La laïcité pilier de la République

Dans le délire réformateur d’un président trop pressé, alors qu’un grand débat national s’engage dans des conditions bien difficiles, voilà qu’un pouvoir contesté prévoit de s’en prendre à un pilier de la république : la laïcité. 

Du côté des « marcheurs » on ne cesse de condamner les attaques contre « les symboles républicains ». A juste titre il faut condamner et réprimer fortement les violents débordements qui se sont déroulés ces derniers jours ; car la République c’est l’ordre ; un ordre sans lequel ne peuvent s’exprimer la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais il faut éviter aussi les amalgames hâtifs, primaires et stupides comme celui qui consiste à « baptiser » l’Arc de Triomphe à l’eau bénite républicaine, alors qu’il s’agit précisément du contraire c’est-à-dire de la victoire de l’empire sur la république ou encore de vouloir réhabiliter Pétain, antisémite forcené, symbole du déshonneur de l’Etat Français.

S’il est un symbole républicain sur lequel tout le monde ou presque s’accorde c’est la laïcité. La séparation de l’Eglise et de l’Etat est le pilier de la République moderne. Même si elle fut chèrement acquise tous s’en accommodent désormais ou doivent bien s’y plier car la loi contient des aspects suffisamment contraignants pour être respectée. Ainsi la France est enviée dans le monde entier pour avoir trouvé un équilibre solide et unique qui a une portée universelle.

Tout cela date de 1905 et fonctionne, c’est vrai, dans un contexte tendu aujourd’hui. Mais la loi se situe comme une référence ultime et n’est-ce pas un risque inutile que de vouloir modifier un élément stabilisateur dans une société en fusion ? Emmanuel Macron mesure-t-il à quoi il s’attaque ? Il devrait relire le discours de Gambetta à l’Assemblée Nationale, le 4 mais 1877 « le cléricalisme voici l’ennemi ! » : « Je dis qu’autrefois une foi religieuse ardente, des convictions dogmatiques étaient au fond de ces querelles, tandis que, aujourd’hui, il n’y a qu’un calcul politique, qu’une combinaison de partis déçus dans leurs espérances, une coalition de convoitises dynastiques ». Juste pour l’ambiance… et pour permettre de mesurer l’enjeu colossal, périlleux qui l’attend…

En coulisse, le très controversé « Observatoire de la laïcité » s’active. Il a rendu à Gabriel Attal, secrétaire d’Etat à l’Education, une étude sur les règles d’application de la laïcité au sein du futur service national universel (SNU). Pour la première phase du SNU, qui concerne des jeunes de 14 à 16 ans et se déroule en internat, l’Observatoire conseille de ne pas soumettre les appelés « au principe de neutralité, ni à l’encadrement de leur manifestation d’appartenance religieuse« . Le ministre de l’Education Nationale, Jean Michel Blanquer a immédiatement précisé : « Je ne suivrai pas la recommandation de l’Observatoire de la laïcité sur le port des signes religieux lors du service national ». Il y a débat et on peut penser qu’il s’agit d’une première escarmouche avant que la bataille ne soit plus séreuse.

Selon Le JDD (5 novembre 2018) le plan présidentiel contiendrait 5 points principaux : « 1 – Mise en place d’un label d’Etat pour les associations religieuses, 2 – Les subventions publiques adaptées et la comptabilité analysée, 3 – Un contrôle des financements de l’étranger, 4 – Des revenus locatifs permis pour les cultes, 5 – Un bouclier pour empêcher les « prises de contrôle inamicales »

En fait le projet vise essentiellement le culte musulman et souhaite voir émerger face à l’islamisme radical un « Islam de France ». Le concept en lui-même est contestable car que veut dire un Islam de France ? L’Islam c’est l’Islam et c’est l’affaire des musulmans et de leurs responsables qui se sont émus de ces projets gouvernementaux. Pour les défenseurs de la laïcité qui ne combattent pas les croyants, l’Etat n’a pas à intervenir dans le contenu ni dans la gestion d’un culte. La religion fait partie de la sphère privée. Elle ne doit pas intervenir dans la gestion de la société ou dans la marche de la vie politique. En dérogeant à ce principe on crée un précédent qui ouvre une boîte de Pandore d’où sortiront rapidement les vieux fantômes du passé qui ne sont pas si loin dans l’inconscient collectif. On l’a vu lors de la « manif. Pour tous ».

