Grand débat palois, acte II

L’acte II du grand débat palois s’est déroulé au parc des expositions, ce mercredi 6 février 2019. Il y avait beaucoup moins de monde que lors de la précédente édition. Il fallait s’y attendre. Cette fois-ci les thèmes étaient définis : démocratie et citoyenneté.

Deux grands témoins nouveaux : Françoise Pons, magistrat et Philippe Terneyre, professeur de droit public.

François Bayrou toujours dans le rôle de monsieur Loyal précise quelques idées en rapport avec les thèmes retenus : la sincérité de la représentation, le vote proportionnel, le vote blanc et le rôle des médias.

Puis Jean Marziou expose une réflexion sur l’engagement citoyen. Il est suivi de Philippe Tugas qui aborde la notion de représentation.

Interviennent ensuite des gilets jaunes qui sont là pour se faire entendre. Plusieurs personnes de différentes origines prennent la parole. Dans cet ensemble on ne peut éviter, une réflexion sur l’Europe. Il y en a même un qui nous a parlé de la Chine. Bon ! il faut de tout pour faire un monde. Mais ce qui est pénible est de devoir subir des prises de parole qui n’en finissent pas de la part de ceux qui trouvent un plaisir intense à s’écouter eux-même pendant de grands moments, comme si ce qu’ils avaient à dire était d’une importance capitale. Enfin c’est la loi du genre…

Pour ma part, j’avais à cœur de pouvoir poser deux questions aux professeurs de droit public que sont Jean Gourdou et Philippe Terneyre. Et ô miracle, j’ai pu poser ces questions. L’une portait sur les modalités et les conséquences de l’élection des députés à la proportionnelle ; l’autre concernait la prise en compte des votes blancs.

Sur le vote à la proportionnelle, c’est Jean Gourdou qui s’y est collé. Il a fait, selon moi, une approche du sujet en disant qu’il s’agissait d’une procédure qui permettait une meilleure représentation des électeurs mais qu’elle comportait des inconvénients. En réalité ce qu’il a dit, était, à mon sens, pour le moins insuffisant.

J’aurais attendu de lui qu’il nous précise :

  • Qu’il s’agit d’un scrutin de liste.
  • Que ces listes peuvent être constituées soit au niveau des départements, soit, pourquoi pas, au niveau des régions et enfin éventuellement au niveau national.
  • Il aurait pu évoquer les règles fixant la répartition des restes. Ce dernier point, particulièrement technique, aurait pu faire toucher du doigt à ceux qui prônent cette forme d’élection comme une panacée, que ces difficultés ont de quoi faire réfléchir même les plus convaincus.
  • Il aurait dû rappeler l’expérience de la quatrième République (1940 – 1958) caractérisée par une instabilité ministérielle chronique puisque la durée de vie moyenne des gouvernements était de sept mois.
  • Il aurait pu également faire allusion à quelques périodes de la troisième République (1870 – 1940) qui a connu des élections des députés à la proportionnelle (1885 – 1919 – 1924).
  • Que, sur décision de Mitterrand et pour des raisons de politique politicienne, les députés avaient été élus à la proportionnelle le 13 mars 1986. Et qu’aux élections suivantes (5 et 12 juin 1988) nous étions revenus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours par circonscription. Cet épisode de 1986 avait permis à des partis comme le Front National et le parti Communiste de détenir chacun 35 sièges à l’Assemblée Nationale. Lorsqu’on sait qu’à l’époque, il fallait 30 députés pour constituer un groupe et lorsqu’on connaît les prérogatives dont bénéficient les groupes, on enrichit sa réflexion. Mais l’objectif poursuivi par le chef de l’État était de faire barrage au R.P.R.

Ce sont là des éclairages que j’attendais du professeur Jean Gourdou, mais peut-être n’a-t-il pas voulu se positionner en donneur de leçon. Pour ma part, je suis resté sur ma faim…

Mais s’il fallait chercher des éléments qui plaident en la défaveur du vote à la proportionnelle, il faudrait aller les cueillir chez François Bayrou lui-même. Et pourtant il est un ardent défenseur de ce mode électoral. Il faut d’ailleurs noter ici que ce sont principalement les « petits partis » qui défendent la proportionnelle. Normal quand on sait que les partis politiques, subventionnés par l’argent public, le sont en fonction du nombre de leurs élus. Ou, si vous préférez, quand les convictions politiques cèdent le pas aux intérêt financiers.

Au début de la soirée, le maire de Pau s’est lancé dans un plaidoyer en faveur du vote à la proportionnelle, oubliant son engagement de neutralité. Il a même spécifié que tous les pays de l’Europe avaient adopté ce mode de scrutin, ce qui est contestable. Mais surtout dans sa démonstration, il a dit que les élections municipales se font à la proportionnelle et qu’à Pau 95% des décisions sont votées à l’unanimité. A entendre cela, on imagine la satisfaction de l’électeur qui, ayant voté pour l’opposition, constate que dans la réalité, l’opposition qui devrait s’opposer ne s’oppose pas. Il doit en ressentir, à juste raison, un sentiment de trahison.

L’autre argument tient au vote récent des députés du MoDem sur la loi dite anticasseurs. François Bayrou l’a souligné : Josy Poueyto s’est abstenue. Elle a considéré, comme lui-même d’ailleurs, que le pouvoir d’interdire à certaines personnes la possibilité de manifester ne pouvait être confié au Préfet mais au juge. Or sur les trois députés MoDem seule Josy Poueyto a fait ce choix, les deux autres, Bru et Matteï, ont voté pour. Cette donnée nous permet de constater que dans un même parti politique, les convictions de chacun divergent. Lorsqu’on vote pour une personne on vote pour quelqu’un dont on connaît les options politiques. C’est le cas actuellement selon le système d’élection des députés au scrutin uninominal. Lorsqu’on votera selon le mode proportionnel on votera pour une liste présentée par un parti. Malgré un affichage officiel des engagements, il se trouvera des candidats dont les opinions divergent. En votant pour le Modem, par exemple on ne pourra savoir à l’avance qui votera pour ou contre la loi anti casseurs, ou qui s’abstiendra. Une inconnue qu’il faudra bien accepter.

Enfin il y a d’autres arguments qui résultent des petits arrangements entre amis. Pour la constitution des listes par exemple, c’est à celui qui obtiendra une place à un rang éligible, il faudra savoir se placer. L’expérience a montré qu’avec l’émiettement des partis tel qu’il résulte d’un vote à la proportionnelle, il ne sera pas toujours facile au sein de l’Assemblée Nationale de trouver une majorité pour voter une loi. Alors s’ensuivront des petites négociations d’arrière boutique. Si tu me suis sur cette loi je te renverrai l’ascenseur pour telle autre décision. C’est ce qu’on appelle des magouilles. Cela est d’autant plus lourd de conséquences que maintenant les députés ont la possibilité de déposer des projets de loi ce qui n’était pas le cas au début de la cinquième République.

Soyez vous-mêmes juges de ces revendications exprimées par les gilets jaunes, mesurez en les modalités et les conséquences et surtout considérez que la constitution de la cinquième République, par sa conception et sa souplesse, a permis à notre pays de traverser bien des épreuves.

La prochaine fois il faudra parler de la prise en compte des votes blancs.

