mais ce n’est qu’une fausse-vraie analyse, intéressée, car il est guidé dans une révision de son histoire intime pour lui donner un sens nouveau et actualisé, au service de l’intérêt supérieur de la politique économique du moment ; les analystes n’ont donc pas la neutralité bienveillante qu’ils devraient avoir, ils jugent les patients et leurs actes, précisent même le prix des séances que leurs comportements aberrants les amèneront finalement à débourser.

Il faut que cela s’arrête, il est temps de se réconcilier ! C’est évident, mais est-on prêt, de part et d’autre, au dialogue et surtout aux compromis ? J’en doute !

Le barrage a cédé pour deux raisons ;

+ les responsables ont laissé la mise en charge se faire au-delà de la limite de sécurité. Il aurait fallu faire des lâchers périodiques pour libérer les contraintes et redonner l’équilibre.

+ Les responsables n’ont pas pris soin de surveiller, d’assez près, par des informations remontantes périodiques, la résistance des infrastructures.

Dans le premier cas, ce sont les charges variées, toujours plus importantes et nombreuses, imposées aux citoyens depuis des années.

Dans le deuxième cas, c’est le manque d’écoute des alertes issues des petits maires ; ces derniers sont les baromètres et les thermomètres de l’état de la météo locale, ceux que l’on veut réduire de plus en plus, car trop coûteux. L’actualité montre que c’est encore plus coûteux de s’en priver !

En se vidant, la force de l’eau et la surface couverte se sont amplifiées, elle s’est écoulée largement et s’infiltre lentement dans la nappe phréatique, prête à rejaillir en d’autres sources, mais, plus grave, des berges, elle a détaché des blocs dormants dans la paroi, à droite et à gauche ; entraînés le long du parcours, ce sont eux qui, libérés, ont provoqué les dégradations et dégâts collatéraux redoutables entraînant, dans les villes et villages, destruction, violences, pillages puis, maintenant, haine, racisme, sexisme, antisémitisme au sein de toute la société.

On peut parler de déficit de gouvernance, depuis les hauts sommets on voit surtout des mers de nuages ! Un travail colossal, difficile et extrêmement coûteux est à entreprendre pour combattre et éteindre le feu et les braises de ces philosophies nauséabondes et destructrices que les générations comme la mienne ont connues.

Mais, beaucoup plus grave, il n’y a pas que la gouvernance, loin de là ; à C dans l’air, Brice Teinturier faisait remarquer que l’ignominie n’était pas, dans les sondages, marquée par une réprobation écrasante de l’ensemble de la population ; manifestement on note une imprégnation ou une indifférence coupable. Seuls, les politiques ne pourront rien s’il ne sont pas massivement suivis par les Français. Quand on pose la question de savoir ce qu’ils pensent sur les raisons de la fuite des juifs vers Israël, 62% n’ont pas d’avis !!!

Une fois de plus, on se plaint ; à juste titre, on se désole, car on subit les conséquences, mais on n’a pas cherché à lutter contre les causes de ce fléau en sommeil.

Si on élargit le problème à l’Europe, seule une Europe citoyenne, non uniquement financière, non concurrentielle mais unie, solidaire, est capable de défendre nos valeurs et notre puissance dans le monde. C’est mal parti !

On parle beaucoup, jusqu’à présent, dans le grand Débat, du pouvoir d’achat, de la notion de «riche», de classe moyenne, termes qui restent vraiment encore à définir, du service public, de la mobilité, surtout dans le monde rural, de nouvelles institutions dont les orientations discutées devraient peut-être se souvenir de la définition de la démocratie d’Albert Camus :

«La démocratie ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité»

Par contre, le pouvoir n’a pas prévu d’évoquer la Culture et la transition «écologique», la réforme sans doute la plus importante pour le court et moyen terme de notre société, est laissée largement de côté, par les gilets jaunes aussi d’ailleurs, sauf, en parallèle, massivement, par les jeunes ; cette réaction est vraiment une bouffée d’optimisme pour l’avenir, par rapport au triste comportement sclérosé des Politiques en place depuis le début de la Vème République.

La façon dont le pouvoir voulait l’aborder était mauvaise car elle était empreinte de la plus grande injustice ; encore une fois, les gros pollueurs étaient et sont toujours détaxés et donc privilégiés ; la liste serait longue, dans les transports, l’industrie, l’agroalimentaire… entre autres.