D’autre part que fait-on des agnostiques, des athées, les plus nombreux des Français ? Devront-ils désormais payer pour les croyants ? Est-ce justice, même si cela reste symbolique ? Même s’ils ne sont pas organisés, ils ont eux-aussi leurs droits qui sont justement assurés par la loi de 1905. Inquiets, les défenseurs de cette loi, regroupé dans un « comité Laïcité République », ont lancé un appel où ils précisent que : « Au moment où l’unité citoyenne et la paix sociale sont mises en péril, il ne peut être question d’affaiblir leurs fondations en ouvrant la voie aux exigences de tous les groupes de pression et en relativisant le caractère inviolable de leurs principes ».

 

Pierre Vidal

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L’École Libératrice ?

imgresA l’école communale de mon enfance, nous étions une grosse quarantaine par classe. Quarante mouflets également affublés d’une blouse grise gansée de rouge ou noire et parfois, pour les meilleurs, ornée de la «médaille d’honneur» ! Était-ce ridicule ! Dans cette école là, dès le CE (cours élémentaire) une fois par mois environ, arrivés une demi-heure avant les autres, nous étions «de service» ! Il s’agissait en l’occurrence, armés de chiffons, de balais et d’une espèce d’arrosoir, de nettoyer les tableaux noirs et de balayer la classe. L’hiver, nous étions de plus chargés de préparer le poêle qui, dans la journée, chaufferait toute la classe. Bois, brindilles et, en guise d’allumeur, les pages soigneusement froissées d’une revue : l’École Libératrice. Drôle de nom pour un journal… !

Aujourd’hui, il y aurait sans doute beaucoup à redire sur la qualité de notre prestation. Nous arrosions autant nos chaussettes que le plancher. Échangions parfois quelques coups de balai. Et le chiffon gorgé de craie atterrissait inévitablement sur la tête de l’un d’entre nous. Mais nous étions quand même assez contents de notre travail et les remerciements de «notre maître» nous faisaient monter le rose au visage.

Maîtres d’école de mon enfance. De plus en plus lointains dans mes souvenirs. Toujours proches dans mon cœur. Maîtres d’école qui m’ont bien sûr, non seulement appris à lire, à écrire, à compter et mille autres choses encore. Qui m’ont également enseigné le sens, et donné le goût, des vertus personnelles et collectives de la droiture, du devoir moral et du dévouement. Mais, qui, dignes héritiers de ces fameux hussards noirs, m’ont aussi convaincu qu’elles s’incarnaient dans un mot : République ! Quant aux« valeurs républicaines», celles de la vaillance, du courage, de la bravoure.., pour eux, elles étaient, déjà, très généreusement, partagées par…tous les autres ! Et comme en témoignent les innombrables conflits qui ensanglantent notre époque, çà ne s’est guère arrangé depuis ! Et donc…

Interrogeons-nous ! Comment avons-nous pu accepter un tel glissement sémantique ? Avons-nous, aujourd’hui, plutôt besoin de «valeurs guerrières» d’affrontement ou de « vertus individuelles et collectives», de rassemblement ? Est-il, aujourd’hui, désormais totalement immoral de prononcer le mot de Nation ou le mot Patrie ? Et, infiniment plus gravement encore…

Comment, aujourd’hui, en sommes- nous arrivés à devoir imaginer un plan pour protéger un million et demi de nos enfants du harcèlement dont ils sont victimes dans leur école ?