Pau, le 11 février 2019

par Joël Braud

Crédit image : Le Figaro (source Ministère de l’intérieur – Kantar Sofrès One point)

 

 

« Novlangue »

« Du passé, faisons table rase
Foule esclave debout, debout »

Eugène Pottier 

Bernard Pivot sur son compte tweeter le 26 janvier : « Pétition signée de nombreux écrivains et journalistes contre l’utilisation de l’anglais par le Salon … du Livre de Paris ! «  Le live… Young Adult…Bookroom…Photobooth… » Incroyable! Je signe aussi. »

C’est la novlangue* qui s’adresse désormais aux citoyens, citoyenn.es. L’exemple vient de haut ainsi le premier ministre Edouard Philippe dans un tweet du 31 janvier dénonce le « surpackaging » ( ?) et Emmanuel Macron le lendemain, toujours sur tweeter, annonce trois principes pour le « Sea Watch 3 » (re ?).

Sont entrés dans les conversations quotidiennes et le langage commun, ces barbarismes : hashtag, threat, le live, la start up (… « Nation France »; une rengaine macroniste), btw, LDB, lgtb, fake news (ce dernier a un grand succès), flashballs, les holovans (?), le frexit, mes followers (ils sont 2500…), reporting (il est incomplet, ici), mon facebook, mes instagrams,  je te like, ulpoader, mi-geek, entièrement queer, backup (mieux que backroom), bandwidth, cookie (c’est pas du gâteau !), data, desktop, digital, download, FAQ (frequently asked questions), folder, keyboard, login, link, malaware (à fuir), network, process, router (pour routeur), booster (on en a tous besoin !), trailer (pour bande annonce), ma story (elle passionne tout le monde !), URL, branding, site Web, buisness-plan, design, Happiness Engineers (c’est un métier !), blogueur, bourgeoisie cool qui se décoolifie (cf. « Histoire de ta bêtise » de François Bégaudeau), punk, search marketing, success story, think-thank (lieux où l’on pense la modernité), taxer les GAFA, écouter de la house, se faire un blockbuster, attendre le Black Friday, lire la newsletter (d’Alternatives Pyrénées), aimer le Street Art et la World Music, cluster (numérique), être biker ou jeeper… J’en passe et des meilleurs de ce jargon à la mode qui donne un statut à ceux qui le manient avec ostentation au nom de l’inéluctable modernité et qui fait partie du « grand débat ».

Dans le même ordre d’idée, sont entrés dans le politiquement incorrect et par conséquent difficiles à évoquer en public et a fortiori très risqués à mettre sur la table des dîners élégants, les thèmes suivants : la viande, le climato- scepticisme, la chasse (c’est le pire !), la pêche, la corrida, le gaz de schiste, la ruralité dans son ensemble, le salaire des enseignants, les fonctionnaires (trop nombreux !), l’immigration (une menace plutôt qu’une chance), la limitation de vitesse, le nucléaire (comme source d’énergie), l’élevage industriel, les vaccins (dangereux), les avantages acquis, les syndicats (tous pourris !), les hommes politiques (indéfendables), « Plus belle la vie » (c’est ringard), les ronds-points, le jaune, les gilets, les patrons, la tolérance (il y a des maisons pour ça !), la Russie, Trump, Erdogan, Maduro, Mélenchon ou Wauquiez, Zemmour, Carlos Gohsn et localement Jean Lassalle (vous êtes sûr de votre effet si vous évoquez le maire Lourdios).

Par contre, sont bien vus : l’animalisme et pour les plus cultivés l’anti-spécisme, le végétalisme (mode récente), le trans-humanisme (on va vivre tous vieux !), le cosmopolitisme (cf. « Trois utopies contemporaines» de Francis Wolf), l’alimentation végan, la protection des baleines, des dauphins, l’interdiction des filets pélagiques, la couche d’ozone, la fonte des glaciers et de la banquise, la médecine chinoise ( c’est l’avenir), les voitures électriques, le golf, le yoga ou le pilates, le communautarisme et les minorités (raciales ou sexuelles) dans leur ensemble, les créateurs de petites entreprises, les ONG, le foot (quand la France gagne !), les circuits courts, le bio, l’apithérapie (se soigner grâce au miel), les certifications, l’écriture inclusive, l’allongement de la durée du travail, Nicolas Hulot, Jean-Louis Borloo (il avait raison trop tôt), Jean-Jacques Goldman ( ?), Thomas Pesquet, Juan Guaido, André Glukcsman et « place publique », les activistes environnementaux, la destruction de la planète et la fin du monde programmée, la croissance verte, la transition énergétique, la prime de Noël, les crèches (de Noël), le voile islamique, la laïcité (elle a fait son temps !), la loi anticasseurs, l’interdiction des vaccins, Netflix.**

Comme le déplore Jupiter, notre nouveau César, il existe des « gaulois réfractaires » à la modernité. Ces irréductibles pratiquent la battue aux sangliers puis versent des flots de cervoise lors des banquets où rôtissent les bêtes noires. Au cours de ces agapes, ils préfèrent les gauloiseries à la « novlangue ». Leur potion magique c’est le lien (social) qui les unit, les amis qui ne sont pas virtuels, mais de chair et d’os et munis de solides épaules sur lesquelles on peut compter.

Au fait, comment dit-on village gaulois en « novlangue » ?

 

Pierre Vidal

*La novlangue (ou le) a été inventée par George Orwell dans son livre prophétique « 1894 » : « La novlangue était destinée, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but ».

**Toutes ces listes sont subjectives et non exhaustives.

 

Fermeture du Cairn café

Palais des Pyrénées, à l’angle de l’avenue de Lattre de Tassigny et de la rue louis Barthou, existait un café, sandwicherie, pâtisseries à emporter, le Cairn Café. Cet établissement est maintenant fermé. Cet espace commercial du Palais des Pyrénées serait-il en train de perdre de sa vigueur ?

Déjà ce que l’on peut constater en passant c’est que le propriétaire du fonds a dû se résoudre, contraint et forcé, à disparaître définitivement. Selon ce qui se dit, il n’a pu, malgré une activité soutenue, faire face à un loyer trop élevé. Il a donc tenu durant douze années ce qui fait que maintenant la décision lui est particulièrement amère. Il le dit d’ailleurs par une charge que l’on pourrait qualifier de violente à l’égard du maire et de l’une de ses adjointes.

Mais pour bien mesurer la colère il convient de reproduire le texte qu’il a affiché sur la vitrine extérieure de l’établissement. Tous les passants peuvent en prendre connaissance.

« Merci pour ce moment, 5 emplois détruits. BAYROU (et toute sa clique). Ces pleutres vont dire : « c’est la faute à la BNP ». Faux, que BAYROU et PEDETOUR rendent des comptes. Ils ont fait arracher par leurs sbires tous les documents que ce brave petit commerçant, 12 ans d’activité, avait scotché (SIC) à l’intérieur de sa vitrine et qui leur demandait un RV. Ces chèvres ne lui ont même pas répondu. Alors que les autres loyers avaient été renégociés à la baisse. Ainsi et de plus, la girouette a donné, nous disons bien donné 30000,00 euros à « COLOMBUS café ». Notre argent public. Et à quel titre ??? De quel droit ??? Bref, il se la joue à la « BALKANY ». Lire édition « Rép des Pyrénées » du 24/11/2018.»