Futura-Sciences 03/12/2018 «Il faut dire que les navires de croisière sont régulièrement pointés du doigt pour leur pollution et leur contribution aux gaz à effet de serre. Le fioul lourd, peu raffiné, affiche des teneurs en soufre 1.500 fois plus élevées que celles autorisées pour le diesel des voitures. Un gros paquebot émet ainsi quotidiennement autant de particules fines qu’un million de voitures, selon l’association de protection de l’environnement allemande «Nabu.» Bordeaux en voit souvent !

Trois fléaux menacent l’humanité au XXIème siècle : obésité, sous-alimentation et changement climatique. Longtemps considérés séparément, ces trois phénomènes interagissent et ont un moteur commun, de puissants intérêts commerciaux.

Là encore, on subit les conséquences et on ne fait rien contre les causes.

Pour Philippe Dessertine.

«Le problème majeur qu’affronte l’humanité est bien le climat. L’origine de son dérèglement est la poussée démographique. Appliquer à 7,5 milliards le modèle économique occidental avec son utilisation effrénée d’énergies, ses modes de consommation, de travail, de production, de plus en plus intensifs, la planète n’y tiendra pas longtemps. Le diagnostic est clair, il faut aller vers un changement radical de modèle économique. Un tel bouleversement n’est possible qu’en période de révolution industrielle et technologique comme au début du du XIXème puis au début du XXème…Nous sommes dans une nouvelle révolution industrielle aux conséquences incalculables………»

Alors, changer les institutions, le nombre d’élus, le mode d’élection, proportionnelle ou pas, cela ne changera pas grand chose si on ne change pas la façon de penser et d’agir !

«Le digital, l’intelligence artificielle, et d’autres marches vont arriver très vite, elles nous ferons rentrer dans cette nouvelle révolution.» Ph.Dessertine.

Cet néo-homo économicus aura-t-il conservé quelques gènes de l’homo sapiens d’origine ? Les expériences du passé ont montré, à chaque fois, que si des progrès étaient faits, ils étaient toujours accompagnés d’un asservissement de plus en plus grand à l’argent, à la machine, à l’énergie, au temps, à l’homme lui-même, au détriment de l’humanisme qui devait, disait-on, en résulter !

Alors ? Scepticisme !

On a supprimé des enseignants pour faire des économies, on devrait plutôt faire des économies en créant des postes car le manque de civisme, l’ignorance de la démocratie, la haine des autres, nous coûtent bien plus cher en ce moment.

Dans toutes les classes, de la maternelle à l’université, échelonnés tout au long de l’année, adaptés à l’âge, de la Seine-Saint-Denis à Neuilly, des cours, débats, conférences seraient institués pour forger à la fois l’esprit critique et les connaissances sur la République, les institutions, la votation, le fonctionnement de l’Etat, des Mairies, du député, sénateur…., la démocratie, le respect de la richesse culturelle de notre diversité…. sans oublier les dangers du dérèglement climatique !

Signé Georges Vallet

crédits photos: https://www.lepoint.fr/il-y-a-50-ans-la-catastrophe-du-barrage-de-malpasset-

« Banalité du mal »*

 » À l’heure actuelle, mon avis est que le mal n’est jamais “radical”, qu’il est seulement extrême, et qu’il ne possède ni profondeur, ni dimension démoniaque. Il peut tout envahir et ravager le monde entier précisément parce qu’il se propage comme un champignon. Il “défie la pensée”, comme je l’ai dit, parce que la pensée essaie d’atteindre à la profondeur, de toucher aux racines, et du moment qu’elle s’occupe du mal, elle est frustrée parce qu’elle ne trouve rien. C’est là sa “banalité”. »  Hanna Arendt « lettre à Scholem du 24 juillet 1963 »

L’agression dont Alain Finkielkraut a fait l’objet samedi à Paris est une horreur, une tâche morale qui achève de discréditer les Gilets Jaunes qui, après avoir défendu des objectifs honorables, soutenus par Finkielkraut lui-même, obtenu pas moins de dix milliards d’euros et fait plier les sacro-saintes règles européennes en dépassant les 3% de déficit budgétaire, auraient dû rentrer sagement à la maison légitimement fier d’un succès conséquent. Manipulation ? Naïveté ?  Irresponsabilité ? Les GJ ont persisté, accumulant des revendications absurdes et des attitudes scandaleuses.