 Maurice Meireles PONTACQ

Zorro est arrivé

imgresAprès les moments tragiques que nous avons tous vécus. Après l’émotion, le recueillement, et le juste hommage rendu aux victimes. La vie reprend son cours. On dresse le bilan. On analyse. On hiérarchise. On projette. Bref, étymologiquement, on politique.

A cet égard, nos gouvernants se mobilisent maintenant à bon droit pour en tirer les conséquences. Ainsi, il y a quelques jours, réunis au Palais Bourbon, députés et ministres y sont allés de propositions, suggestions… propres, selon la formule consacrée « à faire en sorte que pareils événements ne puissent se reproduire ». Et alors…

Alors ! Zorro est arrivé !                                                                                                                                                Pour lui, sauf à rester sur pied de guerre jusqu’à la fin des temps, nous devons nous attaquer à toutes les causes du problème. Notamment, tout en observant la plus grande compréhension et leplus grand respect pour toutes les croyances, refuser, que chez nous, elles dérogent aux principes fondamentaux de la laïcité et des valeurs de la République. Or, si le premier est relativement simple à mettre en œuvre, puisqu’il est directement de la compétence de l’État. Le second est beaucoup plus complexe car il mettrait à charge des représentants et responsables religieux d’en déterminer et d’en conduire les évolutions nécessaires.

Il a été ovationné !
Mais, sur cette question, de multiples plateaux de télévision, ont immédiatement réuni et interrogé de nombreux Français de confession musulmane (imams, présidents de conférence, professeurs, intellectuels..). Tous, presque unanimement, s’y sont livrés à un extraordinaire concours de langue de bois. Langue de bois dont il ressortait que l’Islam s’est toujours adapté à l’évolution de la société. Et, qu’en somme, il suffirait d’attendre…Sur I.Télé, le journaliste, animateur du débat, suffoqué, en a même jeté l’éponge quand un des participants a convoqué Voltaire à la rescousse. Voltaire, champion incontestable de la tolérance, au motif qu’il a écrit quelque part, que « le Coran était un bien meilleur ouvrage qu’on ne le disait » ! Sans doute. D’autant qu’en l’occurrence, au cœur du 18ème siècle, l’affaire Callas, en matière de tolérance et d’humanité, le catholicisme… !
Reste donc que, parce que nous avons tout sauf le temps d’attendre. Et, parce que l’émotion est
toujours vive et la mobilisation encore forte, c’est maintenant ou jamais que nous devons, parmi
d’autres, rappeler en particulier, l’égalité républicaine entre les hommes et les femmes. Elle est
fondamentale au plan humain plus encore qu’au plan politique. Elle est indiscutable ! Aujourd’hui,
elle est la clé d’une importante partie du problème.
Mais sur ce point, n’oublions surtout pas que nous n’avons de leçon à donner à personne. La
Révolution Française de 1789 que nous invoquons à tous propos, n’a décrété que les « droits de
l’Homme ». Absolument pas ceux des femmes ! Femmes qui n’ont obtenu le droit de vote qu’en
1944 ! Et encore juste pour faire barrage au communisme ! Femmes qui, il n’y a pas si longtemps ,
n’héritaient de leur propre famille qu’avec « l’autorisation » de leur mari ! Femmes dont le droit à
l’avortement ne date très exactement ( nous en commémorons en ce moment la date),que de 40 ans !
Femmes qui aujourd’hui encore sont toujours discriminées professionnellement et dont des
centaines tous les ans meurent sous les coups qu’elles reçoivent !
En résumé, évidemment, soyons compréhensif. Laissons un peu de temps au temps. Mais soyons
exigeants sur les principes et sur les engagements. Maintenant ! C’est de l’avenir de toute notre
communauté dont il est question !
Pour les reste, il n’a échappé à personne que le « zorro » espagnol, c’est notre renard. Petit
animal qui courre dans nos légendes, nos contes, nos fables et nos proverbes. Mais aussi, un peu,
bien sûr, dans nos campagnes et dans nos poulaillers…. Vif, malin et courageux, il est, au
demeurant, plutôt sympathique.

Maurice Meireles – Pontacq