Le moins que l’on puisse dire est que la charge est violente et sans aucun doute à la mesure de la douleur ressentie par son rédacteur.

Nous ne nous attacherons pas ici à savoir si vraiment aucun rendez-vous n’a été accordé à ce commerçant, alors qu’il l’avait demandé, ni si cette somme de 30 000euros a effectivement été versée au concurrent qui s’est installé à l’autre bout de la galerie, ni enfin si cette nouvelle concurrence est la cause principale des difficultés ayant conduit à une fermeture définitive du Cairn café. Mais, à une époque où le commerce du centre de la ville de Pau se porte mal (comme dans beaucoup de villes de même importance), à une époque où des « gilets jaunes » expriment une colère qui résulte principalement de n’être pas entendus, ne faut-il pas porter une attention particulière à ce cri de désespoir ?

Même s’il est vrai que les élus n’ont pas les pouvoirs qu’ils prétendent détenir, l’écoute et l’attention à leurs administrés doivent demeurer le plus pressant de leurs devoirs. Ne serait-ce que pour leur avouer modestement leur incompétence.

Pau, le 6 février 2019

par Joël Braud

Maire rural et modernité

Un maire se doit d’être « bon pour tous » entendait-on dans les petites communes rurales au milieu du précèdent siècle.
Actuellement et comme avant, ils gèrent leur commune du mieux qu’ils peuvent. Mais est-ce suffisant lorsque tout évolue ?

Les maires ruraux s’appliquent notamment à écouter la volonté des habitants, à œuvrer pour le développement de leur village et à réaliser les projets qui font consensus. Ainsi entendons-nous souvent des slogans comme : « C’est ce que veulent les gens », «Si on ne se développe pas, on crève » ou encore « On en parle depuis vingt ans ».
La situation de mon village donne quelques éléments de réflexion sur cette gouvernance dans un contexte de transformation de la société.

La population de mon village a crû de 50% depuis 1998. Elle a dépassé les 300 habitants. Des pavillons sont toujours en cours de construction ou en projets et des terrains sont encore en vente.
Cet accroissement de la population n’est pas principalement lié à l’activité locale (rurale) mais à la proximité d’un axe de mobilité ainsi qu’à la valeur relativement faible du m² constructible par rapport aux centralités principales. La présence d’une école fonctionnant dans le cadre d’un regroupement pédagogique serait également facteur d’attractivité. Curieusement la qualité des paysages semblerait secondaire.

« C’est ce que veulent les gens ».
Lors de l’élaboration de la Carte Communale, tout propriétaire foncier et sa famille (encore 2/3 de la population) souhaitaient avoir au moins un terrain classé constructible ; en prix, ~2.000 m² constructibles équivalent à ~4 ha. de terre agricole.
~20% de propriétaires et de leurs familles ont bénéficié d’un tel classement (*). Les autres, résignés, « rêvent encore » que leur tour viendra lors d’une prochaine révision. D’ailleurs l’urbain s’étale toujours et la demande de terrains constructibles reste localement soutenue.
L’espace rural est-il un bien commun ou un bien marchand ? Les élus prennent-ils vraiment en compte l’intérêt général (**) ?

« Si on ne se développe pas, on crève ».
L’arrivée de quelques jeunes ménages a permis de conforter et récemment d’y maintenir le fonctionnement d’une classe. Toutefois, la scolarisation d’un enfant en primaire est courte. Chaque année les parents d’élèves font la « chasse » aux nouveaux élèves pour conserver les effectifs en primaire ou maternelle et garder les classes ouvertes. Mais les nouveaux arrivants font aussi d’autres arbitrages. Le village devra donc continuer à attirer de jeunes ménages encore longtemps.
Dans un pays où la croissance démographique est faible, ce jeu ne finira-t-il pas par avoir plus de perdants  que de gagnants ?

« On en parle depuis vingt ans ».
Avec l’accroissement des ressources budgétaires dû à l’installation de nouveaux habitants, la construction d’une mairie a pu être lancée (coût : ~200.000 Euros). Le temps d’ouverture hebdomadaire au public de 9,5 heures, réparties sur trois demi-journées, sera vraisemblablement reconduit. L’inauguration est prévue en juin. Elle rassemblera certainement tous les notables et élus des environs.
Les problématiques (mobilité, emploi, énergie, garderies et autres activités socioculturelles par exemple) propres aux nouveaux résidents, n’auraient-elles pas été tout aussi prioritaires ?

Ces exemples témoignent que nos arbitrages peuvent aller à l’encontre de l’intérêt général.
Ils suggèrent aussi que l’organisation territoriale hiérarchisée, avec à la base les communes et leurs élus, (soi-disant) proches des citoyens, ne sait pas mieux répondre aux mutations actuelles (prédominance des réseaux et des flux) que les (soi-disant) élites qui nous gouvernent.
« Faire de son mieux », ne garantit plus de « faire bien ». D’autres modes d’organisation locale (réseaux) et/ou de pratiques démocratiques (participation, partage) sont certainement à envisager, y compris en milieu rural et notamment dans la perspective de fusions de communes. Ce n’est pas forcément simple.

Larouture

Crédit photo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:D%C3%A9mocratie_Ouverte.png

 

(*) : La valeur foncière agricole et naturelle totale de la commune dont la superficie est d’~1.000 ha, est de l’ordre de 8 millions d’euros. La plus-value foncière apportée par les terrains classés constructibles et commercialisés au cours des 20 dernières années est
d’~2 millions d’Euros (hors évolution du prix du foncier).
A noter que les propriétaires n’y sont pour rien…
A noter également que la rétention foncière est faible. En fait elle est généralement surestimée lors de l’élaboration des Cartes Communales ou PLU. Tous les élus locaux et leurs représentants se sont bien entendus sur ce point. Celui-ci a concouru à accroître l’étalement urbain et me semble être un biais important dans l’objectif des lois SRU de limiter cet étalement.
La Carte Communale de mon village qui devait être révisée en 2013 avec une réduction de moitié des zones constructibles, court toujours. Elle est encore dans l’attente de l’élaboration d’un PLU Intercommunal. Pour l’instant l’urbanisation du village (et des environs) semble régie par « Stéphane Plazza »…
De manière générale, l’étalement urbain étant maintenant un fait, je pressens qu’il est urgent pour tous les élus locaux d’accroître leur maîtrise sur le foncier, qu’il soit constructible, agricole ou naturel. A cet égard, je note une certaine réserve dans l’utilisation de la procédure de préemption. Préemption est peut-être assimilée à expropriation.

(**) : Un rappel actualisé d’un commentaire sur A@P concernant les assises du foncier agricole du 18/11/2011 à Aicirits, organisées par la Chambre d’Agriculture sur la problématique « étalement urbain et consommation de terres agricoles ».
Le Maire de Pardies-Piétât qui représentait le Président de l’Association des Maires du Département M. Habib, indiquait que les politiques locales d’aménagement correspondaient à l’attente des électeurs.
M. le Sous-Préfet de Bayonne rappela dans son intervention qu’il n’était pas non plus interdit qu’un élu local s’intéresse à l’intérêt général.
Il n’est pas sûr que le maire de Pardies-Piétât ait entendu cette remarque car il conversait en aparté avec un autre élu. Le maire de Mouguère, je crois.
Cette remarque, voire cette remontrance vis-à-vis d’un élu, m’avait semblé bien impertinente de la part d’un commis de l’Etat mais aussi bien judicieuse. Peut-être était- elle également le signe d’un fonctionnaire à fort potentiel.
Ce sous-préfet a été nommé en 2017 à la tête de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) et occupe actuellement le poste de secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur.
Si chemin faisant il a certainement dû recadrer bon nombre d’élus, le voilà qui maintenant reçoit des leçons de leur part …

Curieuse coïncidence !