Ainsi Alain Finkielkraut, écrivain, académicien et animateur d’une excellente émission de Radio le samedi matin sur France Culture a été molesté et traité, entre autre, de « sale juif » lorsqu’il sortait de chez lui. La scène véritablement haineuse étant filmée, les faits ne peuvent pas être contestés. Il n’aurait pas dû sortir, c’était de la provocation ont expliqué, après coup, certains « beaux » esprits. Parmi ceux qui relativisent cette inacceptable agression des personnes connues, de gauche, d’extrême gauche ou proches des milieux indigénistes, comme Jean-Pierre Mignard, Thomas Guénolé, Aude Lancelin ou Yassine Bellatar. Citons par exemple ce tweet de Thomas Guénolé de la France Insoumise : « Cela fait des années qu’Alain #Finkielkraut répand la haine en France. Contre les jeunes de banlieue. Contre les musulmans. Contre l’Education nationale. Etc. L’insulter, comme insulter quiconque, est condamnable. Mais le plaindre, certainement pas ». C’est ce que l’on appelle banaliser l’affaire car il ne s’agit pas d’insultes mais de menaces physiques et morales qui à travers une personne visent une communauté, compte tenu de l’Histoire de cette communauté ça n’est pas neutre. Le tweet de l’avocat Mignard familier de François Hollande, est du même tonneau : « Alain Finkielkraut se fait huer lors de sa présence le long du cortège GJ. On s’émeut sur les plateaux. Bon d’accord mais il n’a pas été, et heureusement frappé. Ce qui aurait tout changé. Là il doit être content. Il le cherchait. On l’avait oublié. C’est réparé ». Et celui de Yassine Belatar, humoriste proche d’Emmanuel Macron : « Durant une semaine voire plus, tous les médias parleront de cet acte pour faire l’amalgame entre musulmans et ces abrutis. Évidemment personne ne sera en face pour expliquer le contraire et vous serez chez vous en train de chialer.#Finkelkraut a tellement fait de mal… »

Nous avons dénoncé ici même, il y a peu, (https://alternatives-pyrenees.com/2019/01/27/noublier-jamais/ ) le cancer de l’antisémitisme, maladie latente de notre société, ancienne et bien incrustée, qui ressort brutalement et menace la cohésion sociale ; la République. Pas d’excuses donc, tolérance zéro ! La manifestation prévue mardi soir à Pau devrait rassembler très largement tous les courants de pensées et toutes les sensibilités politiques. Tout le monde en conviendra, même si on ne partage pas ses idées, Finkielkraut ne répand pas la haine en France. Lors d’une récente émission sur France Culture il a reçu par exemple, avec empathie, Régis Debré au parcours si différent du sien. On ne peut donc pas le taxer d’intolérance et même si… cela ne justifierait en rien ces actes immondes.

La réaction du maire de Pau François Bayrou dans  La république de ce lundi est pleine de bon sens : « Face à la haine antisémite, le visage d’Alain Finkielkrault était à soi seul un acte de résistance. Comme est un acte de résistance sa déclaration : ‘J’ai ressenti la haine absolue… Je ne porterai pas plainte… Ma position, c’est de comprendre…’ »

Que dit l’agressé, des violences qu’il a subies (in le Figaro de ce lundi) : « Nous ne vivons pas le retour des années 30. C’est à un nouveau type d’antisémitisme que nous devons faire face. Ce sont des gens qui ont crié “Palestine”, qui m’ont traité de sioniste. Il y en a un avec une légère barbe qui me dit “Dieu va te punir”: ça n’est pas tout à fait le langage de l’extrême droite, c’est même la rhétorique islamiste. Peut-être y a-t-il des gens d’extrême droite qui s’accrochent aux wagons, comme des soraliens (proches de l’essayiste d’extrême droite Alain Soral, NDLR), qui rêvent d’agréger une France black-blanc-beur autour de la haine des Juifs. C’est la version hideuse de la convergence des luttes.»

