Souvenir d’école communale

J’ai fait toute ma scolarité primaire dans une école communale de la banlieue d’Alger, durant la guerre (de 39-45).

Cette école était neuve, j’en suis sûr, avec une très grande cour de récréation et des salles de classe grandes et très claires. Je me souviens parfaitement des noms de mes instituteurs (alors que j’ai oublié celui de la plupart de mes profs de lycée), ils étaient deux couples : Monsieur A. (Directeur) et son épouse, Monsieur B. et son épouse.

Comme les punitions physiques étaient monnaie courante les dames envoyaient leurs élèves dissipés, chez leurs maris respectifs pour les faire taper. Mon Maître B. avait la spécialité de nous battre avec son mètre en bois de section carrée, ça ne faisait pas trop mal. Le Maître A. nous envoyait de ces taloches à décorner un bœuf !

La distribution de taloches obéissait à la Justice du même nom et les petits Français en « bénéficiaient » autant que les petits arabes.

Dans la cour de récré, on rigolait bien. Pas de problème de groupe ethnique, nous jouions à un jeu appelé « délivrance » et quand la fin de la récré sonnait chacun des deux camps criait : « on a gagné ! ». A la saison des abricots tout le temps libre était consacré à obtenir le maximum de noyaux d’abricots. Les uns proposaient un but constitué soit de 1 noyau soit de 4 noyaux formant une petite pyramide. Les autres, avec leurs propres noyaux tentaient d’atteindre les cibles et de les gagner.

Le Jeudi après-midi Maître B. emmenait sa classe dans la campagne découvrir la nature et nous faisait chanter :« Algérie oh pays de rêve, de lumière et d’enchantement, vers toi que mon hymne s’élève……………   »

Tous les matins Maître A. levait les couleurs et nous chantions en chœur : « Maréchal, nous voilà, devant toi, le sauveur de la France……………………… »

Un matin, en 1941 (ou en début 1942**), Maître A ; est entré dans la classe, un papier à la main, et a dit : «untel, untel et untel, vous êtes juifs, c’est pourquoi vous n’avez plus le droit de venir à l’école. ». Les trois petits garçons ont mis leurs affaires dans leurs cartables et sont sortis.

** le 8 Novembre 1942, débarquement américain en Afrique du Nord

Pau, le 22 février 2019

Jean-François de Lagausie