Comparaison n’est pas raison mais c’est troublant parfois !

Il n’est un secret pour personne que notre monde va mal, certains parlent de chaos. Une pathologie frappe de plus en plus fort l’espèce et la société humaine. Le terme de métastase est souvent évoqué.

Homo sapiens serait-il atteint de néolibéro-néoplasie maligne !

Toutes les régions du globe sont atteintes ; la France n’est pas épargnée et les symptômes n’échappent pas aux oncologues.

Résumons les en langage biologique :

La néoplasie maligne est un cancer, terme général désignant une maladie où des cellules d’un organisme adoptent un comportement anormal caractérisé par :
– L’indépendance vis-à-vis des signaux qui stimulent normalement la multiplication des cellules. C’est l’anarchie multiplicatrice.
– L’insensibilité aux signaux et mécanismes anti-prolifératifs régulant les phénomènes de croissance, de réparation, de résistance à l’immunité hormonale et cellulaire. La coordination par les centres nerveux est bloquée.
– La capacité proliférative n’est plus limitée, c’est la croissance infinie.
– La disparition du phénomène d’apoptose, processus par lequel des cellules déclenchent leur auto-destruction en réponse à un signal. C’est la mort nécessaire permettant la régénération, le rajeunissement et l’actualisation des nouvelles structures des organismes (globules rouges, cellules épithéliales, musculaires, etc.). Dans ce cas, ces structures inutiles ne disparaissent pas en réponse aux nécessités adaptatives de l’équilibre.
– La capacité anormale à susciter l’angiogenèse ; c’est le processus de création, extension, croissance de nouveaux vaisseaux sanguins. à partir de vaisseaux préexistants. Les cellules cancéreuses ont besoin de beaucoup d’oxygène et favorisent la prolifération des vaisseaux dans les tumeurs.
– Acquisition d’un pouvoir invasif facilité par l’angiogenèse et la production de métastases destructrices dans tous les organes.
>La société est un super-organisme vivant, traduisons, dans le même ordre, en langage socio-économique :

– «Indépendance vis-à-vis des signaux» : c’est l’indépendance des comportements des acteurs de l’économie vis-à-vis des signaux qui stimulent normalement la reproduction, l’exploitation, la production, la consommation, la pollution… Chacun se veut «libre», indépendant, sans contraintes susceptibles de s’opposer à la loi des échanges. C’est la lutte contre ce qui peut entraver la loi du marché et la concurrence libre, d’où l’anarchie multiplicatrice.

– «Une insensibilité aux signaux et mécanismes anti-prolifératifs» : L’État qui contrôle et régule est un parasite dépensier dont il faut diminuer le plus possible l’influence. Les études qui alertent sur les dangers de l’extension de la pollution, de l’hyper consommation, de la pauvreté…,  des maladies, sont rejetés par le jeu des lobbies, de la publicité, de la nécessité de faire le maximum de profits non ruisselants.

Il ne faut plus de cerveau «raisonnable» mais un stimulateur de consommation déraisonnée d’énergie.

  • La capacité proliférative n’est plus limitée : la croissance est infinie. «Les experts» la valorisent sans arrêt. C’est la multiplication de la production, consommation, gaspillage, de l’épuisement des réserves, des déchets…, d’où les maladies, l’épuisement…
  • La capacité anormale à susciter l’angiogenèse. La société hyperconsommatrice a besoin de beaucoup d’oxygène et de carburant, elle favorise la prolifération «des vaisseaux» ; la création, multiplication, extension, élargissement des voies de communication : routes, auto-routes, LGV, lignes aériennes, lignes maritimes, NTC… autant de réseaux favorisant la diffusion de plus en plus rapide des métastases économiques. Le numérique fait exploser les communications, interrelations et interactions polluantes énergétiquement et psychologiquement, politiquement et socialement aussi. C’est le grand Débat, il est mondial !
  • La disparition du phénomène d’apoptose. Les structures prolifératives ne disparaissent pas en réponse aux nécessités d’un équilibre. Nous sommes en plein dans le renouvellement des mandats, l‘accumulation des textes et des lois, le mille-feuille administratif, le monopole de la gouvernance par les énarques, la persistance insolente et coûteuse des grands patrons du Cac 40, la production de produits dangereux pour notre vie, comme dans l’industrie agroalimentaire, la fabrication du plastique et la persistance des énergies fossiles…
    L’acquisition :
    + d’un pouvoir invasif : prolifération des contraintes administratives complexifiantes et paralysantes,  des banques, emplois et entreprises parasites de «conseils», les fondations, instituts…, vente, expertise, publicité, etc., dans tous les domaines où règne la concurrence : finance, assurance, management, politique…, langage sélectif pour mieux profiter entre soi.

+ et de production de métastases de destruction des organes vitaux du service public.

Cette comparaison, purement formelle au départ, prend une tournure relationnelle quand on compare les deux «traductions».
Le néolibéralisme débridé actuel est-il encore du libéralisme ? Ne serait-il pas devenu une branche déviationniste de l’économie, assimilable à de la «néoplasie maligne» ?

Révolution industrielle et libéralisme remontent surtout au XIXème siècle ; les cancers, bien connus avant, se sont surtout multipliés et diversifiés depuis.

Dans les deux cas, l’issue du mal est angoissante ; si des progrès thérapeutiques ont été réalisés en cancérologie, cela empire en économie. Un populisme délirant fait craindre le pire. Des mouvements de résistance se sont successivement mis en place : socialisme, socio-libéralisme, social-démocratie, mouvements écologistes divers ; la macroéconomie les neutralise ; culture bio, circuits courts, économie circulaire …, se portent bien ; la microéconomie est une thérapie d’avenir.


L’école devrait renforcer les défenses immunitaires, ce n’est pas prévu !


Le relationnel prend toute sa force si on se penche sur les liens directs qui existent entre les causes des cancers et les objectifs du système économico-financier actuel.

On admet de nos jours qu’environ les deux tiers des cas de cancer sont imputables aux habitudes de vie, essentiellement au tabagisme et à l’alimentation. L’exposition à des substances cancérigènes présentes dans l’environnement (pollution de l’air, substances toxiques manipulées au travail, pesticides, etc.) accroît aussi le risque de cancer.