Observateur perspicace des évolutions sociétales et pour cela durement attaqué, le philosophe nous livre ainsi une clé de cette brutale résurgence qui non seulement nous bouleverse mais donne aussi une image calamiteuse de notre pays. C’est bien de défiler, d’envoyer des tweets rageurs mais il faut d’abord comprendre d’où vient cette poussée de haine du juif, sinon nous allons droit dans le mur. Cessons les atermoiements : à la question y-a-t’il un lien entre antisémitisme et antisionisme ? La réponse est oui. L’ « islamogauchisme » favorise-t-il ces actes odieux ? La réponse est oui également. Les faits sont les faits.

Pierre Vidal

 

*« Banalité du mal » concept élaboré par la grande philosophe juive d’origine Allemande, réfugiée aux Etats Unis, Hanna Arendt qui passa plusieurs mois enfermée dans le camp de Gurs.

Photo : cercledesvolontaires.fr

 

Le vote blanc

A l’occasion du Grand débat palois qui s’est tenu le 6 février 2019 à Pau, a été évoquée la possibilité de prendre en compte les votes blancs en les considérant comme des suffrages exprimés. Il s’agit là d’une revendication insistante des gilets jaunes. Mais en dépit des apparences ce dispositif nouveau ne serait pas aussi simple que cela et soulève un certain nombre de réflexions.

Tout d’abord, lors de ce débat, le professeur droit public, Philippe Terneyre a eu l’occasion de s’exprimer sur ce sujet. Il a dit qu’il était pour considérer que les votes blancs devaient être intégrés dans les suffrages exprimés, parce que, à son avis, il s’agit d’une expression citoyenne. Il n’en a d’ailleurs pas dit beaucoup plus. Les avis sur ce point, sont en réalité partagés et beaucoup parmi les juristes ou sociologues, estiment au contraire que ne rien dire n’est pas une façon de s’exprimer. Lorsqu’on n’a pas d’opinion et qu’on ne peut pour cette raison faire un choix, on se tait et on vote blanc. Ils parlent alors d’expression taiseuse.

Actuellement lors des élections en France du Président de la République, des députés et des conseillers départementaux, le vote est uninominal à deux tours (sauf pour les départementales où il est binominal, mais cela ne change rien). Le principe est relativement simple pour être élu au premier tour, il faut que le candidat obtienne la majorité absolue des voix, c’est à dire, la moitié des suffrages exprimés plus un. Ne peuvent se maintenir au second tour, lorsqu’il y a lieu d’y recourir, que les candidats qui ont obtenu 12,5% des suffrages exprimés. Qu’en sera-t-il lorsque les votes blancs intégreront les suffrages exprimés ? Il est fort probable que très peu de candidat sera élu dès le premier tour et que beaucoup ne pourront accéder au second. Il est tout aussi probable que les scores de certains élus seront modestes au point que pourra, se poser la question de la représentativité. On peut également s’interroger sur l’incidence qui pourra résulter de cette intégration lors des scrutins à la proportionnelle.

Un autre point, plus matériel celui-ci, est de considérer que le vote blanc devra être possible par la création d’un bulletin de vote spécifique, un bulletin ne comportant aucune inscription. Cela ne constituera-t-il pas une sorte d’incitation à l’usage du vote blanc ? La question mérite d’être posée d’autant que nous Français, de tempérament frondeur et contestataire nous avons une tendance marquée à chercher des moyens de manifester notre mécontentement. Rappelons pour illustrer cela, que lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017, le pourcentage des votes blancs et nuls était de 11,20%, ce qui n’est pas négligeable.

Autre illustration, en revenant sur l’élection présidentielle de 2017 qui, par parenthèses, est celle pour laquelle les Français se mobilisent le plus, les résultats pourraient être modifiés de la façon suivante si les votes blancs avaient été intégrés :

Le président Macron n’aurait pas obtenu 24,01% des suffrages exprimés au premier tour mais 23,57% (et seulement 18,19% des inscrits). Au second tour, il n’aurait pas obtenu 66,10% des suffrages exprimés mais 58,59% (et seulement 43,59% des inscrits). Si les différences ne sont pas énormes pour ce qui concernent l’élection présidentielle, elles le seront vraisemblablement davantage pour les autres élections. Les taux d’abstention en France sont relativement élevés, ainsi pour la présidentielle, il est de 22,23% et 25,44% ; européennes : 57,57% ; législatives : 51,30% et 57,36% ; régionales : 50,09% et 41,59%, départementales : 49,83% et 50,02%.