Le facteur héréditaire est faible : moins de 10% des cas, tous types de cancer confondus ; des origines épigénétiques de nature environnementale sont démontrées; les experts de l’INSERM écrivaient en 2005 :

L’exposition environnementale est impliquée dans la majorité des cancers.
«La période de 1930-1940 marque une véritable rupture en général, pour le cancer en particulier. C’est la pleine Révolution Industrielle, c’est-à-dire le passage d’une société agricole à une société de production industrielle mécanisée. Cette période a vu naître et croître de très nombreuses industries associées à un rejet de substances diverses n’existant pas avant.»
Le CIRC/OMS a établi une liste des produits cancérigènes présents dans l’environnement. En 30 ans, il en a testé 900 (une infime proportion des plus de 100000 molécules qui sont répandues, à coups de millions de tonnes par an, sans contrôle, par l’industrie depuis 1940). Sur les 900 produits, un seul a été reconnu comme n’étant pas cancérigène ; 95 ont été classés cancérigènes établis, 307 cancérigènes probables, 497 inclassables. Globalement les cancers ont augmenté d’environ 50 % depuis 1950, en tenant compte des progrès du dépistage.

Autrement dit, les tumeurs se sont surtout multipliées pendant le demi-siècle où l’environnement urbain, les transports et l’industrie se sont développés et hypertrophiés.

Actuellement, plus de huit citadins sur dix vivent dans un environnement où les niveaux de pollution dépassent les seuils fixés par l’OMS.

Ajoutons le rôle du tabac, des régimes alimentaires : alcool, viande, gros poissons du haut de la chaîne alimentaire (de plus en plus d’élevage !), contaminants cancérigènes reconnus tels que la dioxine, les PCB ou certains pesticides qui persistent dans l’environnement malgré leur interdiction depuis des années. Le «Canard»signalait que des scientifiques avait trouvé dans les amphipodes (crustacés marins) des fosses de Kermadec et des Mariannes (6 à 10000 m) des doses de PCB 50 fois plus importantes que dans les crabes d’un des fleuves de Chine les plus pollués !

Aujourd’hui, il est admis qu’il existe un lien entre stress et cancer car le stress pousse à adopter des comportements qui ont prouvé leur caractère cancérigène : manque d’activité physique, carence du sommeil, alimentation défavorable, alcool, précarité pour consulter un médecin…., taux de suicides.

Déchets : le 30/11/ 2006, l’Institut National de Veille Sanitaire a présenté une étude accablante sur 120 incinérateurs de déchets actuellement en France. Il existerait une relation significative entre le lieu de résidence sous un panache d’incinérateur de 1972 à 1985 et l’augmentation du risque de certains cancers, notamment les cancers du sein…

On ne peut plus parler de libéralisme ou néolibéralisme, c’est devenu un « isme » où le meilleur est remplacé par  celui qui s’impose par la force.

L’actualité brûlante  montre que les soins intensifs s’imposent si on ne veut pas passer en soins palliatifs ! 

Pour le biologique et le socio-politique, les solutions sont toujours les mêmes mais volontairement ignorées.

Pour éviter les conséquences dangereuses il faut s’attaquer aux causes

«Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux»

Marcel Proust.

Signé Georges Vallet

crédit photo:telavivcat.unblog.fr

Au Mélies de Pau : « Un berger et deux perchés à l’Elysée ? »

berger « Un berger et deux perchés à l’Elysées ? », le film qui retrace la campagne de Jean Lassalle aux dernières élections présidentielles est actuellement diffusé au Mélies de Pau comme il l’est aussi à Tarbes. Cette sortie cinéma d’un documentaire complètement décalé, réalisé avec des moyens très réduits, auquel peu croyaient –ni l’establishment politique et encore moins les professionnels traditionnels du  cinéma- est en soi un exploit. Il est dû à la ténacité des deux réalisateurs Pierre Carles et Philippe Lespinasse. Son succès, inattendu pour beaucoup de bons esprits formatés, est fondé en premier lieu sur le héros de ce « road movie » inédit qui crève l’écran et qui donne tout son cachet à cet Ovni cinématographique. Démarche paradoxale mais aussi amusante, où l’on retrouve un « petit » candidat chaleureux et enthousiaste, qui détonne dans un monde politique médiocre, standardisé et désespérant ferraillant avec ses adversaires et un univers médiatique impitoyable à son égard.

Le film néanmoins a ses limites. Elles tiennent aux partis pris des deux réalisateurs qui, se mettant en scène, veulent absolument faire rentrer le berger de Lourdios-Ichère dans des cases préétablies qui leur appartiennent mais qui ne correspondent pas au personnage. Pierre Carles et Philippe Lespinasse le disent avec honnêteté : leurs conseils ne seront jamais écoutés et c’est tant mieux. Car Lassalle est inclassable, car même s’il peut avoir comme ami André Chassaigne le brillant député communiste ou une proximité ponctuelle avec le candidat trotstkiste –NPA- Philippe Poutou, il ne se range dans aucun camps si ce n’est le sien. Il vient de refuser de participer à la liste du PC pour les prochaines élections européennes. Avant-lui, Emmanuel Maffre-Beaugé, un autre paysan inclassable, chrétien pratiquant, vigneron du Languedoc en colère, avait accepté de se placer sur la liste communiste où il avait été élu largement. Mais les temps ont changé et la voie de Lassalle est différente, ses objectifs autres. Il fera sa liste…

Lassalle n’est pas ce crypto gauchiste qui s’ignorerait comme l’avait cru un peu vite les deux réalisateurs. Espéraient-ils le manipuler et l’amener sur cette voie ? De ce point de vue ils ont échoué et le film d’ailleurs se termine par l’aveu de leur déception. Leur propos, le film pâtit un peu de ce parti pris récurrent qui les conduit jusqu’à plusieurs explications sévères mais vaines avec le montagnard têtu que rien n’ébranle troquant alors sa bonhomie pour une rudesse insoupçonnée. Nous ne dirons pas les raisons de ces « fâcheries » pour ne pas nuire à l’intrigue ; disons qu’elles ont un caractère moral et qu’elles peuvent troubler. Leurs mises en scènes montrent l’ambiguïté d’un personnage dont la naïveté troublante peut être « contre-productive » mais qui est assumée.

En fait, dans ce film et c’est ce qui en fait l’intérêt, la saveur, Lassalle fait du Lassalle et rien ne l’en empêche, pas même les considérations tactiques. Il ne se laisse pas enfermer dans un système politique. Il a compris la grande loi de la communication : avant toute chose, il faut être soi-même.

La question des moyens, il en faut pour se lancer dans une aventure politique de cet acabit, ne le préoccupe pas : il y croit c’est tout. Il y a une sorte de discours messianiste chez le Béarnais. Un constat que personne ne peut discuter : celui de la destruction du lien social, de l’urgence à reconstruire un monde plus juste. Le comment n’est pas son problème ; son problème c’est la prise de conscience de la dégradation de notre société. Lui se situe dans l’action, dans le verbe qu’il porte haut en bon Gascon et dans le symbole, le geste qui touche plus que de pénibles explications ce fut le cas récemment lors du port de son gilet jaune à l’Assemblée Nationale durement sanctionné.

Enfin et peut-être surtout, Jean Lassalle devient le porte-parole d’une France rurale maltraitée, reniée par des élites méprisantes mais dont nous nous sentons tous plus ou moins les fils et dont les valeurs nous touchent dans ce que nous avons de plus intimes : nos racines. Le film illustre bien cet enracinement rural, pyrénéen : sa ferme, ses brebis, ses chevaux, son fromage, les amis qui montent les pistes en 4×4, la tronçonneuse en panne… La beauté de la montagne, la nôtre, très présente, donne une dimension esthétique à l’ensemble et le vol de l’aigle royal sur le col d’ Iraty vaut bien que l’on interrompe une discussion politique fusse-t-elle cruciale.

Pierre Michel Vidal

Le grand débat palois

Il a bien eu lieu comme prévu le vendredi 25 janvier 2019 à 18 h 00. J’y étais , je suis parti avant la fin. J’en retire une impression mitigée.

D’abord, il n’y avait pas sept personnes référentes comme indiqué au départ mais seulement six. En effet, Denys de Bechillon, professeur de droit public, spécialiste des institutions était absent. Restaient sur la scène, Mme Valérie Paris, présidente de la C.P.A.M. (Caisse Primaire d’Assurance Maladie), Mme Fabienne BASCOU administratrice de la C.A.F. (Caisse d’Allocations Familiales), M. Jacques Le Cacheux, professeur d’économie et de finances publiques, M. Jean Gourdou, professeur de droit public, spécialisé dans les collectivités locales, M. Jean Marziou ancien rédacteur en chef de Pyrénées Presse et M. Philippe Tugas ancien rédacteur en chef de Pyrénées presse et de Sud Ouest.

Dès le début, François Bayrou, auto-positionné en Monsieur Loyal se livre à une introduction qui dure presque une demi heure. On a beaucoup lu dans la presse locale les réactions à ce choix de se choisir lui-même pour animer ce débat dans un esprit, disait-il, de parfaite neutralité. Il faut croire que cette position de neutralité absolue n’est pas aussi facile qu’il y paraît parce qu’à deux ou trois reprises, François Bayrou a dû l’oublier. Il faut dire que la prise de parole de certaines personnes qui ont confondu grand débat national et campagne électorale pour les prochaines municipales, l’ont conduit à être plus maire de Pau qu’organisateur de la soirée. En effet la situation du commerce de Pau a fait polémique, il faut reconnaître que ce n’était pas tout à fait l’objet. Il a d’ailleurs su le dire en rappelant que ce n’était pas un débat municipal.

Au fond de la salle l’atmosphère était lourde. S’y trouvaient en effet des « gilets jaunes » remontés comme des pendules, qui n’avaient qu’un objectif, en découdre. Même si l’on peut considérer qu’ils étaient dans leur rôle et que sans leur mouvement cette rencontre n’aurait jamais eu lieu on ne peut leur reconnaître le droit de perturber un débat qui est une réponse à l’expression de leur colère. Les interpellations fusaient en direction de François Bayrou. Il y a même eu deux comportements qui ont paru à beaucoup hors de propos. Un fonctionnaire de l’hôpital de Pau qui a traité les élus de voleurs. Ce qui lui a valu une réaction ferme de Bayrou. Enfin dans le chapitre des incidents on peut également citer le faible d’esprit de service, bien connu sur la place de Pau, qui, bien qu’ayant protégé ses rares neurones sous son béret, a proféré des propos que personne n’a compris. Mais il était dans son rôle habituel.

La première intervenante fut une commerçante d’Artiguelouve. Elle a décrit sa situation de façon pathétique et s’est même excusée d’avoir à s’exposer ainsi devant des gens qu’elle ne connaissait pas. Elle a évoqué successivement le R.S.I. (Régime spécial des indépendants) qui l’étranglait et la suprématie de la grande distribution. Un grand moment d’émotion. Puis ont suivi d’autres intervenants qui, en commençant par exposer leur propre situation, ont déploré que le pays ne se sente plus représenté et dit qu’il il y avait urgence à réduire les charges des entreprises. Une dame en invalidité a également parlé des nombreuses difficultés auxquelles elle devait faire face pour continuer à vivre. Un témoignage poignant. Une infirmière de l’EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) de Sauvagnon nous a décrit sa situation professionnelle. Enfin une dame, très respectable qui avait préparé son intervention par écrit a su conclure en évoquant l’aspect humain des rapports entre citoyens et administrations. Ce fut l’occasion pour Bayrou de dénoncer ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la dématérialisation. Un franc succès pour lui car correspondant à un mal vivre ressenti par beaucoup.

A côté de cela, il faut bien reconnaître que certains, peu nombreux certes, étaient venus là pour exposer dans de longues diatribes leur vision d’une société idéale. Le premier, Roland Bermude, si j’ai bien noté, nous a gratifié d’un monologue sans fin ; c’est long surtout lorsqu’on ne comprend pas vraiment ce qu’il veut démontrer. Il a même curieusement dans l’élan, cité une phrase du Général de Gaulle contenu dans le livre d’Alain Peyrefitte « C’était de Gaulle ». Une phrase raciste, du moins selon les critères actuels. Cela lui a valu d’être repris de volée par Bayrou qui lui a rappelé que la notion de race n’existe pas. Et puis a eu la parole un gilet jaune qui, avec une constance admirable, tenait la main levée depuis le début de la rencontre. Il a d’abord dit qu’il était chercheur, je ne sais plus où, et qu’il appartenait à Lutte Ouvrière. Il venait donc nous faire part de ses convictions avec une véhémence telle qu’un de ses voisins, aux cheveux blancs, s’est levé comme pour l’agresser, si bien qu’un chargé de sécurité a dû s’interposer.

C’est à ce moment là que j’ai décidé de partir, il était 20 h 30. Bien tôt sans doute en regard de l’heure de fin de réunion qui s’est située aux alentours de 23 h 30.

Le thème du chômage n’a été que très peu abordé, sinon par Bayrou pour dire que la plus récente statistique laissait apparaître une baisse de celui-ci. Mais au delà, il faut regretter que les personnes référentes n’aient été que peu sollicitées. Une fois, la présidente de la C.P.A.M. a pu donner son avis sur le R.S.I d’une façon technique. L’administratrice de la C.A.F. a également pris la parole d’une façon discrète. Ce qui est surtout ressorti de leurs propos c’est que dans leurs fonctions elles se trouvent confrontées à une multiplicité de textes qui rendent particulièrement compliquée l’action des organismes qu’elles représentent. Je n’ai pas entendu les juristes et les journalistes s’exprimer. Si l’occasion m’en avait été donnée j’aurais demandé aux juristes de nous parler de ces revendications que sont : la démocratie participative, la proportionnelle et le vote blanc. Cela n’a pas été le cas, cependant leur point de vue aurait, me semble-t-il, été de nature à faire perdre à certains les illusions qui sont actuellement les leurs sur ces sujets.

Enfin, le régime est maintenant dans le dialogue et ça ne fonctionne pas trop mal. Il faudra bien que la France trouve le moyen de résoudre ce problème de démocratie parce qu’il y a une réelle rupture de confiance entre les citoyens et les responsables politiques. Y parviendrons-nous ?

Pau, le 29 janvier 2019

par Joël Braud

N’oublier, jamais !

Photo de déportés derrière les barbelés prise en 1945 au moment de la libération du camp de concentration d’Auschwitz en Pologne où des millions de juifs furent exterminés par les nazis durant la deuxième guerre mondiale. // A picture of inmates behind barbed wire taken in 1945 when the concentration camp of Auschwitz was liberated in Poland where millions of Jewish deportees were exterminated by nazis during World War II.

 

« Ils n´arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d´oublier, étonnés qu´à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues ».