Une réforme du mode électoral est-elle aussi opportune que certains le prétendent ? Si oui, ne devrait-elle pas s’accompagner de l’obligation de voter ? La question n’est pas simple.

Pau, le 18 février 2019

par Joël Braud

NB : Le prochain grand débat palois se tiendra le vendredi 22 février sur le thème de la transition écologique.

Crédit image : parti du vote blanc.fr

Pas de train sans contrôleur

Un p’tit train s’en va dans la campagne
Un p’tit train s’en va de bon matin
On le voit filer vers la montagne
Tchi tchi fou tchi tchi fou
Pleins d’entrain… 

André Claveau.

Des trains sans contrôleurs c’est ce qui nous attend, sur les lignes dites secondaires ; celles qui concernent quotidiennement une grande partie d’entre nous. Cette décision imminente de la SNCF (on parle du mois de mars) est critiquée par le personnel, elle l’est aussi par de nombreux voyageurs et c’est assez naturel. Le monde change certes, et la machine est censée remplacer le contact avec l’être humain, c’est l’ère numérique qui, annoncée comme un facteur de progrès est en réalité, pour beaucoup –et notamment les plus âgés qui prennent en priorité les transports collectifs- , un casse-tête supplémentaire.

Ainsi, vous l’ignorez peut-être, mais il y a une station, un arrêt plutôt, à la Croix du Prince pour la rame qui va de Pau Gare jusqu’à Bedous désormais. On ne dira jamais assez l’intérêt de cette ligne qui réduit la circulation sur une route dangereuse et déjà très embouteillée. Elle sert cette proximité qui est réclamée par de nombreux de nos concitoyens et participe au désenclavement du monde rural. Une rame confortable, ponctuelle qui semble considérablement fréquentée entre Pau et Oloron en tout cas.

Donc si vous montez dans le train à la Croix du Prince vous ne pouvez pas acheter votre billet sur place car il n’y a pas de distributeurs. Si vous avez acheté une carte de réduction senior, vous ne trouverez pas cette réduction sur page horaire de la SNCF pour prendre le billet à l’avance –elle existe paraît-il mais personne ne la trouve ni n’est capable de la montrer pas même le personnel SNCF. Ainsi si vous arrivez au dernier moment sans billet vous serez obligé d’aller voir le contrôleur, comme vous en avez le droit pour quelques jours encore. Ainsi vous vous signalez auprès de lui et celui-ci vous  fait un billet au prix normal, dans le train. Tout se passe bien ; dans la courtoisie. Les contrôleurs sont assez vigilants pour éviter les infractions. Donc vous descendez à Buzy, par exemple. Au retour, après avoir passé la journée avec votre copain agriculteur, il n’y a pas non plus de moyens d’acheter de billets à cette halte bien commode comme il n’y en a aucun distributeur sur la ligne entre Pau et Bedous sauf à la gare d’Oloron. Rebelote : vous vous signalez dans le train et le contrôleur vous fait un « titre de transport ». Pas de problème donc.

Eh bien, prendre son billet dans le train, ce misérable confort, ne sera plus possible à partir du mois de mars prochain. En montant dans le train sans billet vous vous exposerez à une amende sérieuse. Ainsi le prix du trajet entre Pau et Bedous passera pour vous de 11 à 19 euros. Vous serez présumés coupable d’une grave infraction (voleur en quelque sorte) et, avant même de vous déclarer au contrôleur s’il y en a un par hasard, vous serez considéré comme délinquant, coupable. Pas moyen d’échapper à cette sanction puisque les machines seront paramétrées à cet effet. Si vous persistez à monter sans billet, vous vous exposez à un contrôle à l’arrivée ; ces contrôles seront multipliés dit-on.