Jean Ferrat « Nuit et Brouillard »

 

Nous célébrons ce dimanche la « Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité ».  Comme le précise le site dédié à cette journée « La France a retenu la date du 27 janvier, anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, pour cette journée de la mémoire. […] Cette journée de la mémoire devra faire prendre conscience que le mal absolu existe et que le relativisme n’est pas compatible avec les valeurs de la République ». 

Rappelons le bilan quantitatif de cet odieux massacre de masse, le génocide le plus effroyable que l’humanité n’ait jamais commis : La Shoah, c’est-à-dire une extermination systématique par l’Allemagne nazie d’entre cinq à six millions de Juifs, soit les deux tiers des Juifs d’Europe et environ 40 % des Juifs du monde. Une extermination qui se « distingue » par son caractère systématique et « industriel » à l’encontre d’une population désarmée et innocente, effectuée de sang-froid par des criminels déterminés, dans une indifférence quasi totale hormis quelques exceptions remarquables. Nous ne reviendrons pas sur les immenses souffrances, les tortures subies par ces innocents, souvent des gens âgés, mais aussi pour beaucoup des enfants, 1 million 500 000 d’entre eux disparaîtront dans ce massacre. C’est une tâche indélébile sur la conscience européenne et sur l’histoire de notre continent.

En a-t-on tiré toutes les conséquences morales ? Non ! La communauté juive qui accélère son « ayala » vers la « terre promise » en a une perception aigue ; c’est normal elle est directement concernée. Outre la montée de mouvements xénophobes, voire ouvertement antisémites dans l’ensemble de l’Europe et au cœur même de l’Allemagne, si on regarde honnêtement l’état de notre pays, la France, patrie des Droits de l’Homme, on peut comprendre cette angoisse nourrie des leçons du passé. Trois illustrations récentes, différentes certes, mais significatives, devraient nous faire réfléchir.

D’abord le récent traitement « de faveur » fait à Pétain par le président Macron à l’issue de « son itinérance mémorielle » moment crucial intimement lié à la crise que nous vivons aujourd’hui. Il s’agissait de célébrer le vainqueur de Verdun plutôt que le chef de Vichy. Mais peut-on couper en deux les individus ? Diviser en quelque sorte un personnage de cet acabit, dont, de toute manière, l’antisémitisme est avéré depuis le début de sa carrière ? Pétain chef suprême du gouvernement de Vichy a couvert toutes les mesures antisémites menées par Laval et consorts. Nous sommes avec la célébration d’un personnage de cet acabit dans une sorte de relativisme qui se situe à l’inverse du courageux discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995 sur les lieux de la Rafle du Vel d’Hiv : « Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte. Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. »

Le couvercle ayant été levé certains se crurent autorisés à déverser leur haine et leurs fantasmes. On en trouve de nombreuses traces dans le mouvement des gilets jaunes. La quenelle du sinistre Dieudonné a été reprise en cœur par plusieurs d’entre eux et ils ont été dénoncés à juste titre par les médias. Dans un fil Twitter un journaliste de 20 Minutes, Thibaut Chevillard* témoigne de ce qu’il a vu dans la ligne 4 du métro parisien le soir de l’acte 6 des gilets jaunes. « À l’intérieur; trois gilets jaunes, un peu éméchés, hurlant : ‘Macron démission !’ Il s’agissait d’hommes d’une quarantaine d’années, plutôt bon chic bon genre, qui rentraient de la manifestation. […] Ils ont commencé à faire des quenelles, des quenelles « de 40 ». Une petite vieille, cheveux grisonnants, le dos voûté, s’est levée. Elle est allée vers eux et leur a demandé d’arrêter. Un autre s’est ensuite mis à hurler : ‘Dégage la vieille ! Dégage la vieille ! Dégage la vieille !’ Son copain a enchaîné avec un bon vieux : « On est chez nous ! On est chez nous ! La petite vieille est retournée s’asseoir sous leurs insultes. A l’arrêt suivant, elle est descendue, silencieuse, tête baissée. Eux avaient l’air très fier de leur coup. […] Personne ne s’est levé pour prendre la défense de cette petite vieille. J’ai eu honte de ce que je venais de voir. Honte de ne pas avoir bougé. » Cela ne qualifie pas le mouvement dans son ensemble, évidemment, mais c’est le signe d’un antisémitisme latent qui ne demande qu’à resurgir.

La stigmatisation de la politique Israélienne de la part d’une partie des élites de droite comme de gauche et la victimisation de leurs adversaires Palestiniens posent aussi question. Comment oublier que l’Etat d’Israël est né directement de la catastrophe de la Shoah. Qui sommes-nous pour donner des leçons à cet Etat dont certains contestent encore l’existence même ? Même si nous ne partageons pas la politique de Benjamin Néthanayu –élu démocratiquement faut-il le rappeler- comment oublier que ce petit pays, encerclé de toute part, est constitué des rescapés et de leurs descendants des camps de la mort ? Faut-il savoir se mettre dans la peau des autres pour comprendre leurs comportements ? Notre Président lorsqu’il va vendre des armes en Egypte mesure-t-il qu’il met potentiellement en danger la nation Israélienne ?

En cette journée triste où l’on commémore la découverte des charniers d’Auschwitz On tremble encore devant la persévérance de cette haine sourde et mystérieuse qui déclenche ces comportements ahurissants, violents et inhumains. N’oublier, jamais !

Pierre Michel Vidal

*Cité par L’Express du 23/12/18

Photo DR

 

 

 

Géothermie à Pau : le fiasco !

chaleur 0   Ainsi, il aura fallu six ans pour que l’on se rende enfin compte de l’impossibilité technico-financière du projet de Lons. Combien d’argent public est donc parti en fumée par l’incompétence de nos décideurs ?

C’était en 2013, après avoir examiné longuement le projet de géothermie de Fonroche à Lons, j’ai écrit trois articles qui démontrent sans ambiguïté :

– que ce projet n’apporte rien quant à l’acquisition de compétences techniques ou économiques en géothermie profonde

– que ce projet rassemble des problèmes techniques uniques qui le rendent irréalisable techniquement et encore plus financièrement (le réservoir déplété par l’exploitation du gaz est le handicap majeur)

https://alternatives-pyrenees.com/2013/09/16/geothermie-a-lons-un-projet-de-recherche-de-fonds-1/

https://alternatives-pyrenees.com/2013/09/18/geothermie-a-lons-un-projet-de-recherche-de-fonds-2/

https://alternatives-pyrenees.com/2013/09/19/geothermie-a-lons-un-projet-de-recherche-de-fonds-3/

Mes conclusions étaient sans appel :

« Pour ce qui concerne le projet de Lons, il serait assez étonnant que la recherche de fonds pour ce projet aboutisse.

Si c’était malgré tout le cas, la probabilité d’un succès du projet paraît infime. »

Pourtant, comment des décideurs à l’ADEME ont ils pu subventionner un tel projet ? C’est un mystère qu’il faudra élucider. Ils jettent l’éponge aujourd’hui, mieux vaut tard que jamais, mais quand même, quelle incompétence.