Entre Pau et Bedous, dans le train, la vie est un long fleuve tranquille : les paysages sont magnifiques et les voyageurs sympas. Mais ça n’est pas toujours le cas dans les TER. Les témoignages indiquent que sur la ligne Pessac-Arcachon où on expérimente l’absence de contrôleurs, les incivilités se multiplient et les voyageurs les plus fidèles et notamment les plus âgés sont régulièrement ennuyés. On signale par ailleurs que le 23 janvier dernier un accident de voiture a eu lieu entre Bayonne et Hendaye, le 16 janvier une tentative d’agression s’est déroulée entre Pau et Oloron, le 14 décembre 2018 des menaces de mort ont été proférées entre Dax et Ondres et le 10 décembre 2018 entre Dax et Biarritz un conducteur de train a fait un malaise. Tout cela désormais sera signalé par les voyageurs eux-mêmes sur une plateforme téléphonique ou par SMS. A cette invitation de la direction de la SNCF on se demande quelle sera la réponse et les moyens mis en œuvre pour intervenir s’il n’y a plus de contrôleurs et si le conducteur a un malaise : c’est le film catastrophe. Y’a-t-il un pilote dans le train ?

« Pas de train sans contrôleurs » cela devrait être le mot d’ordre des voyageurs pour leur confort comme pour leur sécurité.  Pour ce qui concerne les TER on peut encore écrire au Conseil Régional Nouvelle Aquitain, 14 rue François de Sourdis, 33077 Bordeaux  ou écrire aux élus responsables renaud.lagrave@nouvelle-aquitaine.fr ou alain.rousset@nouvelle-aquitaine.fr ou encore signer la pétition Internet Change.org PasDeTrainSansControleur.

Pierre Vidal

 

Photo Rue89 Bordeaux

 

Encore un petit service amical !

Monsieur Alain JUPPÉ doit à son ami Richard FERRAND, président de l’Assemblée Nationale, de devenir un membre du conseil constitutionnel pour neuf ans alors qu’il aura 74 ans en août 2019. Ce n’est certainement pas le genre de promotion susceptible de réjouir ceux qui souhaiteraient une république plus vertueuse car , enfin , on oublie vite les malversations commises par ce « grand serviteur de l’État ».
Aussi est-il bon de rappeler ce que publiait le Nouvel Observateur le 2 décembre 2004.
« Alain Juppé a été reconnu coupable d’avoir, en tant qu’ex-secrétaire général du RPR (1988-1995) et adjoint aux finances à la mairie de Paris (1983-1995), couvert la rémunération par la Ville de sept personnes qui travaillaient en réalité pour le parti gaulliste.
Dans son arrêt, la cour a estimé « regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unaniment reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l’ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés ».
La cour a aussi jugé « particulièrement regrettable qu’au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l’occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n’ait pas appliqué à son propre parti, dont il était le secrétaire général à l’autorité incontestée, les règles qu’il avait votées au Parlement ».
On connaît la suite du feuilleton. Alors que beaucoup le croyaient définitivement sorti de la scène politique, l’intéressé qui s’était fait oublier quelque temps, s’est vu offrir comme strapontin la mairie de Bordeaux. Sans doute espérait-il mieux puisqu’il a osé postuler aux primaires de la droite en 2016 à l’issue desquelles il déclarait se consacrer aux seules affaires bordelaises. Mais ces gens-là, dont on ne veut plus, sont comme mes caméléons. Un œil peut regarder devant pendant que l’autre regarde à côté. On ne sait jamais, il peut y avoir quelque chose qui traîne ici ou là.
Et voilà une bonne planque pour neuf ans, sans responsabilité, pour un salaire avoisinant mensuellement 13000€. Autrement plus que l’indemnité municipale !
Seul Yves JEGO n’avait pas cru à l’enterrement d’Alain JUPPÈ. Beaucoup d’autres y croyaient dans l’espoir d’une place à prendre.
«  Le bon peuple », celui des gens comme vous et moi, qui travaille, cotise, paient ses impôts, qui râle mais oublie vite, ne va prêter attention à cet outrage aux bonnes mœurs. La moralisation de la politique n’est pas pour demain. Ce n’est pas des milliers de gilets jaunes qui devraient se retrouver dans la rue mais des millions de citoyens paisibles , non casseurs, venant crier leur colère. Il ne manque qu’un chef d’orchestre pour l’organiser. Imaginons-nous le droit pour un tricheur de contrôler la constitutionnalité des lois ?

Pierre ESPOSITO

Crédit photo : Conseil constitutionnel .fr