Car au delà de ce projet, ma position sur la géothermie profonde était très claire dans mes articles :

« Pourtant, la géothermie reste une énergie de très grande qualité car elle n’a pas le handicap de l’intermittence comme la plupart des énergies renouvelables. Il paraît bien plus judicieux aujourd’hui, si on a trop d’argent, de développer un pilote industriel en Alsace où les conditions seront moins difficiles, et mieux connues, de manière à estimer avec plus de précision les coûts (mais est-ce suffisant comme enjeu ?). Ou mieux encore d’en observer les développements aux Etats Unis qui dispose de sites favorables, où les coûts sont plus bas, et les sites déjà forés dans le cadre d’exploitation pétrolière ou gazière nombreux. C’est là qu’on verra se développer cette production d’énergie lorsqu’elle approchera de la rentabilité financière ».

Il y a aussi la lourde responsabilité des élus, qui n’ont pas pris la peine de lire Alternatives Pyrénées et qui auraient pu poser quelques questions à Total qui aurait confirmé les impossibilités techniques… Il faut dire que Fonroche les a fait rêver et les journalistes béats ont relayé…

Bien évidemment cette affaire condamne (heureusement) le projet de chauffage urbain palois, celui qui partait de la déchetterie et aurait utilisé l’eau chaude produite à Lons. Avec la seule déchetterie un pipe jusqu’à Pau n’est pas justifiable il faudra revoir un mini projet local.

Il faut que Bayrou s’en rende compte. Sa réflexion dans les colonnes de La République montre son manque de clairvoyance : « Des discussions sont en cours, et s’il faut intervenir, j’interviendrai car ce serait une énergie gratuite pendant 100 ans »

Il faudrait qu’enfin le Maire de Pau comprenne l’impossibilité technique évidente du projet de géothermie à Lons. Quant au côté gratuit durant 100 ans cela montre une ignorance affligeante …

Daniel Sango

Le « Grand Prix » du gaspillage

« Bèth cèu de Pau
Quan te tournarèy béde ? »

Au moment où la transition écologique est dans tous les esprits, où l’on nous vante les vertus (contestées) de la voiture électrique, Pau, la ville dont le maire est le principal allié d’un président qui se veut le chantre de la défense de l’environnement, organise, comme si la réalité n’existait pas, une manifestation qui célèbre, pour certains, la « bagnolle » dans ce qu’elle a de plus détestable : le bruit et la pollution avec le « fameux » Grand Prix Automobile de Pau. Le Grand Prix ? Une vache sacrée défendue par de puissants lobbys locaux auxquels personne ne veut s’en prendre. La maire précédente, Martine Lignères Cassou avait, au début de son mandat, voulu lui tordre le cou en proposant d’y faire rouler les prototypes électriques. Une idée intéressante, prémonitoire même mais la Maire y avait vite renoncé cédant aux pressions indignées des adeptes des bruyantes pétarades.

Le « circuit », brièvement contesté, s’est donc maintenu et fêtera cette année ses 78 ans. Cette longue tradition c’est, pour les défenseurs de l’institution, sa principale justification. Pour nos édiles actuels qui prétendent changer la ville et la faire rentrer dans la modernité, la tradition est un argument paradoxal… L’a-t-on évoquée pour bouleverser l’organisation des Halles ?  Depuis la discrète contestation du précédent mandat : rien, aucune remise en question ni même critique d’une manifestation qui attire un public limité –si on le compare au rugby, par exemple- alors qu’elle cause de sérieuses nuisances à une ville qui prétend faire valoir ses atouts  au touriste : le calme, la douceur de vivre, la beauté de son décor.

L’an dernier le nombre des spectateurs du Grand Prix a été de 28 250  selon les organisateurs (https://www.grandprixdepau.fr/ ) sur un long week-end c’est-à-dire trois jours (pour mémoire le Hameau peut réunir 18 324 spectateurs payants). Les retombées médiatiques sont modestes (173 189 téléspectateurs), bien inférieures à la retransmission d’un seul match de la Section, à celle d’un tiercé couru sur l’hippodrome Palois en direct sur Equidia et à une arrivée du Tour de France.

Faut-il le rappeler ? Les fans locaux de compétitions automobiles paient leur passion deux fois : d’abord, comme tout contribuable, pour une bonne part les infrastructures considérables nécessaires à cet énorme barnum et ensuite le billet d’entrée qui n’est pas donné (40 euros tout de même en tribune numérotée le dimanche, l’an dernier). Ne sont pas concernés les nombreux « happy fews », invités pour l’occasion.

Quand on aime on ne compte pas et on objectera que les retombées commerciales du Grand Prix sont importantes. Qui le contesterait ? Les hôteliers font leurs affaires. Il manque à Pau une grande manifestation qui attire un large public et qui évite ces nuisances en plein centre-ville. Le hall de La Sernam, vaste cathédrale de béton, inoccupée désormais, serait un lieu idoine pour de grands rassemblements et de grandes manifestations en limitant les préjudices de voisinage. Un festival de rock ? Il avait été question de consacrer ce lieu magnifique aux musiques actuelles.

Certes la nouvelle édition du Grand Prix n’est pas pour demain, elle est annoncée les 18 et 19 mai. Nous avons encore un peu de temps avant de souffrir les hurlements des moteurs et ceux des haut-parleurs réglés au maximum, de subir l’inévitable pollution de l’air et de supporter les perturbations d’une circulation déjà pénible. A Pau ce ne sont pas les hirondelles qui font le printemps mais la fumée des pots d’échappement. Justement, avant que les premiers rails de protection ne commencent à être posés, barrant le passage des piétons, que les sens interdits et les stationnements prohibés n’empoisonnent un peu plus la vie des citadins, il n’est pas trop tard pour s’interroger sur une manifestation qui coûte cher tout en  conférant une image contestable à la ville.

Quelles leçons retiendront les nouvelles générations bassinées par ailleurs par les nécessaires économies d’énergie ? Il faudrait abandonner les automobiles polluantes et rouler dans un silence électrique déchiré par un tintamarre organisé pour le plaisir d’une minorité ? Quel exemple donné à la jeunesse par ces pilotes lancés à une vitesse folle sur les étroites voies de la ville du Roy Henri dans un moment où l’on réduit la vitesse sur nos routes et où les rues piétonnes se multiplient ? Et les riverains ? Ceux qui veulent profiter de la beauté du Boulevard des Pyrénées au printemps revenu, n’ont-ils pas droit à jouir de leur ville en toute tranquillité ? Comment s’y retrouver si on ne met pas au minimum ses actes en accord avec ses discours ? La lutte pour la défense de l’environnement ne passe-t-elle pas par des symboles forts ? Quelle est la validité sportive de cette compétition ? Le temps des Fangio et autres Jim Clarck n’est-il pas révolu ?  D’autres lieux, mieux adaptés à ce type de compétition existent-ils ? Un circuit hors de Pau, même à proximité, est-il envisageable ? Pourquoi les écolos Palois ne se sont jamais ou si peu emparés de ce qui est sous leur nez ? Le silence de la majorité vaut-il quitus ?

Que les fans de sport automobile ne voient pas en cette batterie de questions une quelconque agression ou une remise en cause de leur passion mais, en ce temps de « grand débat », dont la transition écologique est un chapitre donné comme essentiel,  il n’est pas inutile d’aborder les problèmes concrets… même s’ils fâchent.

Pierre Michel Vidal

 

Légende Photo : Le grand Juan Manuel Fangio vainqueur à Pau en 1949 sur Maserati. O tempora o mores… ( http://www.jmfangio.org/gp1949pau.htm )